Question d'origine :
Comment ça se fait que l'église catholique soit la plus riche au monde? Que le christianisme est la religion la plus choisie et la Bible le livre le plus lu? Pourquoi? Est-ce que le christianisme a réussi à s'imposer à travers l'histoire? Comment?
Réponse du Guichet
La valeur du patrimoine de l'Église catholique, longtemps tenue secret avant que le pape François exprime sa volonté de rendre les comptes du Vatican plus transparents, est difficile à évaluer du fait que les finances de l'Église sont décentralisées et que chaque diocèse dans le monde gère son propre budget. Le bilan 2024 de l'Administration du patrimoine du Siège apostolique estime un bénéfice de 62,2 millions d'euros (16 millions de plus qu'en 2023). Des médias pointent des finances déficitaires suite à la chute des dons des fidèles, et à des décennies d’opacité financière.
Nous vous proposons enfin quelques ressources bibliographiques pour comprendre l'expansion mondiale du christianisme.
Bonjour,
Vous souhaitez avoir des informations sur la richesse de l'Église catholique d'une part et la raison de l'importance du christianisme dans le monde, d'autre part.
Avec le protestantisme, l'anglicanisme et l'orthodoxie, l'Église catholique est l'une des principales formes de la religion chrétienne.
Son nom officiel, « Église catholique apostolique et romaine », résume ses principales caractéristiques. « Catholique » vient du grec katholikos, qui signifie « universel » : le catholicisme affirme sa vocation à convertir tous les hommes. « Apostolique » fait référence aux apôtres, les compagnons de Jésus-Christ : le catholicisme proclame l'ancienneté et l'authenticité de sa fondation. « Romaine », le catholicisme reconnaît l'autorité particulière de l'évêque de Rome, le pape. [...]
À l'origine, il regroupe les peuples les plus à l'ouest de la chrétienté, qui parlent latin et reconnaissent l'autorité du patriarche de Rome ; il s'oppose, au début de manière purement culturelle, aux chrétiens de la Méditerranée parlant grec (Église grecque reconnaissant le patriarche de Constantinople) et à ceux de l'Orient, parlant syriaque, copte, éthiopien, etc. (Églises orientales). Au cours de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, cette divergence culturelle s'accentua par des différends politiques entre l'empereur de Byzance et les successeurs de l'Empire romain d'Occident ; elle devint officielle avec le schisme de 1054.
Source : Catholicisme, vue d'ensemble (par Régis Burnet, pour l'Encyclopédie Universalis)
Le site BBC News pose la question Quelle est la richesse de l'Église catholique et d'où vient-elle ? et pointe en préambule, le climat de secret longtemps présent autour de la valeur du patrimoine de l'Église catholique, avant que le pape François, décédé le 21 avril, ne s'efforce de rendre les comptes du Vatican plus transparents, avec des mesures fortes :
L'une d'entre elles a consisté à publier, en 2021, le bilan financier public de l'Administration du patrimoine du Siège apostolique (Apsa) pour l'année précédente, une pratique qui a été suivie depuis lors. [...]
Selon le dernier rapport 2023, publié l'année dernière, l'Église a réalisé un bénéfice total de plus de 52 millions de dollars et une augmentation de ses actifs de près de 8 millions de dollars.La valeur nette n'a pas été divulguée, mais le dernier chiffre connu s'élève à près d'un milliard de dollars. Cette valeur se réfère à tous les actifs gérés par la Banque du Vatican, à l'exclusion des biens immobiliers, des terrains et des autres actifs.
L'Église tire également des revenus de la gestion de plus de 5 000 propriétés, dont 20 % sont louées, générant un revenu d'exploitation de 84 millions de dollars et un bénéfice net de près de 40 millions de dollars par an.
Source : Quelle est la richesse de l'Église catholique et d'où vient-elle ? (par Débora Crivellaro sur le site BBC News, le 13 mai 2025)
Et l'article sus-cité d'ajouter que le total est en pratique encore plus important, voire incalculable :
Il est important de faire une remarque : toutes ces valeurs ne sont relatives qu'à l'économie qui anime le Vatican.
En effet, les finances de l'Église sont décentralisées et chaque diocèse dans le monde gère son propre budget, ce qui signifie qu'en pratique, le total est encore plus important, voire incalculable.
"Il est pratiquement impossible d'évaluer le patrimoine de l'ensemble de l'Église catholique", affirme Fernando Altemeyer Junior, professeur au département des sciences sociales de l'Université catholique pontificale de São Paulo (PUC-SP).
Quoi qu'il en soit, les experts estiment sa richesse à plusieurs milliards de dollars. L'Église, par exemple, est considérée comme l'un des plus grands propriétaires fonciers au monde.
Source : Quelle est la richesse de l'Église catholique et d'où vient-elle ? (par Débora Crivellaro, sur le site BBC News, le 13 mai 2025)
Le site Vatican News publie le 28 juillet 2025 Bilan 2024 de l'Apsa : bénéfices et contributions en hausse :
L’APSA [L'Administration du patrimoine du Siège apostolique] enregistre un bénéfice extraordinaire de 62,2 millions d'euros (16 millions de plus qu'en 2023), et met en évidence une contribution extraordinaire de 46,1 millions d'euros (huit millions de plus que les 37,93 millions de 2023) pour couvrir les besoins du Saint-Siège et le déficit de la Curie romaine. Ces chiffres ressortent du bilan 2024 de l'Administration du patrimoine du Siège apostolique, publié ce vendredi. «L'un des meilleurs bilans de ces dernières années», commente son président, Mgr Giordano Piccinotti, aux médias du Vatican.
Dans son ouvrage Le Vatican : vérités et légendes publié en 2018, Christophe Dickès répond à la question "Le Vatican est-il riche ?" (p. 69) et qualifie, quand à lui, la richesse du Vatican de "mythe tenace".
Dans les faits, l'État de la Cité du Vatican possède un patrimoine immobilier sur un territoire de quarante-quatre hectares. À celui-ci s'ajoute l'ensemble des palais extraterritorialisés comme ceux du Latran [...], et de nombreux domaines [...] et immeubles. Par ailleurs la Cité possède un patrimoine artistique inaliénable [...] Enfin, la papauté bénéficie de trois principaux moyens de subsistance que sont le denier de Saint-Pierre, les revenus du tourisme et des pèlerinages, et les profits réalisés par des placements financiers.
[...]
Ainsi, annuellement, les recettes et les dépenses du Saint-Siège n'excèdent pas le demi-milliard d'euros, soit la valeur de l'investissement de la région Auvergne pour les années 2015-2020 [...]. La richesse du Vatican est donc un mythe tenace en dépit des dénégations de plusieurs médias de référence [...]
L'enquête du journal Les Echos : Le Vatican, une puissance financière à part (2020) met ainsi en avant les finances "moribondes" du Vatican mais également les scandales financiers :
Un an après l'élection de François, qui promettait une « Église pauvre aux services des pauvres », la secrétaire d’État du Vatican renonçait à son projet d'investir dans le pétrole en Angola pour privilégier l'immobilier de luxe dans la capitale britannique.
A l'automne 2019, l'hebdomadaire italien « L'Espresso » révélait une enquête lancée par la justice vaticane pointant dans cette opération « de graves indices de malversations, fraude, abus de fonction et blanchiment ».
[...]
Plus grave, les 700 millions d'euros de fonds à disposition de la secrétaire d’État, dont le célèbre denier de Saint-Pierre, reçus par le pape pour des œuvres de charité, ferait l'objet d'une gestion opaque.
Le montant de la quête annuelle faite dans toutes les églises catholiques du monde le 29 juin ne profiterait pas aux plus démunis, mais servirait à combler le déficit chronique de la Curie romaine, le « gouvernement du Saint-Siège ».[...]
Selon le livre du journaliste Gianluigi Nuzzi, « Jugement dernier » (version française à paraître chez Flammarion), un défaut de paiement serait possible dès 2023 à cause d'une « gestion clientéliste et sans règles, d'une comptabilité fantasmée et d'un sabotage têtu de l'action du pape ».
[...]
« Le bon pape désireux de réformer et les méchants cardinaux qui lui mettent des bâtons dans les roues, c'est une légende éculée », commente Emiliano Fittipaldi, auteur des enquêtes de « L'Espresso » sur l’Église et de l'ouvrage « Avarizia » en 2015 à l'origine de l'affaire Vatileaks2. « François ne cesse de prêcher la transparence, mais on ne sait rien des investissements du Saint-Siège, ou du montant exact de son patrimoine, constate-t-il. On doit se reposer sur sa bonne foi, ce qui est bien peu. [...]
En 2021, Radiofrance pointait la nébuleuse financière du Diocèse de Paris : Le diocèse de Paris possède 700 millions d’euros de biens immobiliers cachés :
Le diocèse de Paris dispose de près de 700 millions d’euros de biens immobiliers qui n’apparaissent pas dans ses comptes, d'après la cellule investigation de Radio France. Un système aux allures de nébuleuse, alors que l’Église cherche de l’argent pour indemniser les victimes de prêtres pédophiles.
Dans un article récent sur France culture, Conclave : l'état catastrophique des finances du Vatican (7 mai 2025), Bruno Duvic parle de "déficit structurel estimé entre 50 et 70 millions d’euros par an. En cause : la chute des dons des fidèles, une gestion parfois hasardeuse et des décennies d’opacité financière".
Autres ressources Web :
Vatican: le Saint-Siège est-il immensément riche ? (article de la revue Géo, du 5 avril 2025, par Christophe Dickès, Docteur en histoire contemporaine, spécialiste du catholicisme et de la papauté contemporaine)
Comment l'Église s'est enrichie (Revue L'Histoire, Giusto Traina dans mensuel 427 daté de septembre 2016)
Concernant la deuxième partie de votre question à savoir l'importance du christianisme dans le Monde, le site France Info publie le 16 juin 2025 Le christianisme reste la première religion du monde, mais l'islam et les non-croyants sont en forte croissance, selon une étude sur les religions :
Le christianisme reste la première religion dans le monde, mais l'islam est en croissance et les non-croyants sont de plus en plus nombreux, selon une vaste étude du Pew Research Center(Nouvelle fenêtre) sur l'évolution du paysage religieux entre 2010 et 2020, publiée lundi 9 juin.
Avec 2,3 milliards de personnes (+122 millions), "les chrétiens restent le plus important groupe religieux dans le monde" et ils représentent 28,8% de la population, souligne cette méta-analyse réalisée sur la base de plus de 2 700 études et recensements. Le christianisme n'a toutefois pas réussi à progresser au rythme de la population mondiale, et son poids a reculé de 1,8 point.
Deuxième religion du monde avec 2 milliards de personnes (+347 millions), l'islam a connu "la croissance la plus rapide de la décennie". Il représente 25,6% de la population mondiale (+1,8 point). Les non-croyants sont, eux aussi, de plus en plus nombreux (1,9 milliard de personnes) soit près d'un quart (24,2%) de la population mondiale.
L'ouvrage La Tentation du christianisme de Luc Ferry et Lucien Jerphagnon tente de comprendre comment le christianisme s'est imposé dans le Monde :
Comment le christianisme a-t-il fait pour passer du statut de secte à celui de Civilisation ? Luc Ferry et Lucien Jerphagnon unissent ici leurs forces et leurs compétences pour tenter de répondre à ces questions cruciales. Ils identifient ainsi les sources et la teneur originelle d’un héritage indispensable pour qui veut comprendre non seulement les racines mais aussi la nouveauté de la culture contemporaine.
La naissance et l'expansion du christianisme est expliqué dans cet article de la revue Éléphant Une histoire des religions – Le christianisme (juillet 2021). Nous vous invitons également à lire :
Le christianisme, première religion en nombre. Atlas des religions : Passions identitaires et tensions géopolitiques (p. 36-37) par Tétart, F. (2023)
Comprendre le succès du christianisme (Revue Science Humaines, propos recueillis par Laurent Testot, 18 novembre 2024) :
Pour mieux appréhender les raisons de l'expansion du christianisme dans l'Empire romain, François Blanchetière nous invite à une relecture des textes sacrés et profanes du début de notre ère.
À propos du "triomphe du Christianisme". In: Dialogues d'histoire ancienne, vol. 14, 1988. pp. 277-345. Par Thebert Yvon.
Bien à vous