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enfance de mon père durant la seconde guerre mondiale

par papitus, le 05/03/2012 à 19:48 - 4271 visites

Bonsoir, je recherche des infos concernant le bombardement du préventorium de VILLEREVERSURE dans l'AIN par les allemands en juillet 1944.

Mon père, alors âgé à peine de 7 ans fût blessé par des éclats de bombes à la jambe gauche. Il ne se rappelle pas grand chose et j'aimerai lui apporter des détails comme la liste des enfants présents, le déroulement des évènements, le pourquoi du bombardement et par quelles unitées.

Je vous remercie d'avance.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 07/03/2012 à 16:05

Réponse de la Documentation Lyon et Rhône-Alpes

Bonjour,

On parle parfois de « Juillet Rouge » pour qualifier l’opération « Treffenfeld », percée de l’armée allemande dans la région du Revermont qui s’est déroulée à partir du 18 juillet 1944 en représailles à la guérilla des maquisards de l’Ain. Au cours de cette opération, les villages évacués de Coligny, Salavry, Verjon, Roissiat, Chevignat, Pressiat, Cuisiat et Poissoux sont réduits en cendre.
L’annonce du débarquement des alliés en Normandie a en effet galvanisé la résistance ; dans l’Ain notamment, sous l’impulsion de Romans-Petit, commandant des FFI du département, la résistance déclarait les envions de Nantua « territoire libéré ». Le 14 juin 1944, 450 hommes du maquis de l’Ain tendent une embuscade à un convoi blindé ennemi dans la petite gare de Moulins-des-Ponts. Une centaine de soldats allemands sont massacrés. Les maquisards deviennent une préoccupation majeure de l’armée d’occupation ; la traque aux résistants s’intensifie jusqu’à atteindre son apogée avec l’opération « Treffenfeld ».

Nous vous invitons très vivement à vous documenter sur cette tragédie de l’histoire de l’Ain qui fournira le contexte historique de l’évènement qui vous intéresse. Les ouvrages suivants l’abordent, parfois de façon très détaillée :
Les forces engagées (5000 hommes environs) ont été scindées en trois corps :
- la colonne sud (composée de 2 bataillons de Russes venant d’Ecully et de Mâcon, d’éléments du Génie, d’une pièce d’artillerie de 75 allemande, de 2 ou 3 blindés et de quelques automitrailleuses) part de Bourg pour rallier Izernore par Pont-d’Ain, Poncin, Cerdon, Maillat et Saint-Martin-du-Fresne.
- la colonne sud-est (quelques compagnies de la 157e division d’infanterie) part de Hauteville pour rejoindre Bellegarde par Hotonnes, le Petit-Abergement, le Grand-Abergement, le Poizat, Saint-Germain-de-Joux, Châtillons de Michaille, Lancrans.
- la colonne nord (cosaque à cheval et éléments de l’Ecole d’enseignes de Dijon) doit rallier Dijon et Oyonax par Dortan, en essaimant à Matafelon, Chavannes, Belleydoux et Belignat…

Néanmoins, le drame du préventorium de Villereversure s’est déroulé avant le 14 juillet (probablement autour du 11), si l’on en croit le compte rendu suivant, c'est-à-dire quelques jours avant l’entrée des Allemands à Coligny, le 18, et leur traque des maquisards vers le sud.
Ce compte rendu, visible dans son intégralité sur le site de la Société d'Emulation de l'Ain, s’il concerne un bombardement survenu dans un internat de Poncin, est utile à plus d’un titre : d’abord il nous confirme dans sa conclusion le bombardement du préventorium de Villereversure à une date facile à borner (quelques jours avant le 14 juillet, datation du document). Ensuite, il est extrêmement évocateur de ce que pouvait être la situation des civils à ce moment dans la région, offrant un témoignage sans doute très proche de celui qu’aurait pu fournir un rescapé du préventorium.
Citer:
Le 14 juillet 1944.
Rapport sur les faits qui se sont produits à l’internat [de Poncin], le 11 juillet 1944 à la suite des opérations des troupes d’occupation

L’action a commencé entre les troupes d’occupation et la résistance dès les premières heures de la matinée du 11 juillet. L’internat semblait devoir rester en dehors des opérations. Les troupes allemandes arrivant par la vallée de l’Ain.
Les enfants furent gardés en classe tout le matin.
L’emploi du temps de l’internat dut respecté et à 13 heures après le repas, les enfants étaient conduits aux dortoirs pour la sieste. Vers 13h30, de nombreux avions commencèrent à mitrailler les environs de l’internat. La sieste fut interrompue aussitôt et les enfants placés au réfectoire. A ce moment un avion mitraille l’internat. Les toits durent touchés.
(…)
Tout à coup vers 17h une rafale d’obus perforants fut tiré de la route N84 au Nord Est de l’internant sur la façade Est (terrasse). Un obus pénétra dans la 3e classe par l’angle d’une fenêtre, percuta sur une poutre en ciment armé du plafond de la classe. Les éclats brisèrent les vitres du couloir-vestiaire contigu à cette classe, coupèrent un conduit d’eau du chauffage central et quelques uns traversèrent la cloison près de la quelle se trouvaient des enfants.
(…)
Vers 19h45, comme les troupes allemandes semblaient être sur le chemin de l’internant, à proximité de la porte de la cuisine, que j’avais tenue ouverte, je sortis et me présentai aux assaillants qui se préparaient à lancer des grenades dans l’escalier de la cave. Je fis comprendre aux soldats que l’établissement était une école et qu’il n’y avait pas de troupe de la résistance.
La plus grande partie du détachement (50 hommes environ) se rassembla autour de moi. On me demanda à boire puis quelques uns entrèrent dans la cuisine. A ce moment Mme Duchenet, l’infirmière, quittait la cave pour me rejoindre. Les allemands voyant le repas du soir sur le fourneau prétendirent que c’était le dîner du maquis. Pour appuyer mon affirmation que l’établissement était bien une école, je fis sortir les enfants de la cave. Parmi eux se trouvait l’enfant blessé. Les allemands exigèrent qu’il fut conduit à leur poste de secours, sur la route, à l’entrée du village. L’infirmière accompagna l’enfant.
(…)
D’autres obus atteignirent l’école pendant que les enfants étaient à la cave. A part un court moment d’émotion, lorsque leur camarade fut blessé, les enfants ne manifestèrent pas de crainte.
(…)
Il fait se féliciter que, vu la violence de l’attaque, les suites ne furent pas plus graves. A Villereversure, un préventorium d’enfants n’a eu que 3 pensionnaires indemnes de blessures sur 156.
Le directeur, C.Duchier


Malheureusement c’est à peu près la seule évocation que nous ayons pu trouver du bombardement du préventorium. Les « opérations des troupes d’occupations » dont il est question dans ce compte rendu débutent le 8 juillet avec l’entrée des troupes allemandes à Seyssel et les affrontements qui se déroulent, le 10, au passage de la Dorche. L’armée allemande se met peu à peu en place pour l’opération Treffenfeld. L’ouvrage L'Ain dans la guerre 1939-1945, déjà cité, nous donne un déroulement des opérations qui suivent, les 11, 12, 13 et 14 juillet. Le 11, les Allemands de la colonne sud ont atteint Poncin et Neuville, puis Bellegrade ; le 12, ils investissent la Cluse puis Nantua.
Le 12 et le 13, Oyonnax est violemment bombardé avant d’être prise le 14.
C’est dans cette fourchette de dates que des combats ont pu se dérouler à Villereversure.

Un autre témoignage qui peut vous intéresser nous est fourni par la revue Journal - Les résidents de la Maison de retraite Ary Geoffray (à Villereversure). Il s’agit de celui d’un résident en 1982, monsieur Corretel, qui habitait à Ramasse, à quelques kilomètres de Villereversure, au moment de l’Occupation. Travaillant au relai de la tour de Ramasse, il occupe un poste d’observation privilégié, guettant avec ses jumelles « le mouvement des troupes allemandes qui allaient sur Ambérieu, qui allait sur Mâcon, qui allaient de tous les côtés. » L’épisode relaté ici n’est pas daté mais il évoque de toute évidence le passage des troupes d’occupations juste avant ou après l’opération Treffenfeld. On y voit l’obsession de l’occupant à traquer les maquisards jusque chez l’habitant : la troupe qui abat sauvagement un maquisard égaré est peut-être la même qui attaquera quelques heures plus tard le préventorium !
Citer:
De temps en temps, j’allais au tunnel de Sénissiat. Ils voulaient couper la route. Je faisais faire des trous de façon que les tanks, s’ils piquaient dedans, ne pouvaient pas remonter ! mais les Allemands ne sont jamais passés par là ! Ils sont venus jusqu’à Ceysériat, mais ils n’ont pas été plus loin.
Ils ont contourné pour aller sur Pont d’Ain, Neuville sur Ain ; c’est sur le pont de Neuville qu’ils se sont battus.
Mais les Allemands ont réussi à passer avec leurs tanks et ils sont arrivés au Val d’Enfer – où il y a le monument des résistants et le cimetière des inconnus ; ils se sont battus. Les résistants étaient sur la Montagne en haut, les Allemands sur la route en voitures blindées, le Cerdon en bas.
Ils sont arrivés à passer malgré les résistants qui n’avaient que quelques grenades, des mitraillettes… De là, ils ont été sur Nantua, puis Oyonnax ; et là, il y a eu des martyres.
S’il n’y avait pas eu de dénonciations, tout allait bien.
Si vous, supposition, vous êtes en querelle avec un du pays, que vous n’êtes pas d’accord, eh bien, ils vous font ramasser, mettre dans un camion et ils vous déportent – vengeance !
Et moi, j’étais toujours à Ramasse.
Les Allemands, après Oyonnax, ont été à Dortan – la ville martyre – tout a été brûlé ; il n’y a que l’église et le château qui sont restés.
De là, pour moi, ils ont dû revenir par Thoirette ; de Thoirette, je ne sais pas ce qu’ils ont emprunté comme route pour venir vers Drom et Ramasse.
A Drom, ils ne se sont même pas arrêtés parce qu’il n’y avait pas de dénonciation.
Ils se sont arrêté à Ramasse parce qu’ils savaient qu’il y avait des maquisards – un groupe de Roland Petit – mais ils étaient partis ! ils étaient dans la montagne.
Alors au moment où ils arrivaient à la route qui vient sur Villereversure – il y a d’ailleurs un petit monument – ils se sont trouvés nez à nez avec un maquisard qui allait porter un pli au chef des maquisards. Il avait des bottes allemandes aux pieds ; ils lui ont tirés dans les jambes ; il s’est affaissé – ils l’ont fouillé et ils ont trouvé le pli qu’il avait dans la poche – l’officier lui a mis une balle dans la tête et ils l’ont laissé sur la route.
Les Allemands ont été vers une maison sur le bord de la route, c’était chez la Roberte (Melle CLERE), chez ses parents et ils ont demandé de quel côté les maquisards étaient partis. D’habitude, chez nous, ont dit : « Ils sont partis du côté de Montfleur » – Montfleur c’est dans le Jura !
Et ils ont été dans une autre maison, un peu plus loin… et c’est bien un hasard que cette personne ait dit comme la maison CLERE, sans le savoir « Ils sont partis du côté de Montfleur » !
Quand ils ont vus que, les deux, ça correspondait, ils se sont dirigés par là – et ils ont perdu la trace ! Heureusement, parce qu’ils auraient pu foutre le feu au pays.


Le moyen le plus sûr d’obtenir de plus amples informations serait de s’adresser aux archives départementales de l’Ain à Bourg-en-Bresse (série 180W Résistance et Seconde guerre mondiale – cf sources bibliographiques des ouvrages déjà cités), ou au musée de la Résistance à Nantua.
Certains forums sur internet sont consacrés aux souvenirs de guerre. Vous pouvez peut-être y lancer un appel.
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