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solilebluedream [ 28/12/2016 à 16:12 ]

Pourquoi les intellectuel.le.s n'osent s'atteler à la "remise à plat" des textes religieux ("dits sacrés"... et donc intouchables ?) de toutes les religions créées de par le monde pour les réactualiser, les moderniser eu égard aux sociétés du XXIe siècle, aux société de notre temps ?.... La plupart des religions hélas s'enferme dans l'entretien et la pérennisation des inégalités entre les genres, dans des rapports de force (dominant.e.s / dominé.e.s) qui ne conviennent plus vraiment. Les croyances religieuses sont un frein aux avancées sociales et sociétales. On a longtemps pensé que croire était un garde-fou, peut-on encore le dire avec le terrorisme qui se pratique à l'heure actuelle au nom d'une croyance qui se veut supérieure aux autres ou qui a, en tout cas, des velléités de cet ordre ?

Merci pour votre "éclairage".

Réponse attendue le 31/12/2016 - 16:12


bml_civ [ 30/12/2016 à 16:25 ]

Bonjour,
Empruntons pour commencer le début et la fin de l’article de Jean-Christophe Attias Démilitarisons notre lecture des textes sacrés dans le Monde du 26/12/2015.
« Belles âmes laïques, pieux « a-théologiens », vous pouvez toujours ¬rêver. Ce n’est pas demain que l’on expurgera la Bible ni qu’on la mettra au ¬pilon. Il va falloir faire avec elle et avec ceux qui croient que Dieu y parle. Or la ¬Bible, oui, est le grand livre des massacres. La -Bible est violente. Ni plus ni moins que la vie. Bien sûr, décrire la violence est une chose. La prescrire et l’exalter en est une autre. C’est précisément là que le bât blesse. Le Dieu de la Bible est une brute. Il aime le sang des batailles. Il aime le sang des sacrifices : celui des animaux, celui d’Isaac aussi (épargné quand même in ¬extremis). » […]
Et de conclure : « La Bible n’est rien. Ses lecteurs – et désormais ses lectrices – sont tout. A nous de tuer la lettre, avant qu’elle ne nous tue. »

Les textes sacrés ne risquent en effet pas d’être réécrits et il va falloir « faire avec eux ». Ils sont sacrés pour les croyants, de référence pour les spécialistes des sciences humaines. Le texte de l’exposition de la BNF Bible, Torah, Coran qualifie même les Livres des trois monothéismes de « patrimoine de l’humanité ».

En revanche, il existe bel et bien une tradition critique dans toutes les religions, que cette critique soit littéraire, philosophique, historique ou théologique. De nombreux intellectuels au cours des siècles ont donc travaillé et travaillent à sortir d’une vision littérale des textes. Le cadre de cette réponse étant trop étroit pour vous en offrir un panorama, nous vous conseillons quelques lectures :

- L’ouvrage Lire et interpréter : les religions et leurs rapports aux textes fondateurs, sous la direction d’Anne-Laure Zwilling, donne une idée de l’histoire de ces recherches, de leur actualité et des différentes pistes suivies pour établir des lectures critiques tant dans l’hindouisme et le bouddhisme que dans les monothéismes. Il permet également de se faire une idée de l’extrême diversité des interprétations (recension par Dan Arbib dans la Revue de l’histoire des religions, 1/2014, en ligne).

- S’il ne cache pas que « dans les trois grandes religions qui se réclament d’Abraham il persiste, bien qu’à des niveaux différents, des résistances plus ou moins importantes à la critique des textes fondateurs » (préface p. 15), le colloque Exégèse et critique des textes fondateurs offre lui aussi de nombreux exemples historiques et pistes d’avenir pour la critique scientifique.

- Un islam, des islams ? présentent les « intellectuel(le)s musulmans et musulmanes [qui] s'affairent aujourd'hui à repenser l'islam. Ils relisent, analysent, critiquent et déconstruisent la tradition religieuse, ses textes sacrés et sa loi. Professeure à l'Université du Queensland (Australie), R. Marcotte présente les écrits de ces penseur(e)s appartenant à un islam réformiste moderne, antithétique de l'islam fondamentaliste. ». Vous y trouverez notamment une partie importante sur le féminisme islamique.

Les textes dits sacrés ne sont pas en eux-mêmes prescriptifs et dépendent largement d’interprétations très variées, pouvant aussi bien conduire à des avancées sociétales qu’à des crispations sur la tradition. C’est aussi sur les textes judaïques que s’appuie par exemple Delphine Horvilleur, rabin, pour défendre son féminisme dans En tenue d’Eve.

Enfin, comme votre question semble en grande partie motivée par les évènements récents et porte donc dans sa dernière partie sur l’islam, il faut rappeler que de nombreux intellectuels se penchent sur le Coran, et pas seulement des philosophes « a-théologiens », (comme les qualifierait J.-C. Attias) tel Michel Onfray.

« La question de l’interprétation des textes sacrés est devenue la première dans le monde islamique. On sait que, selon la tradition musulmane, le Coran n’est pas un texte simplement «inspiré» par Dieu, comme le sont, pour les juifs et les chrétiens, l’Ancien et le Nouveau Testament. C’est un texte «incréé», révélé directement par Dieu, donc éternel, irréfutable et irréformable.
Malgré la répression, nombre d’intellectuels musulmans osent affirmer que ce Coran, soi-disant directement inspiré par Dieu et incréé, a en fait mis deux siècles avant d’être élaboré dans la forme que nous connaissons et qu’il l’a été à la suite de pressions et d’interventions de plusieurs écoles et auteurs. Ils dénoncent donc l’interprétation littérale, fondamentaliste du Coran, réclament en particulier que soit clairement distingué ce qui relève du Coran et ce qui relève des haddith (simples propos prêtés au prophète Mahomet) que les islamistes mélangent allègrement. Mais, dans les conditions géopolitiques actuelles de l’islam, ces intellectuels et musulmans modernistes, réclamant courageusement un travail d’interprétation des textes saints de l’islam, ne sont guère écoutés.
» nous dit Henri Tincq, journaliste catholique, dans l’article Que dit le Coran et que ne dit-il pas sur la violence ?. Le reste de l’article offre d’ailleurs une possible réponse à votre questionnement.

En France, par exemple, le plus connu et prolixe des intellectuels musulmans, Malek Chebel, disparu cette année, n’a cessé d’œuvrer pour un islam des Lumières.
Vous trouverez de nombreux autres éléments de réponses dans ces précédentes questions au Guichet du Savoir : Islam et laïcité, Coran, et dans le dernier paragraphe de la question : Vierges du paradis musulman

Les extraits de textes issus de Juifs, chrétiens, musulmans, : que pensent les uns des autres ? dans l’article Musulmans, juifs, chrétiens sur Clio-texte fournissent un contexte historique et rappellent à bon escient que « celle-ci [la pensée islamique], semblable sur ce point à toute pensée religieuse, n’est point – lorsqu’elle sécrète une doctrine par laquelle elle se définit elle-même et se délimite par rapport aux autres religions – une pensée désincarnée. Elle se situe bien au contraire dans un contexte historique donné, avec toutes ses contraintes. La relation à cet égard est dialectique. La religion influence certainement les attitudes de ses adeptes et oriente leur action, mais elle est en même temps façonnée par les conditions objectives dans lesquelles ils reçoivent ses enseignements. »
Pour finir, quelques sites qui présentent des réflexions intellectuelles actuelles sur l’islam et la modernité :
Les Cahiers de l’Islam
Coran et sciences de l’homme, de Mehdi Azaiez
Iqbal. Pensée critique/créatrice en Islam
Et, moins universitaire, le site SaphirNews, qui se veut grand public et à l’écoute de tous les musulmans (voir dans la revue Sociologie 2015/2 Média minoritaire, diversité intra religieuse et espace public. Analyse du site Saphirnews.com, par Anne-Sophie Lamine), propose par exemple des textes comme Textes sacrés et violence et d’autres articles de Rachid Benzine, entre autres penseurs dits humanistes de l’islam.

Bonnes lectures !

Réponse attendue le 03/01/2017 - 16:01