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Zoo Humain

par Soluclem, le 30/11/2010 à 09:45 - 22603 visites

Bonjour,

Lors d'une discussion entre amis, nous nous sommes demandés quelle association était à l'origine de la fin (abolition) de la pratique des "Zoos humains".
Auriez-vous de plus amples informations ?


Merci d'avance.


Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 01/12/2010 à 17:07

Réponse du département Civilisation

Si le grand public découvre aujourd’hui, avec la sortie du film "Vénus noire" l’existence des zoos humains, des historiens comme Pascal Blanchard et Nicolas Bancel travaillent sur cette question depuis plusieurs années.

Le film de Pascal Blanchard et Eric Deroo, Zoos humains peut être visionné sur Dailymotion. Dans ce documentaire, N. Bancel signale que c’est le pouvoir colonial lui-même qui finira par interdire les zoos humains, car ceux-ci donnaient une image trop négative de la colonisation, et montraient plutôt l’échec de la « mission civilisatrice » que s’étaient données les puissances occidentales, tandis que le développement du « cinéma colonial » prenait le relais de ces mises en scènes. (Voir à ce sujet les ouvrages Culture impériale 1931-1961, La République coloniale, De l’indigène à l’immigré).

Pour répondre plus précisément à votre question, nous vous recommandons la lecture de l’article de présentation de l’ouvrage de Joël Dauphiné (1998), Canaques de la Nouvelle-Calédonie à Paris en 1931. De la case au zoo par Isabelle Leblic dans le Journal de la Société des océanistes , 1998, Numéro 107 pp. 237-239, accessible en ligne sur le site de Persée .

Il semble en effet que ce soit suite à l’exposition universelle de 1931, et à l’affaire des indigènes Kanaks, que fut mis un coup d’arrêt à ces exhibitions, grâce à l’intervention et à la mobilisation de personnes d’horizons différents :

« Au moment où s'ouvre l'exposition de Vincennes le 6 mai 1931, la plupart (soixante-dix) des Kanaks qui se trouvaient au Jardin d'acclimatation depuis leur arrivée à Paris, quatre à cinq semaines auparavant, avaient été expédiés à la fin du mois d'avril en Allemagne (Hambourg, Leipzig, Cologne)... Là, leurs conditions de "travail" étaient encore plus dures qu'en France, notamment plus de 8 heures par jour au lieu des après-midi prévus.
Le scandale ne tarda pas à éclater (chapitre 6). Les plaintes se multiplient, de la part des Kanaks eux- mêmes, relayées par tous les familiers de la Nouvelle- Calédonie, les « hommes d'Église, des Calédoniens de Paris et même une bonne partie des Européens de Nouvelle-Calédonie » (p. 82), parmi lesquels on compte le pasteur Leenhardt bien sûr, le père Bazin et les Maristes, puis par la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, et par le pasteur Soulier, député de Paris. Par contre, « la presse politique demeura en revanche à peu près muette, à l'image de l'Humanité » (p. 112). Il en fut de même pour le Canard enchaîné. Après plusieurs semaines de mauvais traitements, « le catalogue des doléances était désormais constitué. Les Néo-Calédoniens réclamaient avec de plus en plus d'insistance des améliorations matérielles comme un habillement décent, le repos du dimanche ou un allégement des journées de travail. Ils revendiquaient davantage de libertés et ne voulaient plus être considérés comme des mangeurs d'hommes. Ceux qui étaient exhibés en Allemagne réclamaient leur rapide retour à Paris et beaucoup semblaient exiger leur rapatriement en Nouvelle- Calédonie, dès la clôture de l'Exposition au sein de laquelle ils souhaitaient être installés en attendant leur départ » (p. 83-84).
Au nombre de leurs défenseurs se trouvaient aussi les anciens coloniaux, fonctionnaires ou autres particuliers ayant vécu en Nouvelle-Calédonie qui « furent indignés du traitement réservé à leurs indigènes ». « Au nom de la vérité, ils s'élevaient contre cette mascarade présentée au public métropolitain comme un spectacle authentique » (p. 87). Et aussi des Calédoniens, résidant en métropole, dont le journaliste Alin Laubreaux.En Nouvelle-Calédonie, le Bulletin du commerce (2000 exemplaires trois fois par semaine) fit « une campagne insistante et parfois tapageuse » (p. 90) : pas moins de dix articles entre juin et août 1931. D'autres journaux calédoniens s'en firent l'écho et de nombreux Calédoniens prirent la défense de « leurs canaques ». Ceci eut pour résultat un débat animé des membres du conseil général réunis en session ordinaire, notamment le 1er septembre qui condamnèrent de façon unanime « cette "traite des noirs", ce "véritable marché de chair humaine" » (p. 93).
Finalement, le dénouement (chapitre 7) intervient avec la demande de rapatriement des Kanaks. Il faut attendre début juillet 1931, soit trois mois après le début des représentations au Jardin d'acclimatation, pour que le ministre des Colonies, Paul Reynaud, s'occupe enfin de cette affaire. Il met en demeure la F.F.A.C., soit de respecter ses engagements envers les Kanaks (village spécial dans l'Exposition, contrat de sept mois expirant avec la fin de celle-ci), soit de les rapatrier au plus vite. La F.F.A.C. tergiverse, accède à quelques demandes tout en faisant traîner les choses pour gagner du temps, et ne rapatrie pas ceux envoyés en Allemagne. Le 15 septembre 1931, le gouverneur Guyon, par décision du Conseil des ministres intervenu quelques jours plus tôt, est mis à la retraite de façon anticipée et doit quitter son poste de gouverneur de Nouvelle-Calédonie. « Le gouverneur Guyon était rendu responsable d'une affaire qui survenait à un moment particulièrement inopportun et dont les rebondissements, imprévisibles, risquaient de ternir durablement la politique coloniale de la France » (p. 110). Finalement, en octobre, tous les Kanaks envoyés en Allemagne sont rentrés à Paris et les places nécessaires à leur rapatriement en Nouvelle-Calédonie sont réservées pour le 1 1 novembre suivant : cent huit doivent repartir à bord du "Chantilly", mais sept Loyaltiens s'échappent — avec la complicité d'un impresario qui les a embauchés pour un an de prolongation — et restent. Sur cent onze Kanaks partis en janvier 1931, cent trois débarquèrent le 17 janvier 1932 à Nouville (compte tenu des sept "évadés", de cinq décès et de quatre naissances).
Parmi les retombées de cette affaire (chapitre 8), la mise à la retraite du gouverneur Guyon n'est pas des moindres. Le ministère des Colonies interdit dès lors toute exhibition en métropole d'indigènes (circulaire du 31 juillet 1931)
».

D’autres documents pour compléter :

- L’Institut du Monde arabe à Paris avait organisé dès 2001 un cycle de conférences dédié à cette question.

- Nous trouvons 4 références pour "zoos humains" dans la revue L’Histoire.
La nouvelle guerre coloniale , par Michel Winock, 07/2009, n°44, 1 500 ans d'histoires de France . La légende dorée des bienfaits de l'oeuvre coloniale est en passe d'être remplacée par une légende noire. Le temps de l'apaisement n'est pas encore venu.
Des zoos humains aux expositions coloniales , par Pascal Blanchard, 10/2005, n°302, Dossier La colonisation De 1877 à 1931, la France a « exhibé », dans les jardins zoologiques, dans les expositions officielles, les populations de son empire.
Les tribulations de la Vénus hottentote , par François-Xavier Fauvelle-Aymar, 02/2003, n°273. C'est l'histoire d'une femme réduite à ses fesses, d'une proéminence exceptionnelle. Emmenée loin de sa patrie, l'Afrique du Sud, elle fut exposée en Europe, vivante... puis morte. Les restes du corps ont quitté le musée de l'Homme l'année dernière. Et sont devenus un enjeu identitaire dans son pays d'origine.
• Le numéro 11 des Collections de L’Histoire, Avril 2001, Le temps des colonies, dont l’article de Catherine Hodeir, Une journée à l’Exposition coloniale (pp. 60-63).

- Enfin, vous pouvez consulter le site de l’ACHAC, pour vous tenir au courant des travaux du Groupe de recherche Achac Colonisation, immigration, post-colonialisme.
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