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Yin-yang

par framboise773, le 30/07/2011 à 14:21 - 12942 visites

Bonjour,
Il y a deux façons de dessiner le yin-yang : les deux parties qui tournent dans le sens des aiguilles d'une montre ou l'inverse, quand on part par exemple de la pointe vers la boule.
A l'origine, le véritable yin-yang doit-il être dessiné dans un sens précis ?
Merci

Réponse du Guichet du savoir

par bml_chin, le 03/08/2011 à 10:18

Réponse du Fonds chinois de la Bibliothèque municipale de Lyon

[i]Le Dao engendre l’Un, Un engendre Deux, Deux engendre Trois, Et Trois les dix mille êtres.[/i] (Laozi 42, traduction extraite d’Anne CHENG, Histoire de la pensée chinoise, p. 263.)
Il n’y a de fait pas seulement deux façons de représenter le Yin et le Yang, il y en a eu, à travers les âges, sinon une multitude, du moins un nombre conséquent.

Avant de partir sur les traces de la plus ancienne figure du Yin et du Yang, il convient de rappeler succinctement quelques notions de la pensée chinoise.

Une lente gestation :

Tout d’abord, la conception du Yin et du Yang existe en Chine depuis des temps reculés. Toutefois, ce n’est qu’à la période des Royaumes combattants (IV-IIIe siècle avant J.C.) que Yin et Yang commencent à être perçus comme « deux souffles primordiaux qui par leur alternance et leur interaction, président à l’émergence et à l’évolution de l’univers ». (Anne CHENG, [i]op. cit[/i]., p. 242)

En effet, si ces deux caractères peuvent être retrouvés sur des bronzes antiques, le couple qu’ils constituaient alors ne désignait que [i]le corps (yang ) et le couvercle (yin ) d’un vase rituel[/i]. (Grand dictionnaire Ricci de la langue chinoise, Dossiers et Index, p. 380.)

Ce n’est donc que progressivement, à partir d’abord de l’observation de phénomènes empiriques (le caractère yang comporte l’élément soleil, ri , tandis que le caractère yin évoque le nuage, yun ) que se forme ce couple de principes, commandant la classification des phénomènes. Le Yin renvoie-t-il ainsi à la femme, à l’inaction, à l’obscur, à la terre, à l’hiver, au froid, à la nuit, etc. Le Yang, quant à lui, évoque l’homme, l’action, la clarté, le ciel, l’été, le jour, etc.

Le Faîte suprême :

La figure que vous évoquez dans votre question s’appelle en chinois Taiji tu 太極圖, Le Diagramme du Faîte suprême. Ce diagramme constitue une représentation du Taiji, le Faîte suprême.
Ce concept de Taiji se trouve défini en ces termes par le [i]Grand commentaire[/i], Xi ci 繫辭 (Appendices ajoutés au [i]Livre des Mutations[/i] ou [i]Yijing[/i] 易經) : [i]Ainsi donc, dans les Mutations, Le Faîte suprême engendre les deux modèles (yi ). Les deux modèles engendrent les quatre figures (xiang ), lesquelles engendrent les huit trigrammes (gua ). Ceux-ci déterminent le faste et le néfaste. La détermination du faste et du néfaste engendre les grandes œuvres.[/i] (traduction extraite d’Anne CHENG, [i]op. cit[/i]., p. 262)
Les deux modèles font ici référence au Yin et au Yang que l’on retrouve dans le Diagramme du Faîte suprême, le premier figuré par la couleur noire, le second par la couleur blanche.

Cette notion de Taiji, si elle est mentionnée par le philosophe taoïste Zhuangzi (4e siècle avant J-C), ne gagne de l’importance qu’au cours de la dynastie des Song (960-1206), sous la plume de philosophes néo-confucianistes tels que Zhou Dunyi 周敦頤 (1017-1073). Conséquence de cette activité intellectuelle, cette période voit apparaître de multiples représentations graphiques du Taiji qui se développe en un système cosmogonique et philosophique.
Selon la tradition, Zhou Dunyi aurait hérité, du maître taoïste Chen Tuan 陳摶 (né avant 906), le Diagramme du Ciel antérieur, xian tian tu 先天圖, et le Diagramme Sans Faîte, wu ji tu 無極圖, dont il se serait inspiré pour développer son Diagramme du Faîte suprême.
L’image suivante montre, à gauche, le Diagramme du Ciel antérieur et, à droite, le Diagramme du Faîte suprême de Zhou Dunyi qui comptent parmi les plus anciennes représentations du couple Yin-Yang.
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[Images tirées de http://www.taoist.org.cn/webfront/webfront...nts.cgi?id=4214]

N.B. : Le cercle supérieur représente le Sans Faîte, wu ji, tandis que le suivant figure le Faîte suprême, tai ji ; vient ensuite la représentation des Cinq agents, wu xing 五行 : l’eau, le feu, la terre, le bois et l’air.

Il convient de préciser que la plus ancienne représentation du Faîte suprême, connue à ce jour, date de la dynastie Tang (618-907) et provient d’un ouvrage taoïste du VIIIe siècle (Catherine DESPEUX, T’ai-k’i k’iuan technique de longue vie, technique de combat), p. 29). Il n’est toutefois pas exclu qu’un motif encore plus ancien ait existé. Marcel Granet souligne par exemple l’analogie entre la représentation du Faîte suprême et le thème graphique ancien du dragon enlaçant la colonne, dans un mouvement d’ascension vers le Faîte (Marcel GRANET, La pensée chinoise, p.502).

Les représentations du Taiji sont donc nombreuses et variées comme le montrent les figures suivantes,
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[Image tirée de http://fr.wikipedia.org/wiki/Taijitu]
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[Image tirée de http://www.chentuan.org/ctzz/ArticleShow.a...leID=228&Page=7]

ou encore celle que l’on retrouve sur le drapeau de la République de Corée.
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[Image tirée de http://france-coree.pagesperso-orange.fr/h...e/k_hist_w.html]

La plus populaire et la plus répandue est toutefois la suivante :

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[Image tirée de http://fr.wikipedia.org/wiki/Taijitu]

Une affaire de bon sens :
Pour l’heure, aucun des documents que nous avons pu consulter ne permet de déterminer si un sens de rotation est antérieur à un autre. Ce problème de sens de lecture est pourtant très pertinent car, le Diagramme de Zhou Dunyi peut être lu dans les deux sens. C’est en tout cas ce qu’explique Isabelle Robinet dans un article intitulé [i]Wuji et Taiji [/i]dont nous reproduisons ici un passage:
[i]Le diagramme du Wuji-Taiji représente aussi l’œuvre alchimique. Il peut être lu dans les deux sens, alors que les confucéens n’en connaissent qu’un. L’un est le sens exotérique, et va de l’origine à la multiplicité : il descend du haut, et va vers le bas, va du Wuji au Taiji, puis aux cinq Agents représentés par cinq cercles. C’est la formation du monde, de l’être humain, ou de l’élixir alchimique qui passe par les diverses étapes de la Genèse dont la dernière est le Taiji, puis celle du monde phénoménal. L’autre lecture va dans le sens contraire, du bas vers le haut, et remonte à partir du monde phénoménal au vide originel, ou Wuji. Cette lecture est ésotérique et propre aux taoïstes. En fait, dans la plupart des diagrammes du Taiji, répandus, outre dans le confucianisme, dans le milieu des arts martiaux, par exemple, le cercle qui figure le Wuji n’est pas représenté : il ne s’agit pas dans ces milieux de parvenir jusqu’au Vide suprême.[/i] (Isabelle ROBINET, in Dictionnaire critique de l’ésotérisme, p. 1374).

Le sens est, de fait, lourd de sens.

Pour aller plus loin :
Comprendre le tao, Isabelle Robinet.
La pensée chinoise, Marcel Granet.
Histoire de la pensée chinoise, Anne Cheng.
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