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>  Signature de Dolet, symbolique
captaincap
Ecrit le : 29-11-2009 10:25


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Bonjour, pour faire suite à l'exposition et colloque sur Etienne Dolet, je n'arrive pas bien à comprendre le sens de la symbolique de la signature de Dolet.
La main sortant des nuages, tenant une doloire et une bûche avec une feuille sur sa branche au sol(elle semble être coupé dans sa longueur). Dans le programme du colloque une autre image présente un " bûcheron " dans la forêt abattant un arbre. L'arbre est aussi dans la signature de Robert Estienne. Pouvez vous me traduire la phrase en latin autour de la signature de Dolet, pour Estienne ça semble être "Nois Alter saper ".
L'arbre est-il celui du Savoir de l'Eden? Que coupe la doloire ou la serpe chez Estienne. La mains sortant des nuages est le prolongement de quel corps céleste?
Pouvez vous m'indiquer un ouvrage sur les signatures des imprimeurs de la renaissance.

Merci d'avance.
Jérôme

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bml_anc
Ecrit le : 02-12-2009 16:38


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Réponse du Département Fonds ancien

La marque typographique de Dolet représente une hache (doloire du tonnelier qui sert à aplanir le bois et tailler les cerceaux selon E. Littré), cette hache est tenue par une main sortant d’une nuée. La doloire va frapper un tronc d’arbre déjà à demi fendu. Le mot doloire vient du latin « dolare » : dégrossir à la hache, façonner, équarrir. La devise qui entoure la marque s’écrit : « Scabra et impolito admussim dolo atque perpolio » : « Je dégrossis et polis à la perfection tout ce qui est rugueux et grossier ». Certains ont voulu y voir une allusion au travail de traducteur de Dolet : « Jusqu'à la perfection, je polis et retouche les aspérités et les rudesses [du langage]» (O. Galtier)

Dolet, imprimeur humaniste, croit fermement aux vertus civilisatrices de la culture ; Le dictionnaire Gaffiot fournit une citation de Cicéron que Dolet devait connaître et qui a pu l’inspirer dans son choix : « Non perpolivit illud opus, sed dolavit » (Il n’a pas donné à son ouvrage le poli de la perfection, mais il l’a dégrossi ». Le disciple fier et vaniteux d’imiter son modèle a embelli la formule : il ne se contente pas de dégrossir, il polit à la perfection.

Ainsi Dolo fait jeu de mot avec Dolet. Mais aussi « Dolor » avec Doloire et Dolet. En effet, une seconde devise latine de Dolet est : « Durior est spectatae virtutis quam incognitae conditio » (Il ne peut être de vraie vertu que celle qui a été éprouvée). Claude Longeon commente ainsi : « Cette devise qui constate avec une orgueilleuse amertume l’inconfort de la vertu devint la devise favorite de Dolet puisqu’elle apparaît à la fin de 44 ouvrages sur 70 portant une devise finale ». Symbole de la souffrance, Dolet pris pour devise à la fin de sa vie : « Préserve-moi, O Seigneur, des calomnies des hommes. »

Le symbole de la main sortant d’une nuée est plus difficile à comprendre, quoiqu’utilisé régulièrement par d’autres imprimeurs lyonnais (Robert Granjon, Benoit Rigaud, Antoine Vincent, Jean Crespin) : Tant qu’il n’était pas possible de représenter Dieu (en application du 2e commandement de la loi de Moïse), la tradition était d’avoir recours à une main sortant d’un nuage pour signifier sa puissance. Les premiers chrétiens aussi répugnaient à représenter Dieu et préféraient une main symbolique. Chez Dolet, la main sortant d’un nuage signifie-t-elle que l’imprimeur se flatte de disposer de la vertu divine de la perfection de son travail ? Notons qu’Henri Estienne (l’ancien, 1470-1520) qui commença à imprimer vers 1505 avait adopté pour sa marque typographique les anciennes armes de l’université (un écu chargé de trois fleurs de lis), avec une main sortant d’un nuage et tenant un livre fermé et la devise « Plus olei quam vini»

Quant à Robert Estienne, sa marque typographique représentait un olivier, marque de la dynastie Estienne et symbole de l’alliance entre ancien et nouveau Testament, mais avec la branche taillée, à laquelle il ajoute la phrase de Saint-Paul dans les épîtres aux Romains : "Noli altum sapere" et parfois "Noli altum sapere, sed time " (Pas de pensées orgueilleuses, tiens-toi dans la crainte ou Ne cherche pas à atteindre les choses les plus hautes, mais reste dans la crainte), à la fois véritable symbole d’humilité intellectuelle devant la vérité et refus de l’ambition démesurée.

(Les éléments de réponse ci-dessus sont extraits de l'ouvrage de Marcel Picquier. Etienne Dolet (1509-1546), imprimeur et humaniste mort sur le bûcher Lyon, Association laïque lyonnaise des Amis d’Etienne Dolet, 2009)

Quelques ouvrages traitant des marques d’imprimeurs du XVIe siècle :

Louis Silvestre. Marques typographiques ou Recueils de monogrammes, chiffres et enseignes… des libarires et imprimeurs qui ont exercé en France depuis 1470 jusqu’à la fin du seizième siècle. Amsterdam, B. R. Gruner, 1971. [FA typ. 01 A]
Philippe Renouard. Marques typographiques parisiennes des XVe et XVIe siècles. Paris, Champion, 1926. [FA typ 01 B].
Paul Delalain. Inventaire des marques d'imprimeurs et de libraires.Paris, Cercle de la Librairie, 1886. [Fa typ 01 B]
Ces ouvrages sont en usuels dans la Salle du Fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Lyon.
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