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Solde du soldat durant la guerre algérie

par praolina2B, le 13/06/2013 à 12:44 - 5550 visites

Bonjour,

Je souhaite connaitre la solde d'un soldat durant la guerre d'Algérie avant 1960, ainsi que le prix d'une bière à ce moment-là.
D'avance je vous remercie.
Cordialement
P. Mariani

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 15/06/2013 à 12:41

Bonjour,

L’envoi du contingent :
Contrairement à la guerre d’ Indochine qui ne concernait que les militaires de carrière, la guerre d’ Algérie est mal vécue par la métropole. Dès lors que que le gouvernement a fait appel au contingent, la guerre est devenue nationale et rentre dans chaque famille ; Ainsi à partir d’avril 1956, 70 000 hommes sont rappelés, puis de nouveau 50 000 en mai, les conscrits sont envoyés massivement en Algérie et le nombre d’hommes passe en quelques mois de 200 000 à 400 000. Par ailleurs la durée légale du service militaire est allongée à vingt-sept mois ; Entre 1956 et 1962, ils sont deux millions à partir.
(Source : La Ve République pour les nuls)

Le salaire de la peur :
En Janvier 1957, le sous-lieutenant de réserve Serge Letard, du 01/541e bataillon de garde des fusiliers de l’air, protège au poste de Ksi-Ksou, au sud de Colomb-Béchar, l’exploitation d’une mine de charbon. Célibataire, il reçoit une solde mensuelle, imposable, de 51585 F de l’époque, y compris les primes, dont l’indemnité compensatoire d’AFN de 8070 F. Vu les distractions de cet éden, en sept mois, Serge Letard peut économiser et s’offrir, une fois libéré, sa première voiture, une Renault Dauphine
Le régime des prêts du soldat et des soldes demeure fort complexe. Certains font figure de privilégiés. C’est le cas des fonctionnaires servant au-delà de la durée légale du service. Ils touchent leur traitement. Le sergent Georges-Claude Liermann perçoit la prime de maintien de l’ordre comme tout un chacun en 1956, plus le salaire différentiel d’inspecteur-élève des impôts. Pour les disponibles de 1956, la solde est majorée de 33% en AFN ; Si le deuxième classe rappelé a bien du mal à entretenir sa famille en recevant 84F/jour plus 150F/jour de solde spéciale progressive, des primes versées mensuellement (640 d’indemnité de maintien de l’ordre, plus 320F pour les hommes mariés) permettent d’adoucir le temps de la séparation. Un sergent rappelé, recevant les mêmes primes, peut faire de substantielles économies en bénéficiant d’une solde journalière de 633F.
Les maintenus – c'est-à-dire les appelés ADL- perçoivent une indemnité spéciale de maintien sous les drapeaux. En 1960, elle est de 39F/:jour pour un deuxième classe, soit un peu plus de 4000F/mois entre le 18e et le 24e mois. Cette somme est doublée entr le 24e et le 27e mois. Les caporaux-chefs arrivent dans le même temps à percevoir 45 000F/mois, et un sergent 50 000F/mois
Le coût annuel de cette guerre sans nom est d’environ 440 milliards d’anciens francs. On conçoit que le gouvernement veuille faire des économies. En 1957, si les soldes à l’air pour les paras sont conservées ainsi que les primes de séparation pour les hommes mariés, le cabinet Guy Mollet décide de supprimer les primes de maintien de l’ordre et de bivouac pour les appelés arrivés en Algérie après le 30 avril 1957. Est également annulé le supplément de prime d’alimentation pour les unités non opérationnelles, ce qui condamne certains commandants de troupe de secteur à ne plus pouvoir Nourrir correctement leurs unités, notamment en ce qui concerne les extras non réglementaires comme le casse croûte du milieu de la matinée.

La divine canette :
Le conflit algérien est tributaire d’une logistique de l’eau…Les experts avaient calculé qu’entre 7h et 10h du matin, en été, 5 litres de liquide étaient nécessaires pour permettre à un soldat européen de progresser un maximum de 2 km à pied.
La soif est la compagne omniprésente. En opération, on part souvent le soir vers 22 heures ou vers 1 heure du matin pour profiter de la fraîcheur de la nuit en été. Chaque homme porte deux bidons de 2 litres. Par forte chaleur, il faut prévoir un ravitaillement en eau en conséquence, soit entre 11 et 15 litres par jour et par homme dans les djebels accidentés.
Les cas de coliques néphrétiques subites ou de déshydratation pouvant entraîner une syncope préoccupent les médecins militaires. Livrés à eux-mêmes, les commandos de chasse utilisent de vieilles techniques pour calmer la soif, comme sucer un caillou. Pour se tenir éveillé la nuit, on fait dissoudre le sachet de nescafé des rations dans un bidon d’eau froide. L’amertume du breuvage coupe la soif tandis que la caféine revigore
Pareil régime sec entretient les rêves les plus fous quant aux délicieuses boissons rafraîchissantes attendant le guerrier à son retour de mission. Révolution dans les habitudes du soldat français, la guerre d’Algérie comme celle d’ Indochine, est celle de la bière plutôt que du vin . Quelques sous-officiers réputés pour leur dalla en pente, vrais sacs à mol (vin), restent encore fidèles au gros rouge, mais le bon vieux pinard n’a plus la faveur des jeunes générations. Tout d’abord, il est peu agréable à consommer par temps chaud. Le vin de l’intendance, soupçonné de contenir du bromure, laisse la langue pâteuse. Les vins algériens, y compris les produits de consommation légère comme ceux des marques Sénéclauze et Margnat, sont cependant honorés. Le dimanche ou lors des fêtes, on débouche un mascara, un sidi-brahim ou un vin de La Trappe, mais le vin bouché demeure rare, y compris au mess des officiers. En théorie, le règlement prévoit un demi-litre par jour et par homme ; l’Etat ne fournissant que le quart, le deuxième quart est acheté par l’ordinaire de chaque corps. Dès 1948, devant la hausse du prix du vin, beaucoup de commandants d’unités suppriment ce deuxième quart, ce qui favorise certes la consommation de jus de fruits, mais surtout celle de la bière.
En 1956, la canette de bière de 25 cl vaut en moyenne, au foyer du soldat, 32F. Mais le prix peut-être majoré en fonction de l’éloignement. Dans l’Aurès, la canette vaut 68F, ce que supporte assez mal les unités aux conditions d’existence précaires. Les foyers vendent de la BAO (bière algérienne d’Oran), de la Pils, sans doute la marque la plus populaire pour les hommes de troupe, mais aussi de la Mutzig et de la Kronemburg.
Consommée modérément, la bière aide au drainage de reins fatigués par l’effort. Il n’est pas de retour de patrouille ou d’opérations sans les inévitables caisses de bière, auxquelles tout chef de poste doit penser, s’il veut garder l’estime de ses hommes. Toutefois, la vie confinée de certains petits postes, condamnés à l’eau nauséabonde, conduit à quelques excès, d’autant que la bière permet d’éviter la parasitose…Les pilules à la bibine ne choquent que quelques bleu-bites…
Alerté par la fréquence des accidents et des bagarres liés à l’alcool, le haut commandement réagit. Dès 1956, la consommation de bière est surveillée… Le général Salan essaie de limiter à 50 cl par jour et par homme la consommation de bière, dont le titre en alcool ne doit pas dépasser 5,2° Le 11 février 1958, devant une recrudescence de punis pour le motif suivant : « A été trouvé en état d’ébriété au foyer de la compagnie », le général Salan décide que les foyers de corps d’armée d’Oran et d’Alger ne pourront plus vendre de boissons alcoolisées …Le 6 mai, il doit rapidement faire marche arrière, une note de service autorise de nouveau la vente de bière.
Cette victoire de la dive canette, pour adopter une expression rabelaisienne, interpelle l’historien. En dehors de la mauvaise qualité de l’eau, ne traduit-elle pas, elle aussi, ce malaise des hommes du contingent engagés dans un conflit dont ils cherchent encore la finalité ?
(source :
Soldats en Algérie 1954-1962, expériences contrastées des hommes du contingent)

A lire avec modération. A la bonne vôtre !
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