Guichet Du Savoir
http://www.guichetdusavoir.org/

Gens du Voyage
http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?f=2&t=40229
Page 1 sur 1

AppleTree [ 09/12/2010 à 09:13 ]

Bonjour,
Savez-vous si les gens du voyage sont considérés comme étant une nation, une confédération de tribus, un peuple où une minorité ethnique reconnue?
De ce fait, peut-il exister un Etat tsigane?

D'avance, merci beaucoup,
smile.gif

Réponse attendue le 12/12/2010 - 09:12


bml_civ [ 11/12/2010 à 10:17 ]

Réponse du département civilisation

Avant toute chose, nous tenterons d’y voir un peu plus clair quant aux appellations : le terme Gens du voyage est utilisé pour définir différentes populations, et son côté politiquement correct l’a un peu dénué de sens. Pour beaucoup, les contours des définitions sont floues (Roms, Tsiganes, Gitans, Gens du voyage…)

Qui sont les "gens du voyage"? : Ce terme désigne en réalité un statut qui a été créé par l’administration française en 1969 pour les personnes qui n’ont pas de domicile ou de résidence fixe et habitent dans des caravanes ou des mobile-home. "Dans la loi française, cette notion ne comporte aucune connotation ethnique ou communautariste", précise la Fnasat-Gens du voyage. Par ailleurs, les associations tiennent à rappeler que les «gens du voyage» sont dans leur très grande majorité Français depuis plusieurs générations. (fnasat)

La confusion entre les "gens du voyage" et les Tsiganes vient en partie de cette spécificité française qui interdit à l’administration de qualifier une partie de la population sur des critères ethniques. Au début du XXe siècle, le gouvernement français veut surveiller les Tsiganes qui sont alors victimes des pires préjugés, […] mais sans utiliser un terme ethnique. (Slate.fr)


Les Rroms dans le contexte des peuples européens sans territoire compact / Marcel Courthiade, Conseil de l’Europe, Strasbourg, 2003. Ce texte est centré sur les Roms, mais donne de nombreuses explications sur les flux de populations en direction de l‘Europe, et rappelle également des définitions :
Devant la multitude des dénominations plus ou moins heureuses servant, dans la vie courante comme dans les médias, à désigner la/les population(s) dont il est question lorsque l'on parle de près ou de loin de Rroms, il est tout naturel que le commun des mortels ait du mal à trouver des repères. Certains "spécialistes" eux-mêmes se complaisent à renforcer la confusion incommode existant déjà afin d'épaissir le "mystère" qui entourerait l'objet de leur travail, croyant de la sorte se valoriser. Les intéressés eux-mêmes peuvent se présenter à quelques minutes d'intervalle et indifféremment comme "Rroms", "gitans", "tsiganes", "gens du voyage", "manouches" ou autres, le plus souvent pour éviter de s'enfermer dans une dénomination risquant de déplaire à l'interlocuteur et pour tester du même coup ce dernier, afin d'identifier celui des termes qui sera le plus susceptible d'optimaliser la relation avec lui. Bien entendu, après des décennies d'usages chaotiques, les mots se vident de leur sens et deviennent interchangeables, renforçant comme dans un cercle vicieux la confusion et ses dramatiques conséquences.

Marcel Courthiade, titulaire de la chaire de langue et civilisation romani à l'Institut national des langues et civilisations orientales, approuve cette dénomination générale de Roms pour désigner les populations qui ont en commun une origine et la langue romani, ou du moins le souvenir de l’usage de cette langue. D’un point de vue historique, les Roms au sens large ont été déportés au XIe siècle de la vallée du Gange, en Inde, et a migré progressivement à travers l’Asie occidentale puis l’Europe jusqu’au début du XXe siècle. Les premiers Roms sont arrivés en France autour du XVe siècle. Si l’on accepte cette définition, il y aurait actuellement en France entre 350.000 à 500.000 Roms, dont la quasi totalité est de nationalité française, sur un total de 10 à 12 millions dans l’Union européenne. Une idée reçue répandue voudrait que les Roms soient des nomades, pourtant seulement 2% d’entre eux sont du voyage en Europe. (slate.fr)

Rappel de la terminologie employée par le Conseil de l’Europe

La minorité rom a ceci de particulier par rapport aux autres groupes minoritaires qu’elle ne peut se réclamer d’aucune mère patrie, d’aucun Etat qui serait en mesure de la reconnaitre comme sienne. Si actuellement, la grande majorité des Roms a acquis la nationalité du pays dans lequel elle se trouve, le problème n’est pas résolu pour autant ; en effet, la question est de savoir comment protéger juridiquement les Roms contre les discriminations auxquelles ils sont confrontés, faisant que même dans les états de droit, ils ne sont pas des citoyens tout à fait comme les autres. Ils constituent un groupe minoritaire, mais dispersé sur tout le continent. La reconnaissance du fait qu’ils constituent donc une minorité transnationale, paneuropéenne, sans territoire, ne modifie en rien le problème posé, lorsqu’il s’agit de se pencher sur la protection juridique des Roms. En effet, il n’existe actuellement aucun texte en droit international qui reconnaisse et définisse ce concept de minorité transnationale.
In Les tsiganes, ou le destin sauvage des Roms de l’Est / Claire Auzias

Statut cadre du peuple Rrom en Union européenne : document rédigé par le Réseau rrom des activistes sur les questions juridiques et politiques (RANELPI) approuvé par la Présidence de l’Union Rromani Internationale – mai 2009 :
L'ensemble des Rroms, Sintés et Kalés s'est défini comme "nation rromani sans territoire compact et sans prétention à un tel territoire" lors du 5ème Congrès de l'Union Rromani Internationale (Prague, juillet 2000). La nation rromani se démarque des épithètes de "tsigane", "Gypsy" et similaires aussi bien pour elle-même que pour n'importe quelle autre identité, à moins qu'un groupe humain n’en revendique explicitement la qualité ; dans un tel cas, l’utilisation de ce mot sera limité aux personnes concernées.

L’Union Romani internationale citée ci-dessus, a présenté un texte à l’Assemblée nationale et n’est en aucune façon revendicatrice : notre population, ainsi que l’ensemble de ses caractéristiques ou spécificités, est reconnue implicitement comme l’une des composantes de la nation ; corollairement, son patrimoine et sa création moderne doivent être reconnus comme des richesses de cette nation. Or, nous constatons à ce jour, qu’en aucun point du territoire national, rien ne nous permet de préserver, développer et promouvoir ni ce patrimoine culturel, ni son expression en création contemporaine, ni tout ce qui s’y attache, alors qu’ils sont attestés et reconnus par la Constitution.
Poursuivant, nous, représentants de notre population de France dans sa large diversité, souhaitons obtenir, à l’égal des autres collectivités, un statut officiel adapté, nous permettant, de façon non territoriale, d’assurer, dans le cadre d’une diversité culturelle largement souhaité par les autorités françaises de tous niveaux, la restructuration et la promotion de notre patrimoine culturel et linguistique en tant que partie intégrante du patrimoine français.


Quelques lectures :
Les Gitans / Marc Bordigoni (Entrevue avec l’auteur dans L’Express)

Etude et propositions sur la situation des Roms et des gens du voyage en France

Les Tsiganes, une destinée européenne / Henriette Asséo

Les Rroms : une nation en devenir ? / Morgan Garo

Réponse attendue le 15/12/2010 - 10:12