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L'entonnoir du fou

par FaGallaire, le 19/05/2017 à 06:14 - 3239 visites

Quelle est la plus ancienne occurrence connue de représentation d'un entonnoir sur la tête pour signifier le fou en bande dessinée ? (ou d'ailleurs dans d'autre types graphiques)
Mes recherches ne m'ont pas permis de remonter au-delà des années 1970.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_art, le 22/05/2017 à 15:27

Réponse du Département Arts et Loisirs

Le guichet du savoir a répondu sur la symbolique de l’entonnoir en 2012.

Concernant la plus ancienne occurrence de cette représentation, les lectures suivantes convergeraient sur une période transitoire: la fin du Moyen-âge et le début de la Renaissance :
L’imagerie du fou de Nathalie Poisson-Cogez souligne l’importance et le rayonnement de plusieurs ouvrages:
"La Nef des fous", en 1494 de Sebastien Brant,
Les Visions du chevalier Tondal, un manuscrit écrit par Marcus, un moine irlandais du XIIe siècle (illustré par David Aubert et enluminé par Simon Marmion),
l’"Ensorcellement des fous " en 1512 de Thomas Murner,
enfin, l"Eloge de la folie " d’Erasme en 1511.
Cette étude valide l'influence des "ars moriendi " (littéralement gravures du "savoir-mourir") mais aussi celle des traités d'alchimie ainsi que des ouvrages de mystiques dans l'oeuvre de Jérôme Bosch.

Pour poursuivre et corroborer, les articles tout aussi importants de Christine Bénévent :
Folie et société(s) au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance (offrant, par ailleurs, un appareil critique impressionnant) ainsi que celui de Frédéric Barbier Sébastien Brant et l’image du fou

Enfin, il est impossible d'occulter Hieronymus Cock, acteur essentiel dans la diffusion des gravures de, ou inspirées par Bosch et Bruegel. Larry Silver lui consacre un chapître complet dans son ouvrage sur Bruegel.
« Il y eut collaboration entre Bruegel et Peter Van der Heyden pour des gravures se rapportant à la folie, proches dans la forme de de l’âne à l’école : l’Excision de la pierre de la folie en 1559 (dessin disparu) et la Fête des fous approximativement de la même date mais publiée après la mort de Bruegel.(-)
L’excision de la pierre de la folie traite de la cause foncière de ce mal : selon le folklore contemporain, illustré dans les satires en flamand par la guilde locale des théoriciens (rederijkers), la folie provenait d’une pierre nichée dans le cerveau qu’un chirurgien pouvait extirper (comme le rasage du fou, représenté dans différentes scènes, notamment la taverne, était une autre croyance populaire sur la façon de débarrasser le corps de sa folie).
Bosch avait fait de cette scène le thème de l’un de ses petits tableaux (conservés au Prado), et une dizaine d’année avant la gravure de Bruegel, Jan van Hemessen avait représenté le même sujet de façon plus spectaculaire dans un tableau daté de 1550 environ.
Bien qu’il n’y ait pas non plus d’inscription originale, la signification de la gravure paraît claire. Bosch a aussi représenté un charlatan, un « médecin » revêtu d’un costume exotique et qui a placé une enseigne sur sa table parmi les imposteurs du premier plan de son chariot de foin.
En outre, en 1923, Lucas de Leyde a exécuté une gravure consacrée à un présumé dentiste exerçant en plein air ; son assistante fait les poches d’un paysan crédule qui souffre des suites d’une intervention, comme les trois personnages se tenant debout dans l’Excision de la pierre de folie de Bruegel…(pages 71 à 91)
L’huile sur bois de Pieter Bruegel Dulle Griet ou Margot l’Enragée peinte en 1562 laisse très clairement apparaître en bas à droite un personnage animal coiffé d’un entonnoir.(-)
L’ouvrage de Sébastian Brant porteur de ce titre, paru à Bâle en 1494 et illustré de gravures (largement diffusées) dont certaines sont attribuées à Albrecht Dürer. Jérôme Bosch s'est peut-être inspiré de l'illustration de l'ouvrage, qui elle-même appartient à la tradition iconographique médiévale, plus précisément du haut moyen -âge.(-)


Pour poursuivre :

Un ouvrage consacré exclusivement aux gravures de Lucas Van Leyden et Peter Bruegel l'Ancien. Cette thèse aborde les attributs de la folie au 17e siècle.
Une histoire de la psychiatrie depuis le 15e siècle.
La folie création ou destruction de Cécile Brochard et Esther Pinon dont voici un extrait:
"L’ancienne culture carnavalesque médiévale fut un phénomène culturel d’une grande ampleur dont Bakhtine a mis en valeur l’influence sur la littérature savante, en particulier à travers Rabelais, Fischart et Shakespeare. Grâce à ces relais, et par le jeu de l’intertextualité (en passant par Cervantès et Sterne), les Romantiques ont assimilé une bonne part de cette tradition carnavalesque. Ils ont ainsi perpétué des modèles devenus archétypaux. Du Moyen Âge, ils conserveront, entre bien d’autres motifs, celui de la liberté iconoclaste incarnée par le poète bouffon (voir Der Hexensabbat – Le Sabbat des sorcières – de Ludwig Tieck, publié en 1832). Les Romantiques ont ainsi « réinventé » leur carnaval, en puisant avec une évidente jubilation dans ce monde médiéval qu’ils ont jugé infiniment plus inventif et fécond que les critères néo-classiques du Beau idéal. Jean Paul, Nodier, Hoffmann, Hugo, élaborent des théories du comique et du grotesque, dont le fou médiéval et ses avatars sont encore, pour une bonne part, l’emblème. Un exemple parmi beaucoup d’autres : en 1814, date de la publication des Fantasiestücke in Callot’s Manier, l’éditeur de Hoffmann choisit pour frontispice les deux emblèmes croisés de la poésie et de la folie : une lyre à côté d’une marotte surmontée d’une tête de fou et entourée d’une couronne de laurier."

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 23/05/2017 à 14:13

Réponse du Département Langues et Littératures

Concernant l’illustration populaire, la représentation du fou coiffé d’un entonnoir relève désormais du cliché humoristique et on la trouve plus particulièrement dans les publications à caractère comique ou parodique.

Le dessin de presse, support historique de la caricature, en est friand. Dans Charlie Hebdo par exemple, au début des années 1970, le dessinateur de presse Wolinski représente régulièrement le ministre Jean-Louis Debré coiffé d’un entonnoir. Plus tard, Charles Pasqua subira le même traitement sous la plume de Cabu.

Pour ce qui est de la bande dessinée, on repère des exemples dans l’œuvre de Gotlib, qui représente Galilée comme un fou à entonnoir racontant ses théories sur le ton de la plaisanterie, sans oublier le gag, récurrent chez cet auteur, du fou qui repeint son plafond.

La couverture du Corbac aux baskets, de Fred, parle d’elle-même.

Jean-Marc Rochette, dans l’album Napoléon et Bonaparte, qui se déroule dans un asile d’aliénés, représente, lui, certains pensionnaires du lieu coiffés d’un pot de fleurs, variante de l’entonnoir.

Tous ces exemples ne remontent pas plus loin que le début des années 1970. La seule variante plus ancienne que nous avons eu la possibilité d’identifier est celle de l’asile d’aliénés où Tintin se retrouve brièvement interné dans l’album Les cigares du pharaon, publié en 1941 et où l’on voit un fou coiffé d’un pot de fleurs.
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