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>  culture amérindienne, choix identité sexuelle à la puberté
dine.mak
Ecrit le : 27-05-2008 06:49


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Bonjour,
Etudiante en Arts Appliqués, je dois traiter du choix de l'identité sexuelle ( dans les activités quotidiennes et non de leur sexualité ) à la puberté chez les amérindiens. J' ai quelques difficultés à regrouper des informations sur ce sujet.
Est ce que vous pourriez me renseigner ou m'indiquer des adresses qui pourraient être intéréssantes?
cordialement,
Melle amandine simonnot

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bml_civ
Ecrit le : 29-05-2008 17:59


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Réponse du Centre de ressources sur le Genre


Plusieurs sociétés amérindiennes présentent ou présentaient des divisions sexuées apparemment plus complexes que la nôtre, c’est-à-dire ne reposant pas sur une stricte correspondance entre anatomie et identité psychosociale. La notion de choix est cependant toute relative et recouvre des réalités différentes selon les contextes culturels. Dans la mesure où les goûts sexuels peuvent être un élément de définition du genre (masculin / féminin), nous les évoquerons.

Vous faites référence à une décision intervenant précisément à la puberté, ce qui nous amène à aborder en premier lieu la culture Inuit (grand nord canadien). Dans le volume 23, n° 245 (Juilllet/ Août 1992) de La Recherche, l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure décrit l’existence d’un « troisième sexe » : le statut de sipiniit, attribué à la naissance. Il explique que le fœtus est, chez les Inuit, « le lieu par excellence où s'articulent les diverses composantes de l'univers : la composante masculine, exprimée par le sperme […]. La composante féminine, exprimée par le sang […]. La composante animale, représentée par la chair […]. La composante surnaturelle, enfin, représentée par les âmes-noms des ancêtres décédés, qui se réincarnent dans l'enfant à naître et attendent d'être reconnus par les vivants » (p. 839).

Un mémoire d’anthropologie sociale prochainement versé aux archives du Centre de ressources sur le genre de la Bibliothèque municipale de Lyon nous permet de résumer les connaissances à ce sujet : « le nom n'a pas de genre, mais l'ancêtre éponyme lui-même a bel et bien un sexe, qui peut être contradictoire avec celui apparent de l'enfant : cela se produit pour environ 20% des naissances. Les enfants sont alors socialisés dans le genre associé au sexe de leur ancêtre éponyme; comme ils seront plus tard appelés à assumer le rôle social correspondant à leur sexe anatomique, il n'est pas question de nier totalement ce dernier : ils se trouvent dans une position particulière qui n'est pas celle des hommes, ni celle des femmes ordinaires.
Le recours à la socialisation inversée a également lieu afin de rétablir un équilibre dans le sex ratio familial. Ce sont néanmoins des raisons spirituelles qui sont invoquées pour justifier le degré de travestissement le plus accompli, celui des sipiniit, dont on dit que le sexe a changé d'aspect à la naissance (environ 2% des naissances).
Tous les enfants ainsi socialisés devront retrouver, à l'adolescence, les vêtements, outils et tâches traditionnellement associés à leur sexe anatomique. C'est souvent une expérience douloureuse psychologiquement et ardue sur un plan technique. Leur éducation première demeure toutefois inscrite dans leur personnalité et ils sont généralement valorisés pour leur polyvalence et leurs aptitudes de médiation. C'est aux sipiniit que revient le plus souvent la vocation de chamane, puisqu'ils/elles ont fait l'expérience d’un franchissement frontière entre deux mondes distincts (ici les univers de sexe), ainsi que celle d'une grave crise accompagnée de souffrances (et d'une mort symbolique suivie d'une renaissance identitaire et sociale)

Extrait de : Tomolillo S., Bisexualité masculine, Mémoire de D.E.A. d'anthropologie sociale, sous la direction de Marlène Albert Llorca, Université Toulouse-Le Mirail / Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Toulouse, octobre 2001, pp. 35-36.

Dans un ouvrage récent consacré aux Inuit d’Igloolik, Bernard Saladin d’Anglure retranscrit et commente le récit de vie détaillé d’une sipiniit, de la naissance au mariage (pp. 50 à 59) : Etre et renaître inuit, homme, femme ou chamane

On trouve un article du même auteur dans le numéro 208 (2004/4) de la revue Diogène : 'Le troisième sexe social chez des Inuit' (pp. 157 à 168).

Un autre article de Bernard Saladin d'Anglure, entièrement téléchargeable en format pdf sur le site de l’Erudit explique longuement la place du genre dans le chamanisme, d'un point de vue transculturel : 'Médiations chamaniques. Sexe et genre', Anthropologie et Sociétés, Volume 22, numéro 2, 1998, pp. 5 à 23.



Dans d’autres sociétés des plaines d’Amérique du Nord vivent des personnes traditionnellement désignées dans la littérature anthropologique par le terme de « berdaches ». Voici ce qu’en dit le mémoire cité précédemment (pp.34-35) :
« (…) les autochtones plaident pour l’usage de l’expression ‘deux-esprits’ qui correspond d’avantage à leur registre sémantique. Les deux-esprits sont des individus ayant, selon les sociétés, un statut «trans-genre » (intermédiaire entre celui d’homme et de femme) ou bien un statut masculin ou féminin à part entière. Cela implique donc l'adoption partielle ou complète des manières vestimentaires et des attitudes traditionnellement associées au sexe anatomique opposé. Sur ce dernier point, l'exposé d'Anne Bolin dans Gender Reversals and Gender Cultures, Anthropological and historical perspectives (pp. 22 à 51) s'éloigne quelque peu de celui de Nicole Claude Mathieu dans L'anatomie politique (pp. 227 à 266) puisque cette dernière affirme que les deux-esprits avaient préférentiellement des rapports sexuels avec des personnes de même sexe anatomique qu'eux/elles, mais toujours de genre opposé.
Le plus significatif reste qu'il est interdit aux deux-esprits (quel que soit leur sexe anatomique) de s'unir entre elles/eux. Pour Nicole Claude Mathieu, les deux-esprits seraient préférentiellement homosexuel-le-s (selon une notre catégorisation), mais parfois hétérosexuel-le-s, voire bisexuel-le-s. Pour Anne Bolin, le choix de partenaires du même sexe est circonscrit à quelques sociétés. Les autochtones nord-américains ordonnent et hiérarchisent de la manière suivante les éléments de définition du genre : les activités en premier lieu ; l'apparence (le vêtement) ; et de manière nettement moins déterminante, les goûts sexuels.
Le statut deux-esprits ne concerne que très peu d'individus, à qui l'on attribue des pouvoirs chamaniques. Il y a parfois une ambiguïté sur l'existence d'un lien ente le sexe anatomique et le sexe social, certains deux-esprits tentant de nier leur sexe anatomique pour faire correspondre leur corps au sexe social qu'ils/elles assument; mais cela n'est pas la règle. Les pouvoirs chamaniques des deux-esprits de sexe anatomique masculin sont censés être supérieurs à ceux des deux-esprits de sexe féminin.
»

Une anthologie dirigée par Sue Ellen Jacobs, Wesley Thomas et Sabine Lang est consacrée aux deux-esprits :Two-Spirit People, Native American Gender Identity, Sexuality, and Spirituality


Un troisième cas de figure concerne les sociétés dans lesquelles les personnes intersexuées (ou hermaphrodites) occupent une place à part entière. En Amérique, c’est le cas des Navajo qui se répartissent en femmes, hommes et nadles. Toujours selon le même mémoire (p.31) les nadles sont « soit des individus dont les organes génitaux on une apparence ambiguë, soit des nadle pretenders 'normaux' sur le plan anatomique. Ils/elles assument en général des tâches et des comportements assignés aux femmes, mais ont également des droits particuliers. Anne Bolin ne précise pas de quels droits il s'agit, mais elle affirme que leur statut est très valorisé.
Une femme Navajo peut avoir pour partenaire un homme, un nadle ou un nadle pretender (quel que soit son sexe anatomique). De même, un homme Navajo a le choix entre une femme, un nadle ou un nadle pretender. Les nadles et les nadle pretenders ont pour partenaires des hommes ou des femmes, mais jamais des nadles ou des nadle pretenders. L’existence de cette troisième catégorie de sexe repose sur la prévalence des cas d’intersexuation dans cette société (due à des facteurs génétiques), mais le statut social qui en émane offre également une alternative à des nadle pretenders.
»

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