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william turner le dernier voyage d'un temeraire

par loulou36, le 12/04/2014 à 20:38 - 12110 visites

Le dernier voyage d'un temeraire , william turner
● Pourquoi Turner choisit­ il de peindre ce navire (que symbolise ­t ­il) ?
● Quel élément naturel domine la peinture ?

● De quelle manière le peintre rend­il la lumière, les ombres, les reflets ?

● Comment Turner transforme­t­il la réalité de cette scène ? Quelles émotions veut­il exprimer ? 
● Pourquoi Turner est­il surnommer “ le peintre de la lumière ” ? 

 comment Turner a pu inspirer les peintres impressionistes. ?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_art, le 16/04/2014 à 15:58

Réponse du Département Arts et Loisirs

Nourri par le goût du secret et la mystification, quelque peu excentrique, …Turner a conjugué observation et imagination, réalité et fantastique: une dualité qui rend le personnage et son oeuvre difficiles à cerner. Dans l'absolu, il faudrait lire Les cinq volumes des Moderns Painters de John Ruskin qui multiplient analyses et descriptions.

-Pour l’explication iconographique nous privilégions tout d’abord
« Turner l’incendie de la peinture » d’Olivier Meslay. Il explique très efficacement la thématique de cette toile et selon nous, la métaphore romantique des passages …L’ouvrage est petit mais aborde pertinemment tous les aspects qui, en fait, vous préoccupent!

Le chapître « Méditer sur l’histoire »

A la fin de la décennie, Turner, largement engagé dans la soixantaine, peint aussi certains tableaux où la méditation sur l’histoire prend une forme particulière.
Le « Fighting Temeraire » exprime la quintessence de son art de coloriste, les leçons tirés du Lorrain, son goût des ciels, étudiés sans relâche, le sens de l’immobilité autant que le sentiment de mouvement.
Le principal titre de gloire du Téméraire, construit en 1798, avait été la part héroïque qu’il avait prise à la victoire de la flotte anglaise commandée par Nelson à Trafalgar en 1805.
Durant cette fameuse bataille, alors que le Victory, le vaisseau amiral de Nelson, était pris sous le feu des bateaux français, le Téméraire, dans une manœuvre aussi audacieuse que courageuse, attaquait victorieusement sur les deux bords les bateaux ennemis, l’incroyable témérité du capitaine contribuant sans aucun doute à la victoire britannique.
Après les guerres napoléoniennes, cet immense bateau est transformé en ponton avant d’être vendu démâté (à la différence de ce que montre Turner) en 1838.
Si c’est bien son remorquage jusqu’à un chantier de démolition que peint Turner, le peintre n’a en fait pas assisté au dernier voyage du Téméraire, contrairement à ce qu’a affirmé son premier biographe, Walter Thornbury. Il a vu toutefois des scènes semblables dans de nombreux ports sur tous les grands fleuves, comme le montre la gouache de 1830-1832 figurant le remorquage d’un grand voilier sur la Seine, entre Quillebeuf et Villequier.
Le grand bateau, presque fantomatique, aux mâts sans voiles et sans couleurs, est remorqué par un petit bateau à vapeur et à aubes. Ce remorqueur noir, dont la cheminée exhale presque autant de feu que de fumée, semble rougeoyer lui-même sous l’effet des chaudières qui l’animent.
Comme dans un panorama, un grand crépuscule inonde de lumière l’ensemble du tableau. Rarement une œuvre n’a illustré avec autant de cruauté et de simplicité du temps qui s’écoule, l’évanouissement des gloires comme l’indomptable activité des hommes, la brutale irruption de la modernité.
Présenté à la Royal Academy en 1839, le tableau du Téméraire, majestueux mais déchu, gloire des mers ainsi conduite à sa destruction, étreint le cœur des britanniques, émeut le public et les critiques anglais.
La popularité du tableau sera immense, copies, gravures, poèmes, chansons ne cessant de s’en inspirer tout au long du XIXe siècle.


Pour poursuivre :Turner de Andrew Wilton
Il avait trouvé une compagne dans la solitude de sa vieillesse, mais l’âge relativement jeune de Mme Booth lui faisait sans doute cruellement sentir le poids de ses propres années. C’est à cette époque qu’il peignit le vaisseau de ligne le « Téméraire » remorqué à son dernier mouillage pour y être démoli en 1838.
Wilton évoque une métaphore de sa propre décrépitude.
Thomas Woolner relate "L’étonnante splendeur du spectacle lui sembla digne d’être peinte : il nota tous les détails qui pourraient en rendre la gloire sur une toile."
Cependant il n’était pas seul à bord à contempler d’un œil professionnel la magnificence de la scène; en effet, il vit un peu plus loin Turner, lui aussi occupé à croquer de petites esquisses sur des cartons. Il montra du doigt à son compagnon « Turner, le grand paysagiste »…L’année suivante, en se rendant à l’exposition de l’A.R., il eut l’immense surprise de voir surgir sous ses yeux, éblouissante, la vision qui l’avait tellement enchanté ! »
L’épisode rassemblait toutes les conditions d’un thème pictural idéal : un événement historique dans un cadre naturel. Mais l’œuvre possédait aussi de multiples significations immédiatement perçues par le public de l’Académie et louées par la critique.
Ce tableau valu à Turner un article dans le Morning Chronicle le 7 mai 1839 « La contemplation de cette scène nous affecte presque aussi profondément que le spectacle du déclin d’une noble nature humaine. » La réception de l’œuvre fut donc percutante.


-Ciel
Vous pourrez vous référer à "Peindre le ciel - De Turner à Monet", exposition, 8 avril-9 juillet 1995 au Musée-promenade de Marly-le-Roi-Louveciennes (que la bibliothèque ne possède pas).

Pour John Ruskin encore, « Turner étudie les nuages de façon intense et constante ». Voici ce qu'il en dit:
Un maître et un seul s’est avisé de l’existence des régions supérieures du ciel que l’on négligeait ; c’est son domaine propre et préféré; il a observé ses moindres modifications, et rendu le moindre de ses états et de ses traits: à toute heure, en toute saison, il a suivi ses passions et ses changements, et il a tiré des cieux et offert aux yeux du monde une nouvelle apocalypse. Il n’y a pas un seul tableau de Turner où visant à la fois la sérénité du ciel et l’intensité de la lumière, il n’utilise pas ces nuages, bien qu’il n’y ait pas deux cas où il les utilise exactement de la même façon. Parfois ils sont agglutinés en masse de lumière entremêlée (-), d’autres fois, ils se fondent au ciel lui-même, sensibles ici ou là, grâce seulement à un rayon de lumière qui les fait naître de l’ombre brumeuse. Parfois lorsque il s’agit de produire un effet de grande immobilité, ils apparaissent sous la forme de quelques flocons séparés, égaux, ronds, qui semblent pendre sans bouger, chacun étant comme l’ombre de l’autre, dans le bleu profond du zénith, (-) parfois ils sont éparpillés en fragments enflammés qui volent ici et là, chacun brûlant avec une force propre, comme dans le « Téméraire » ; parfois ils sont entrelacés de minces fils de ténèbres qui les relient entre eux et se fondent dans le bleu. Mais dans tous les cas, la facture magistrale et exquise de Turner donne à chaque atome de cette multitude son caractère et son expression propres. Bien qu’ils soient aussi innombrables que les feuilles, chacun a sa part de lumière, son ombre, sa lumière réfléchie, sa forme particulière qui l’individualise. In « Sur Turner » John Ruskin, textes traduits et présentés par Philippe Blanchard, Paris et Jean-Cyrille Godefroy, 1983.


-Lumière et couleurs
Turner est un grand admirateur des lumières du Lorrain cf.Turner et Le Lorrain. Son passage d'une représentation réaliste et romantique à des œuvres plus lumineuses, à la limite de l'imaginaire se fit après un voyage en Italie. Il montre le pouvoir suggestif de la couleur et son attirance pour la représentation des atmosphères. Cela le place comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme.

Pour découvrir les secrets de sa palette: Turner : peindre le rien .
« Turner avait d’emblée acquis une réputation de « magicien de la couleur ». Ses œuvres témoignent en effet d’un véritable génie des accords lumineux, dont l’élaboration semble davantage relever de la magie que d’une technique. En 1851, le fils du révérend Trimmer, le plus vieil ami de Turner, entre dans une petite pièce adjacente à l’atelier de l’artiste, et décrit les instruments et les couleurs en place quelques jours après la mort du peintre. Son récit offre un témoignage sans égal sur cette alchimie picturale. Vous pourrez vous référer à la page 130 de l’ouvrage.
L’évocation des pigments utilisés ainsi que la présence de chrome, teinture de rhubarbe et d’iode pourraient expliquer cette fameuse alchimie.
On apprend également que Turner ne broyait pas ses couleurs sur une ardoise mais prenait un grand soin à les étendre sur la palette avec de l’huile crue. Il utilisait de la gomme-gutte mêlée à l’huile de lin crue. Sont aussi décrits de grandes variétés de pinceaux et brosses. Il aurait également utilisé des pinceaux chinois….

Mais c’est à notre sens, John Ruskin qui donne l’analyse la plus fine et aboutie de la couleur dans l’œuvre de Turner.
John Ruskin s’aventure dans « la traduction des couleurs chez Turner »
Il est vrai qu’il y a ici ou là, dans les tableaux de l’Academy des passages dans lesquels Turner a traduit, parce qu’elles étaient hors d’atteinte, l’intensité d’un ton d’une couleur, par le ton accessible d’une couleur plus haute : il traduit par exemple le vert doré d’un intense soleil sur la verdure par un jaune pur, parce qu’il sait qu’il est impossible, quel que soit le mélange de bleus qu’on utilise, de reproduire fidèlement son intensité lumineuse relative ; et Turner est toujours déterminé à obtenir la justesse de l’ombre et de la lumière, quoi qu’il lui en coûte du point de vue de la couleur.
Par ailleurs la modernité de la manière de Turner est évoquée dans « La base grise de toutes ses teintes vives »
Dans toutes ses œuvres, Turner applique le même principe de délicatesse et de retenue de la couleur, en y apportant un soin et y prenant une peine dont il est difficile de se former une idée. Il marque d’un trait de blanc pur son point le plus lumineux : mais tous les autres blancs sont perlés de gris ou d’or, ce qui les atténue. Il donne un pli cramoisi pur au drapé de son personnage le plus proche, mais tous ses autres cramoisis seront renforcés par du noir ou réchauffés par du jaune.
Sur un reflet profond de la mer qu’il a dessinée dans le lointain, nous apercevons la trace du bleu le plus pur mais tout le reste palpite dans une harmonie de teintes à la progression variée et délicate, qui paraît effectivement bleu vif globalement, mais cela seulement par contraste.
Ce qui est le plus difficile, ce qui arrive le moins souvent c’est de trouver dans ses tableaux un morceau donné, si petit soit-il, dont la couleur soit sans lien avec le reste : c'est-à-dire soit un bleu qui n’ait rien qui le relie avec les tons chauds, soit une couleur chaude qui n’ait rien qui la relie avec les gris de l’ensemble. Cela a pour résultat qu’il y a un système général de gris qui traverse, comme un courant souterrain, l’ensemble de ses couleurs, et sur le fond duquel les points les plus lumineux et ces touche locales de couleurs de couleur pure qui sont, comme je le disais auparavant, les notes dominantes du tableau, resplendissent avec la vivacité et l’intensité particulières qui n’appartiennent qu’à lui seul.



-Impressionnisme:

Londres impressionniste de Eric Shanes
Les impressionnistes français s’imprègnent de la tradition paysagière anglaise. Peintures et aquarelles de Turner et John Constable (-) font preuve, directement ou indirectement, d’une conception du paysage qui annonce de près la leur. Ils ont la volonté de « ramener l’art à l’observation scrupuleusement exacte de la nature, s’appliquant avec passion à rendre la réalité des formes en mouvement, ainsi que les phénomènes si fugitifs de la lumière ». Pour les paysagistes notamment, cela implique de travailler directement sur le motif afin d’intégrer l’authenticité de la vision, l’engagement de la sensation et la liberté improvisatrice à leur pratique artistique. La création de paysages peints d’après nature a commencé en Italie au XVIIe siècle, pour atteindre son plein épanouissement en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, avec nombres d’artistes majeurs ou mineurs, dont plusieurs travaillent à Londres. Turner exécute vers 1805 une série d’esquisses à l’huile sur un petit bateau, qui lui sert d’atelier flottant sur la Tamise.

Pour Nicole Tuffelli in
L'art au XIXe siècle L’Ecole anglaise du paysage du XIXe siècle a joué un rôle déterminant dans la genèse de l’impressionnisme, et notamment trois grands peintres : Joseph Turner, John Constable et Richard Bonington. Leur influence sera d’abord indirecte, par Delacroix (-) partisan de Turner bien après leur première rencontre; plus tard l’influence anglaise s’exercera de façon directe, quand, à cause de la guerre de 1870, Monet, Sisley et Pissarro s’exilent en Angleterre.
D’une manière générale, l’Ecole anglaise libère la peinture de paysage de l’idéalisation et de l’arrangement de la nature, ainsi que des intrusions mythologiques ou historiques qui caractérisaient le paysage composé ou le paysage historique. « L’antiquité n’y a rien à voir » disait Théophile Gautier en 1855. Elle apporte en même temps une nature fondée sur la sensation, la base de l’expérience qui permet de répondre aux sollicitations de la lumière et de la couleur.
Turner, le plus proche des impressionnistes, fait le lien entre Le Lorrain, envers lequel il reconnaissait sa dette, et Monet qu’il devait influencer d’une manière nette et précise par les motifs du chemin de fer, des ponts; par la manière de traduire la lumière; par la fusion de la terre avec le ciel ou avec l’eau; par l’impression de la vitesse; par tout ce qui contribue à donner au tableau une atmosphère féérique en dissolvant les formes et en irisant les couleurs.
Les aquarelles anglaises, par leur extrême liberté et leur légèreté de facture, ont fortement frappé les peintres contemporains et les futurs impressionnistes, et la fraicheur de leur vision les ont fait distinguer en leur temps comme les oeuvres les plus modernes.
in « Turner l’incendie de la peinture » Olivier Meslay

Enfin, nous vous suggérons une dernière référence : Turner Whistler Monet où les chapitres « De la vapeur teintée : Turner et l’impressionnisme » de John House et « L’héritage de Turner ; le legs de l’artiste et son influence » de Ian Warrell sont incontournables !
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