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| Dangerous-moonlight |
Ecrit le : 27-11-2009 20:54
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Usager ![]() Groupe : Membres Messages : 1 Inscrit le : 27-11-2009 |
Bonjour,
J'ai lu il y a peu dans un livre que le 27 octobre 1870, la défaite de la France contre la Prusse aurait été due à une "trahison" du général Bazaine. L'auteur nous assure que Bazaine aurait tout simplement négocié en secret avec Bismarck et livré ses hommes aux prussiens. Je n'ai jamais rien entendu de tel (Je me contentais de la version qui nous dit que l'armée française a capitulé à Metz...), c'est pourquoi j'aimerais vérifier la véracité de ces propos ! Merci d'avance de votre aide ! |
| bml_civ |
Ecrit le : 01-12-2009 17:54
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Usager confirmé Groupe : BmL Messages : 1 545 Inscrit le : 21-02-2004 |
Réponse du Département Civilisation
La possible trahison du maréchal Bazaine lors du siège de Metz en octobre 1870 a fait couler beaucoup d'encre. Vous pourrez suivre son procès en vous reportant aux ouvrages suivants : L’affaire Bazaine et Affaire de la capitulation de Metz . Ses propres témoignages sont également consultables à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Si à la fin du XIXe siècle, les esprits échauffés par les défaites et sursauts politiques n'ont pu voir dans la capitulation du Maréchal Bazaine que la marque de sa trahison, de nombreux historiens des XXe et début XXIe siècles mettent plutôt l'accent sur l'accumulation de mauvaises décisions, voire l'absence de compétence de Bazaine. En voici quelques exemples : - Reportons-nous tout d’abord à l’ouvrage de Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870 la France dans la guerre : "A l'issue des batailles du mois d'août, l'armée du Rhin s'était trouvée bloquée dans Metz. La place constituait une position remarquable, grâce à la ceinture de ses forts, quoique l'espace du camp retranché demeurât trop étroit pour accueillir une armée de cette importance. Pour éviter un blocus rigoureux, il eut fallu occuper les hauteurs entourant la ville, ce qui fut négligé, et si la situation des munitions était satisfaisante celle des vivres l'était beaucoup moins : un rationnement immédiat s'imposait qui ne fut pas organisé avant le début du mois de septembre.(p. 219) (…) "Il était manifeste que Bazaine, qui avait fait preuve d'une inertie complète pendant tout le combat, ne souhaitait nullement tenter une véritable sortie et risquer ensuite une poursuite adverse en rase campagne. Beaucoup d'officiers, et certainement une partie des troupes, jugèrent avec lucidité l'incapacité du commandant en chef." (p. 220) (…) [Bazaine] Resté fidèle à l’Empire, n’ayant jamais reconnu formellement le gouvernement de la Défense nationale, il pensait pouvoir jouer un rôle politique grâce à l’armée sous ses ordres et espérait être en mesure de rétablir l’ordre social en même temps que le régime impérial dans un pays qu’il croyait en proie à l’anarchie. Cette solution n’était d’ailleurs pas récusée par certains officiers de l’armée, au patriotisme pourtant sans faille. Ces dispositions, pressenties dès septembre par Frédéric-Charles avec lequel Bazaine était entré en communication et qui s’empressa de fournir au Maréchal toutes les informations pouvant étayer son point de vue, furent très habilement exploitées par Bismarck qui accepta les ouvertures de Bazaine, engagea des négociations pour mieux le paralyser en le forçant à laisser passer le moment où l’armée du Rhin pourrait encore tenter une action efficace. Le faisceau des négociations fut extrêmement complexe, mais celles-ci n’eurent d’autre but, dans l’esprit de Bismarck, que de neutraliser l’armée encerclée. Lorsqu’elles échouèrent, en octobre, il ne restait d’autre solution que d’entrer en pourparlers. Ceux-ci aboutirent le 27 octobre au soir, et dès le lendemain, les régiments français commencèrent à rendre leurs armes. Même prévue, même considérée comme inévitable, la capitulation n’en fut pas moins perçue dans l’armée comme une épouvantable catastrophe. (…) Bien avant la reddition, l’inertie de Bazaine avait été prise à partie dans toute la ville, aussi bien par voie d’affiches que dans les réunions et les cafés. (…) Malgré l’humiliation, les combattants de l’armée du Rhin ne pensaient pas avoir personnellement démérité. Le terrain était donc favorable au développement du grand mythe de la trahison. Sous-jacent dès le mois d’octobre dans l’armée et dans la population messine, il se répandit à grande vitesse lors de la fin du siège. Sitôt la chute de Metz connue, l’idée de trahison allait se propager dans tout le pays, amplifiée, encouragée par les proclamations de Gambetta. (p. 225) (…) Dans le même mouvement, l’exaspération patriotique provoquée par la reddition de Metz s’accompagna d’une poussée d’indignation, car nul ne doutait que la chute de la ville ne fût due à la trahison du chef de l’armée du Rhin. Gambetta avait donné à ce thème une dimension et une résonance nationale dans sa fameuse proclamation du 30 octobre 1870, sans laquelle on ne peut comprendre la flambée politique qui suivit. (…) L’Empire déchu, Bazaine, les « chefs militaires » dans leur ensemble étaient désignés pêle-mêle comme responsable de la « trahison » de Metz. Cette accusation jetait la suspicion sur la totalité des cadres militaires des armées de la République, qui tous avaient servi l’Empire. » (p.227) - Pierre Milza, l’auteur de L'année terrible. La guerre franco-prussienne septembre 1870-mars 1871, évoque différentes tentatives du couple impérial Napoléon III et Eugénie pour restaurer son pouvoir grâce à l’appui de Bazaine et de son armée. Il donne aussi les raisons qui poussèrent Bazaine à se rendre. Enfermée dans une ville affamée et cernée par 200 000 soldats allemands, ne disposant plus de chevaux pour sa cavalerie et son artillerie (ceux-ci ayant été mangés), l’armée ne pouvait plus rien tenter. « Cloîtré dans sa villa, le glorieux soldat des guerres coloniales ne quitte son bunker que pour de brèves apparitions. Il ne monte presque jamais à cheval. Il s’abstient de visiter les hôpitaux de campagne où gémissent et meurent des milliers de blessés. » (p. 202) « La mémoire historique a longtemps conservé, forgée au lendemain même de la chute de Metz, l’image du « traître Bazaine », conspirant avec l’ennemi pour lui livrer l’armée du Rhin. (…) De fait, ses atermoiements devant Metz, alors qu’il pourrait encore se dégager de l’investissement en cours, les ordres d’attaque qui ne viennent pas, les consignes de repli qui surgissent de manière intempestive et contre le cours des combats, les sorties limitées durant le siège, tous ces actes manqués et ces occasions perdues témoignent de l’incapacité de Bazaine à diriger au combat une armée de 160 000 hommes. Piètre tacticien, manœuvrier médiocre et stratège inexistant, c’était précisément le mauvais responsable placé au mauvais endroit. (…) On dira qu’il ne fut pas beaucoup plus médiocre que les autre maréchaux et généraux de l’armée française, à commencer par Mac-Mahon. Certes, mais c’est lui qui a eu en main, à un moment décisif de la guerre, la responsabilité de la défense du verrou messin et du commandement de notre meilleure armée. » (p. 206) - Au chapitre « Le drame de Metz » de l’ouvrage de François Roth intitulé La guerre de 70, une somme sur la question, vous pourrez lire ceci : « Les officiers et les soldats de l’armée du Rhin enfermés dans Metz n’avaient jamais été préparés à une guerre de siège. Ils se trouvent placés devant une situation inédite à laquelle ils n’avaient jamais réfléchi et devant laquelle ils sont totalement démunis. (p. 250) Depuis l’échec du 31 août, Bazaine a semble-t-il, abandonné toute idée de recommencer. Il est résigné au blocus et, pour maintenir ses troupes en haleine, il se contente de prescrire quelques actions locales. Il n’a plus, s’il en a jamais eu, de projet militaire. (p. 251) Comme beaucoup d’officiers, et notamment ceux de la garde impériale, Bazaine est indigné par la « folie criminelle » du 4 septembre et il refuse de reconnaître ce gouvernement « illégitime ». Suit alors le détail des négociations menées par Bazaine en direction de Bismarck. Puis : « Bazaine a trahi ! » C’est l’appel à la levée en masse, c’est la réponse populaire et républicaine à l’incapacité des généraux bonapartistes. On a reproché à Gambetta d’avoir employé le mot « trahison » sans aucune preuve, de l’avoir utilisé pour tenter d’obtenir un sursaut. L’intention de Gambetta n’est pas douteuse, il veut préparer les esprits à la levée en masse. (…) Mais cette véhémence accusatrice n’est pas sans danger . Elle jette la suspicion sut tous les officiers qui ont servi l’empire et qui maintenant sont indispensables à la défense nationale. » (p. 271) - Dans son livre Les Français et la guerre de 1870, Jean-François Lecaillon se propose d'offrir au lecteur "un nouveau récit de la guerre" et "au-delà des faits eux-mêmes (…) présenter la façon dont les contemporains l'ont vécue et rapportée". Cet ouvrage a le mérite de présenter de façon assez détaillée les difficultés, atermoiements auxquels ont été confrontés tous les généraux lors de cette guerre insuffisamment préparée. « Dans la dernière semaine d’octobre, Gambetta sait que l’armée du Rhin ne peut plus tenir très longtemps et que Bazaine négocie. (…) Ayant fait le deuil d’une armée qu’il n’a pas les moyens de secourir, il espère toutefois qu’elle tiendra le plus longtemps possible. Malheureusement, il ne fait rien pour contacter son chef et le prier de prolonger sa résistance en ce sens. » (p. 147-148) « En dénonçant la trahison de Bazaine, Gambetta s’est en effet montré doublement efficace. Non seulement il permet au gouvernement de rattraper la bourde du 28 (le démenti de la capitulation de Metz), mais il offre à l’opinion le moyen de croire à un possible retournement de situation. En effet, si la défaite s’explique par les intrigues des bonapartistes, la disparition de ceux-ci et leur remplacement par des chefs vertueux autorisent toutes les espérances. » (p. 153). |
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