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frida kahlo diego et moi

par keyran, le 16/01/2013 à 22:44 - 7164 visites

bonjour,
je voudrai savoir que représente le tableau de frida kahlo quel sentiments resorte de cette œuvre

Réponse du Guichet du savoir

par bml_art, le 18/01/2013 à 16:22

Réponse du département Arts et Loisirs

Nous avons déjà apporté une réponse très détaillée sur le tableau que vous citez, question du 19/05/2012.

Pour situer ce tableau, il faut noter que Frida Kahlo a peint majoritairement des autoportraits.
A l’âge de six ans, Frida est atteinte d’une poliomyélite, ce qui lui vaut des railleries de la part de ses camarades qui la touchent profondément. A l’âge de 18 ans, un accident de bus porte à nouveau atteinte à son corps. Cet accident lui entraînera une vie de souffrances épouvantables et continuelles qui vont imprégner sa pratique artistique, seul moyen d’évasion et d’expression de sa forte personnalité, enrichie d’une grande culture, où se mêlent mythologie aztèque, spiritualité d’Extrême-Orient, croyances populaires catholiques, philosophie de son temps (Marx, Freud, …).
Elle peint ses premiers tableaux de son lit : des autoportraits avec l’aide d’un miroir.
Dans son art, elle montre sans détour ce qui la fait souffrir, en s’adressant avec fierté, droit dans les yeux, au spectateur, avec une force de caractère et une intelligence extraordinaires.

Une seconde source de souffrance hantera aussi ses tableaux : les infidélités répétées de son mari, Diego Rivera. C'est elle qui très jeune va à sa rencontre, où elle lui témoigne son admiration pour sa peinture. Mariée une première fois en 1929, elle le considère à la fois comme son dieu, son fils, son père, et le traduit ainsi dans ses peintures. Dans l’œuvre de 1931, Double portrait Frida et Diego, elle se représente comme une petite fille à ses côtés. C’est lui qui l’incitera à porter des costumes traditionnels de l’isthme de Tehuantepec que l’on voit dans beaucoup de ses peintures.

Au point de vue de la technique de représentation, dans sa figuration « naïve », il faut noter que la peinture de Frida Kahlo s’apparente de façon manifeste à celle des ex-voto mexicains. Dans le livre Diego Rivera, Frida Kahlo : exposition, Fondation Pierre Gianadda, 1998, on relève cette observation de Diego :
« Au Mexique, il existe une peinture peu connue, humble dans ses dimensions matérielles et ses prétentions de contenu. Ce sont de petites plaques de métal ou de bois sur lesquelles on a peint le miracle qu’a fait le saint, la Vierge ou Dieu en faveur d’une ou de plusieurs personnes et, pour en laisser le témoignage dans le sanctuaire correspondant, on peint ces petits tableaux… Ces ex-voto sont sans doute à la base l’expression picturale la plus authentique du peuple mexicain… L'absolue sincérité et l'expression totalement directe de ces panneaux, parmi lesquels il y a beaucoup de chefs-d’œuvre, sont une caractéristique plastique qui se retrouve à l'identique dans les tableaux de Frida Kahlo. C'est pourquoi, quand on dit que sa peinture est la plus authentiquement mexicaine, on a sans aucun doute raison.»
Un peu plus loin, dans la préface écrite par Raquel Tibol, on note la manière féminine qu’a Frida Kahlo de présenter ses sujets autobiographiques : « Par ailleurs, c'est la première fois dans l'histoire de l'art qu'une femme a exprimé avec une franchise absolue, désincarnée et, pourrions-nous dire, tranquillement féroce, ces faits généraux et particuliers qui touchent exclusivement la femme. Sa sincérité, que nous qualifierons peut-être, à la fois, de très tendre et de cruelle, l'a conduite à donner de certains faits le témoignage le plus indiscutable et le plus vrai; c'est pour cette raison qu'elle a peint sa naissance, son allaitement, son enfance dans sa famille et ses terribles souffrances de toutes sortes, sans exagérer jamais, sans s'éloigner des faits précis... L'expression personnelle de ces faits et de ces sentiments jusqu'à l'os de leur vérité fait que, se montrant elle-même, par son exactitude et par son intensité, elle se place à chaque fois sur un niveau et une étendue universels... Frida Kahlo est en réalité un être merveilleux, pourvu d'une force vitale et d'un pouvoir de résistance à la douleur qui se situent bien au-delà du normal. A ce pouvoir s'ajoute, tout naturellement, une sensibilité supérieure, d'une finesse et d'un frémissement incroyables...»

L’ouvrage Frida Kahlo / Helga Prignitz-Poda est effectivement très recommandable, d’autant plus qu’il contient des analyses développées sur une sélection de tableaux. Au minimum, Il vous faudra mettre votre tableau en relation avec ceux-ci :

Autoportrait en Tehuana ou Diego en pensée, 1943 :
« Si Frida a opté pour cette tenue Tehuana plus sévère et solennelle, c'est pour exprimer son admiration pour Diego, qui confinait à la religion. Le portrait du peintre resplendit sur son front à elle : aimant et gentil, mais l'air absent, perdu dans le lointain…
Au moment où elle peint cette toile, Frida étudie assidûment la mythologie indienne et elle connaît certainement déjà l'histoire de Parvati et de Shiva. Pour gagner l'amour de Shiva, la déesse devait lui prouver qu'elle était digne de rivaliser avec lui au niveau de l'ascèse. Elle avait donc passé toutes les épreuves de constance et de persévérance, accepté toutes les formes de mortification prescrites et vécu longtemps en état d'ascèse. Les dieux s'étaient finalement rendus à ses raisons et avaient récompensé Parvati de ses efforts, car ils redoutaient que les énergies qu'elle dégageait ne finissent par causer une catastrophe. Frida elle aussi semble avoir fait très longtemps preuve de persévérance… »


En pensant à la mort, 1943 :
« L’attitude de méditation qu'adopte Frida dans ce tableau n'est pas sans rappeler l'Autoportrait en Tehuana peint la même année. Mais ses pensées ne sont pas les mêmes. Il ne s'agit pas ici de méditation et d'ascèse pour enjoindre Diego de l'aimer. C'est autour de la mort que vagabondent les pensées de Frida… L’image de la tête de mort que Frida porte comme un chakra sur le front n'est pas le seul élément à trahir des pensées déprimantes… comme pour rappeler toutes les blessures, les plaies que la vie, et surtout Diego, lui ont infligées. »

Autoportrait, 1948 :
« Il convient, pour en saisir le sens, de revenir au tableau de 1943 : concentrée sur son ascèse à l'image de Parvati, Frida attend toujours l'aide des dieux dans ses efforts pour conquérir l'amour de Rivera. Mais cette variante la montre désespérée… la référence à la mythologie extrême orientale se confirme ici clairement. Le signe du Yin et du Yang, tissé à intervalles réguliers dans la dentelle qui orne le huipil, indique que celle qui le porte s'intéresse à la philosophie asiatique. Le Yin et le Yang symbolisent la perfection, la complémentarité et l'abolition des polarités pour atteindre l'unité et l'universalité. Dans ce tableau, Frida a quasiment abandonné tout espoir 'arriver jamais à l'idéal du couple parfaitement harmonieux formé par Parvati et Shiva. Même l'ascèse symbolisée par le huipil que les femmes portent pour se rendre à l'église ne fera pas d'elle une épouse comblée. »

Sur les éléments de l’image représentée sur le front du visage de Frida Kahlo, nous vous renvoyons aux articles de Wikipédia :
Tilak, Shiva, Gyana chakshu,Troisième œil (ésotérisme)Image
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