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Origine des "révolutions de couleur"

par mephisto, le 03/09/2017 à 16:59 - 2029 visites

J'ai regardé le documentaire de Manon Loizeau « États-Unis : à la conquête de l'Est ». Il y est notamment question d'ONG comme Freedom House, NED, etc. dans quelles mesures ont-elles participés à la déstabilisation de pays ? À qui doit-on le terme « révolutions de couleur » ? Merci d'avance pour votre réponse.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_soc, le 07/09/2017 à 12:58

Réponse du département Société :

Nous n'avons pas identifié l'auteur de la dénomination de "révolutions de couleur" mais pouvons affirmer que l'analyse en matière de géopolitique demande de la nuance et du temps d'analyse.

Le film documentaire Etats-Unis : à la conquête de l'Est de Manon Loizeau - sorti en 2005 dans le contexte d'une forte contestation de la part des milieux intellectuels de l'Administration de George W Bush - est consacré aux révolutions de couleur ou révolutions des fleurs. Ces termes désignent "une série de soulèvements populaires, pour la plupart pacifiques et soutenues par l'Occident, ayant causé pour certains des changements de gouvernement entre 2003 et 2006 en Eurasie et au Moyen-Orient : la révolution des Roses en Géorgie en 2003, la révolution orange en Ukraine en 2004, la révolution des Tulipes au Kirghizistan, la révolution en jean en Biélorussie et la révolution du Cèdre au Liban en 2005. Par extension, le terme définit aussi les soulèvements populaires pro-occidentaux similaires subséquents."(source : Wikipédia)

Ce film documentaire tourné par la reporter française lors de la révolution des Tulipes au Kirghizistan, montre l'implication des États-Unis dans cette révolution. Il illustre par des exemples le fait que des fonds américains soutiennent par le biais de diverses ONG et Fondations des révolutions ou des transitions démocratiques dans différents pays.

Le rôle des ONG et des Fondations américaines

En effet, "à travers un réseau d'ONG (National Endowment for Democracy (NED), National Democratic Institute for International Affairs (NDI), Freedom House, Open Society Institute), les États-Unis affichent leur soutien à « des programmes de formation à l’action civique et à la prévention des fraudes électorales ou encore [à] la liberté de la presse, [aux] droits de l’homme et [à] la lutte contre la corruption » dans le monde. Rudy Reichstadt souligne que « l’idée d’un lien intime entre économie de marché, développement et démocratie libérale est en effet au cœur de la doctrine de sécurité américaine. (...) Dans le monde issu de la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis font coïncider leurs intérêts stratégiques à long terme avec le soutien aux transitions démocratiques. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils encouragent les aspirations démocratiques là où elles se manifestent »". (source : Wikipédia)

L'influence américaine dans ces soulèvements populaires a alors suscité diverses interprétations. Il s'agit alors de savoir de qui elles émanent et d'évaluer le sérieux de ces analyses.

Par exemple le fondateur de Conspiracy watch, Rudy Reichstadt est réticent à considérer le soutien des Etats-Unis comme une stratégie de déstabilisation intéressée. Il met en garde contre cette version conspirationniste de l'interventionnisme américain. "D'après Rudy Reichstadt, les révolutions de couleurs ont changé de signification et de connotation à travers leur traitement par la littérature conspirationniste et les régimes hostiles (Russie, Venezuela, Syrie, Iran) : « De révolution populaire pacifique traduisant les aspirations sincères d’une société civile exaspérée par les fraudes, la corruption et l’étouffement des libertés publiques, « révolution de couleur » en est venu à désigner une tentative d’ingérence visant à fomenter des coups d’État soft contre des régimes jugés trop indociles à l’égard des États-Unis ». Rudy Reichstadt considère que cette approche a plusieurs limites :
le déni de toute volonté ou capacité d’action autonomes aux peuples ;
« sa représentation fantasmée des États-Unis, conçus comme une entité à la fois démoniaque et monolithique qui serait dotée d’une volonté immuable tout au long de l’histoire, en dépit des changements d’administration » ;
le fait « de négliger un ensemble de facteurs historiques et matériels qui ont leur part dans ces révolutions de couleurs » et, à l'inverse, de surestimer « le rôle d’ONG de promotion des droits de l’homme » par rapport aux régimes en place." (source : Wikipédia)

La notion de Révolutions de couleur doit être appréhendée de façon plus large par le concept de soft power développé par le professeur américain Joseph Nye et qui est utilisé en relations internationales depuis 2003.

Une analyse géopolitique de ces révolutions de couleur

Pour comprendre les caractéristiques géopolitiques communes à ces « révolutions », nous vous conseillons vivement de lire le très sérieux article de la revue de géopolitique Hérodote (Ed. La découverte) intitulée Stratégies américaines aux marches de la Russie de l'anthropologue Boris Petric : A propos des révolutions de couleur et du soft power américain, (2008, n°129 disponible à la Bibliothèque municipale de Lyon en version papier et numérique à partir de la base Cairn).

Selon cet anthropologue, "Il faut dépasser ces visions simplistes qui tendent à valoriser l’idée d’une manipulation internationale et à minimiser le rôle des acteurs locaux dans l’évolution de leur société. Ceux-ci ont plus ou moins utilisé le mot « révolution ». Discuter de ce concept pourrait conduire à de très vastes considérations idéologiques. Nous nous bornerons à dire que ces manifestations populaires aspiraient à de grands changements dans l’ordre social et politique."

Ce numéro d’Hérodote comprend un certain nombre d’articles qui traitent précisément de ces révolutions. Ces articles sont le résultat d’une journée d’études que Boris Petric a organisée en octobre 2005 à l’EHESS, regroupant des chercheurs s’intéressant plus particulièrement aux relations tissées entre « experts de la promotion de la démocratie » et « acteurs locaux ». "Cela renvoie essentiellement à ce que l’on appelle communément le soft power (Nye, 1990), c’est-à-dire une technique d’influence fondée sur la capacité d’attraction d’un modèle politique. Des ONG américaines sont les principaux acteurs de cette promotion de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté, mais des ONG scandinaves sont également actives ainsi que des fondations allemandes (Dakowska, 2006). Certains de ces acteurs (ONG, fondations, etc.) ne dépendent pas de finances publiques et peuvent être difficilement rattachés à l’action d’un État-nation ou d’un gouvernement (à l’instar de la fondation Open Society du milliardaire George Soros)."

L'exportation de la démocratie par les Etats-Unis

"L’intensification des flux d’idées se matérialise dans les années 1990 par la généralisation de la référence à la démocratie. De très nombreux programmes de développement et de démocratisation sont portés par des acteurs en majorité américains (Robinson, 1996). La promotion de la démocratie est au cœur de la politique extérieure américaine, marquée par le fameux discours de Westminster prononcé par Ronald Reagan en 1983. Progressivement, cette idée devient un programme avec des institutions et des protagonistes identifiables. Une nouvelle élite, les « democracy makers » (Guilhot, 2006), intervient au sein d’institutions américaines – le National Endowement for Democracy (NED) –, puis internationales (PNUD, OSCE, Banque mondiale), mais aussi de fondations privées comme la Fondation Soros, pour exporter la démocratie dans le monde. Le NED, institution publique américaine, finance, entre autres, les fondations des Partis démocrate (National Democratic Institute) et républicain (International Republican Institute), qui ont été très actives dans la transition de ces pays, notamment dans la formation des coalitions d’ONG et de partis politiques."

Nous lisons aussi dans l'article La Révolution orange en tant que phénomène géopolitique de Viatcheslav Avioutskii (toujours dans ce très pertinent numéro 129 de la revue Hérodote) sur la figure impliquée et parfois contestée de Georges Soros :

"Un autre acteur de la démocratisation de l’Europe centrale est le milliardaire philanthrope américain d’origine hongroise George Soros. Ses fondations, notamment Open Society, ont été mentionnées comme des organisateurs de toutes les « révolutions de velours » de Bratislava à Bichkek. Il convient cependant de nuancer ce propos car il ne s’est pas agi de financer directement ces révolutions, mais plutôt de préparer l’action de futurs cadres. Soros n’est pas directement lié à l’administration américaine, notamment à la dernière qu’il n’a cessé de critiquer pour le déclenchement de la guerre en Irak. Or, ses actions peuvent s’inscrire aisément dans les programmes de démocratisation des pays est-européens en transition."

Voilà de quoi nuancer certaines interprétations tendancieuses sur le sujet sensible des relations internationales.
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