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Visage, regard et identité

par astridortho, le 21/12/2010 à 12:19 - 7235 visites

Bonjour,

J'aimerais savoir quel sont les théories concernant le rôle du visage et du regard dans la construction de l'identité, dans l'estime de soi?
Quelles sont, notamment, les incidences du fait de "porter un masque", qu'il soit réel ou virtuel (exemple se cacher derrière un pseudo ou un avatar pour aller librement mais masqué s'exprimer sur internet)?

Je cherche ici, en autres, à decrypter le comportement des utilisateurs de jeux virtuels tels Second Life.

merci

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 24/12/2010 à 11:49

Réponse du département Civilisation

L’importance du regard et du visage de l’autre dans le développement psychique est prise en compte tant par la psychanalyse dans son approche du narcissisme que par les courants qui, à la suite de John Bowlby , explorent les comportements d’attachement. L’attachement : concepts et applications de Nicole et Antoine Guedeney vous fournira sans doute les bases pour appréhender ce concept. Chaque chapitre est accompagné d’une importante bibliographie, anglo-saxonne le plus souvent.

Cependant, en préalable à toute recherche sur cette question, nous vous recommandons de vous reporter aux définitions du narcissisme dans un dictionnaire, que ce soit dans une perspective psychanalytique (Vocabulaire de psychanalyse de Laplanche et Pontalis) ou psychologique ( Dictionnaire fondamental de la psychologie ).

Le concept d’attachement a été élaboré par John Bowlby en 1959, après les travaux précurseurs de René Spitz sur les relations d’objet du petit enfant. Pour une approche des théories de Spitz, entre autres, vous pouvez vous reporter à l’ouvrage de Bernard Golse, Le développement affectif et intellectuel de l’enfant . Vous y lirez, p. 57 : [i]« Dès l’âge de deux mois, le percept visuel le plus reconnu par le bébé est le visage humain. Grâce à sa maturation physique et u développement psychique, l’enfant, pouvant utiliser son outillage somatique pour exprimer une expérience psychologique, répondra par le sourire à un visage, familier ou non : «la péponse par le sourire est une manifestation du développement spécifique de deux à six mois (98 % d’enfants…) ». Si l’enfant sourit ainsi à n’importe quel visage, c’est qu’il ne perçoit pas encore « une personne, un objet libidinal » mais seulement un signe. Un signe bien particulier puisque l’enfant ne répond pas à l’ensemble du visage humain mais à ce que Spitz appelle « l’indicateur Gestalt » constitué par le front, les yeux et le nez vus de face et en mouvement. Comme le Gestalt-signe ne peut être considéré comme un véritable objet, Spitz le nomme le « Pré-objet », l’enfant n’étant pas encore capable de distinguer un visage parmi d’autres, l’objet libidinal n’est donc pas encore établi : c’est le stade du précurseur de l’objet. (…) Il est à noter que cette acquisition se fait face à un sujet humain ou un substitut symbolique (masque) ; l’objet humain est reconnu et identifié par l’enfant avant les objets inanimés. »[/i]
La reconnaissance du visage humain serait génétiquement programmée et ferait partie de ces universaux de pensée chers à Jean-Pierre Changeux et aux neuro-cognitivistes après lui.
Le petit ouvrage de Karine Durand, Le développement psychologique du bébé (0-2 ans) vous offrira un résumé des tendances actuelles en psychologie du nourrisson, notamment au niveau de ses interactions sociales (dont visuelles). Vous y lirez que le nouveau-né possède une attirance « [i]spontanée[/i] » pour les visages humains, et quel rôle y tient celui de sa mère en particulier.

Autre référence indispensable pour comprendre le rôle du regard dans le développement psychique, celle du psychanalyste Donald W. Winnicott . Parmi les processus indispensables à la croissance du nourrisson cet auteur identifie l’identification de la mère à son enfant qui participe de la Préoccupation Maternelle Primaire, dans laquelle le rôle de miroir de la mère est fondamental.
En effet, les premières interactions visuelles de l’enfant à sa mère permettent l’instauration d’une relation particulière que Winnicott nomme « [i]relation au moi [/i]» (ego-relatedness). [i]« Quand le bébé au sein regarde le visage de la mère, il se voit en quelque sorte « en reflet » dans le visage maternel. Cela correspond au stade de l’identification primaire. L’expérience que l’enfant est en train de vivre se répètera et prendra de plus en plus de sens, passant progressivement d’une dimension symbolique au sentiment de réalité. Ainsi au bout de quelque temps, en regardant le visage de la mère, il pourra y voir son propre visage à lui, soit son visage à elle. (…) Winnicott souligne qu’il n’est pas facile pour la mère de jouer un rôle de miroir : dans certains cas, la mère ne reflète que son propre état d’âme ou bien la rigidité de ses propres défenses ; ou elle ne répond pas, de sorte que l’enfant ne reçoit pas en réponse ce qu’il est en train de donner. En conséquence la propre capacité créative de l’enfant s’atrophie ; il n’a aucun reflet de lui-même ; le début d’un échange avec le monde extérieur n’est pas possible.» [/i](Golse, 1997, p.80-81)

Nous vous recommandons à cet égard le texte d’André Green intitulé « [i]La mère morte[/i] » (1980) in Narcissisme de vie, narcissisme de mort , traitant de ce que cet auteur appelle [i]l’angoisse blanche[/i], angoisse qui saisit l’enfant face au visage impassible de sa mère déprimée, de la « mère morte », en somme. Il y évoque notamment cette perte narcissique subie, qui conduira le petit sujet à un désinvestissement de l’objet maternel et une identification à cette mère morte.

Cette conception de la mère comme miroir, Winnicott l’a tirée du concept de [i]stade du miroir [/i]de Lacan (1936). Vous trouverez la présentation de ce concept dans ses Ecrits (1966) Voici la définition qu’en donne le Dictionnaire fondamental de la psychologie, tome 2 : « [i]Concept introduit par Jacques Lacan pour décrire l’expérience fondatrice de la reconnaissance par l’enfant de son image dans le miroir et ses effets sur la constitution de la subjectivité. Situé entre 6 et 18 mois, le stade du miroir se déroule ainsi : porté par un autre (généralement sa mère), l’enfant rencontre son image dans le miroir, la perçoit comme différente de la réalité (il se retourne vers celui qui le tient) et comprend que cette image est la sienne ; Cette rencontre est assortie d’une intense jubilation. Cela survient à un moment où l’enfant, totalement dépendant de l’autre du fait de la prématurité typique de l’être humain, vit encore son corps comme morcelé, indistinct du corps de sa mère, confondu avec l’environnement.
Le stade du miroir introduit l’enfant à son identité d’humain, à l’ébauche de son moi e amorve son décollement par rapport à la relation fusionnelle avec la mère. La reconnaissance par l’enfant de son image y prend sa force de l’authentification par le regard et la parole de l’autre qui le tient. (…) [/i]»
Lacan, et d’autres après lui, insisteront sur le caractère inaugural de cette reconnaissance de son image par l’enfant, associé à sa nomination « C’est toi ! ».

Le livre de de René Zazzo Reflets de miroirs et autres doubles, entièrement consacré à l’image spéculaire et au rôle du double dans la psychologie de l’enfant, nous fournit une excellente transition avec la seconde partie de votre question, car, en définitive, [i]les écrans ne sont pas des miroirs.[/i]

Ce site belge présente de courtes vidéos où des spécialistes de l’éducation ou du soin interviennent sur un sujet. Vous y trouverez plusieurs interventions de Serge Tisseron, psychiatre-psychanalyste, dont une sur le jeu vidéo, assimilé par l’auteur à une sorte de fête foraine, où l’enfant, l’ado ou l’adulte sort « [i]masqué[/i] ».
Différents textes de cet auteur évoquent la fascination, la captation qu’exercent les écrans sur les petits, les ados et certains adultes. Citons par exemple, L'enfant au risque du virtuel , Qui a peur des jeux vidéo ? , ou, en collaboration avec le philosophe [i]Bernard Stiegler[/i], Faut-il interdire les écrans aux enfants ?

D’autres auteurs se sont également penchés sur les implications psychologiques et sociales de l’engouement pour les écrans, comme Christine Kerdellant avec Les enfants puce : comment Internet et les jeux vidéo fabriquent les adultes de demain , ou Frank Beau, Culture d'univers : jeux en réseau, mondes virtuels, le nouvel âge de la société numérique .

La consultation de la base de données Repère nous a permis d’accéder aux références suivantes :
- Second Life : une nouvelle thérapie? par Ségolène Barbé, Psychologies No 262, avril 2007, p. 90-96. Sommaire: Les motifs qui poussent les adeptes de Second Life à s'inventer une nouvelle vie sur ce jeu de simulation; les impacts positifs et négatifs d'une vie virtuelle parfaite; mise en garde contre les groupes de soutien psychologique virtuels.
- Mondes virtuels, Web de demain? de Laure Belot, Guillaume Fraissard. Le Monde. Sélection hebdomadaire No 3031, 9 déc. 2006, p. 11,
- Japon : les enfants du virtuel par Etienne Barral. GEO No 249, nov. 1999, p. 28-40,

L'article d'Alain Bouldoires, « [i]Réalités virtuelles et corporéité [/i]», Études de communication, 28 | 2005, consulté en ligne sur Revues.org. L'auteur propose d'appréhender le virtuel comme un prolongement du corps propre et les différentes formes de socialisations liées à l'interactivité qui, dans le jeu en réseau par exemple, projette à chaque fois l’être dans une autre temporalité. L’utilisation croissante des technologies modernes de communication (téléphones cellulaires, email, chats sur Internet) conduirait à une proportion toujours croissante d’émotions interpersonnelles médiatisées. Il s’intéresse à façon dont l’utilisation de cette technologie modifie la genèse, la régulation et la communication des états émotionnels.

D'autres références encore :
- Life on the screen : identity in the age of the Internet / Sherry Turkle, 1997
- Avatars at work and play : collaboration and interaction in shared virtual environments / edited by Ralph Schroeder and Ann-Sofie Axelsson, 2006.
- Les Enfants de l'ordinateur / Sherry Turkle; trad. de l'américain par Claire Demange. Paris : Denoël, 198,
- Second Life : Tables rondes sur la réalité virtuelle, publié le vendredi 11 juin 2010 par Marie Pellen.

Par ailleurs, si vous êtes étudiant à Lyon ou abonné à la BM de Lyon, vous pouvez, en vous identifiant sur Cairn accéder à de nombreux articles en ligne traitant des incidences de Second Life sur la vie des joueurs, comme c’est le cas en thérapie de couple où le phénomène est de plus en plus présent (voir par exemple, "[i]Quand l'amant c'est l'ordi[/i]" de Maggy Siméon et Camille Labaki in Thérapie Familiale 2008/1 (Vol. 29).

Rappelons enfin que la Bibliothèque de Lyon a publié en 2006 dans sa rubrique Point d’Actu un dossier intitulé Wow ! 7 millions d’avatars qui évoquait largement le jeu [i]Second life[/i].

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