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Ecole du XVIII siècle

par ITCHYWEBFEET, le 15/08/2017 à 08:11 - 993 visites

Un de mes ancêtre est né en 1720. Le document de la paroisse indique que sa marraine était maîtresse d'école de Viricelle dans la Loire mais elle a déclaré ne pas savoir signer. Je trouve cela très singulier et j'aimerais bien savoir si elle était une exception ou si cela était courant.
Merci de me renseigner. Salutations.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 18/08/2017 à 09:58

Réponse de la Documentation régionale

Nous ne disposons pas de données sur l’enseignement dans la Loire au XVIIIe siècle, contrairement à d’autres secteurs géographiques qui ont fait l’objet d’études.
L’existence d’une maîtresse d’école ne sachant pas écrire nous parait aujourd’hui bien surprenante, mais il faut se replonger dans le contexte du début du XVIIIe siècle, où les ouvertures des « petites écoles » se multipliaient sans que les maîtres et maîtresses employés ne bénéficient d’une formation spécifique, hormis quelques exceptions. Ces derniers étaient recrutés par les curés ou les communautés de paroisses, sur des critères parfois plus centrés sur la moralité et l’enseignement religieux que sur d’autres compétences.

Vous pouvez lire à ce sujet Les petites écoles dans les Mauges au XVIIIe siècle, un article de Jean-Louis Ménard paru dans les Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1976 Volume 83 Numéro 1 (voir page 83).

Cela dit, lire, écrire et compter font déjà partie des fondamentaux, même si les deux derniers ne sont pas systématiquement enseignés.
Dans Les petites écoles sous l'Ancien régime (1984) , Bernard Grosperrin nous dit ceci : « dans le contrat que concluent la communauté et le maître qu’elle a choisi, les clauses énumérant ses obligations proprement scolaires n’en constituent paradoxalement qu’une très petite partie. (…) Si l’obligation d’enseigner la lecture est toujours spécifiée, celle d’apprendre l’écriture ne l’est que souvent, et celle d’apprendre le chiffre encore moins fréquemment. » La distinction est faite entre l’apprentissage de la lecture et celui de l’écriture, qui ne vient qu’une fois le premier maîtrisé. « (la) place tardive (de l'écriture) dans le déroulement chronologique de l’enseignement élémentaire en écartait la masse importante des enfants à scolarité courte. »

Alix de Rohan-Chabot, qui s’intéresse au cas Lorrain dans Les Écoles de campagne au XVIIIe siècle (1985), mentionne aussi l’écriture comme une matière facultative : « ne sont dressés à cette discipline que ceux qui le désirent ou qui peuvent payer une scolarité plus élevée.». Il cite par ailleurs l’exemple de la sœur Barbe Bary (congrégation des Vatelottes) chassée de Moyenvic parce qu’elle « n’est guère en état pour l’écriture » et « préfère ses plaisirs à l’éducation de la jeunesse ». Ce cas de figure devait donc se présenter occasionnellement. Nous n'avons cependant pas trouvé d'ouvrage développant ce sujet. Tout au plus dans Petites écoles en Languedoc au XVIIIe siècle, article paru dans les annales de la revue Économies, Sociétés, Civilisations en 1971 (Volume 26 Numéro 6, voir page 1409-10), Mireille Laget nous montre que l’écriture était parfois mal maîtrisée par les enseignants, dont ce n’était pas toujours le premier métier.

L’on sait aussi que l’enseignement des filles (assuré par des femmes lorsqu’il s’agissait d’écoles non mixtes, c’est-à-dire la plupart du temps) mit plus de temps à se mettre en place et souffrit d’une vision du rôle de la femme assez restrictive. Citons encore Bernard Grosperrin : « C’est donc à peu près exclusivement en fonction de leurs devoirs de mère que les femmes – totalement exclues, faut-il le rappeler, des collèges et des universités – se voient reconnaitre le droit à un enseignement élémentaire. »

A-t-on considéré, dans certaines paroisses, qu’il n’était pas nécessaire d’enseigner l’écriture aux filles et donc de recruter une maîtresse d’école en capacité de le faire ? Est-ce dû à une pénurie de candidates à l’enseignement dans ce secteur, qui fit employer une femme n’ayant pas toutes les qualifications requises ?

Le Nouveau Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire publié en 1911 sous la direction de Ferdinand Buisson consacre une notice à l’histoire de l’enseignement public en France sous l’Ancien régime. Voici ce qu’il dit de l’éducation des filles :
« L'éducation des filles était encore plus négligée que celle des garçons : on ne le voit que trop par l'écart énorme entre le nombre des signatures de mariés ou de mariées qu'on a pu recueillir. En Franche-Comté même, 78,85 0/0 pour les signatures d'hommes, 29,12 0/0 pour les signatures de femmes ; en Béarn 71,91 et 9,19 ; dans l'Angoumois, 26,65 et 9,02 ; dans le Nivernais, 13,63 et 5,94. Comment en serait-il autrement? les règlements des évêques semblent avoir surtout pour objet d'empêcher la fréquentation commune de l'école par les garçons et les filles ; on avait déjà peine à avoir une école unique, c'était naturellement les filles qui étaient sacrifiées. Les congrégations de femmes qui s'étaient fondées en vue de les instruire étaient encore plus mal préparées à leur lâche que les congrégations d'hommes : les écoles actuelles de Béates dans la Haute-Loire (Voir Béates) donneraient l'idée assez exacte du plus grand nombre des écoles congréganistes de filles avant 1789. Le préjugé populaire, la routine campagnarde, se joignaient aux scrupules et aux calculs du clergé pour entraver cet enseignement. Est-ce que les femmes ont besoin d'instruction? Une maîtresse d'école, dans la Haute-Marne, se défendait d'enseigner à écrire à ses élèves, « de peur qu'elles n'employassent leur savoir à écrire à leurs amants »»

Un intéressant travail de thèse a été réalisé par Emmanuelle Daniellou sur Les Enseignantes en Bretagne aux XVIIème et XVIIIème siècles : religion, éducation et société (thèse de doctorat, Strasbourg, 2005) dont voici un extrait de la présentation : « La conception de l'éducation des filles constitue certainement l'obstacle majeur à une scolarisation plus répandue et à une alphabétisation systématique des jeunes filles sous l'Ancien Régime : les structures existent mais les mentalités freinent l'action des enseignantes. En effet, la scolarisation des filles s'inscrit prioritairement dans le cadre d'une formation religieuse à laquelle il n'est accordé que bien trop peu de temps pour acquérir une instruction même élémentaire. »
Cette thèse n’est malheureusement pas consultable en ligne.

Sur ce sujet vous pouvez lire cette contribution de Martine Sonnet, L'éducation des filles à l'époque moderne, Historiens et géographes, Association des professeurs d'histoire et de géographie, 2006, pp.255-268 , dont voici un extrait :
« Au XVIIe siècle du moins, il n’est pas rare que les écolières des classes charitables soient initiées seulement à la lecture, seule nécessaire à l’apprentissage du catéchisme. Apprendre à lire et à écrire sont des initiations alors dissociées dans le temps - on lit d’abord -, dans leurs conditions matérielles -les bancs ne suffisent pas aux écrivaines - et dans le personnel requis : toutes les maîtresses ne sont pas aptes à montrer l’écriture. Un bref passage à l’école dispense donc, outre l’enseignement religieux partout prioritaire, à coup sûr des rudiments de lecture, mais pas forcément des leçons d’écriture ou de calcul. »

Lire aussi :
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