Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > Réalisme et Impressionnisme

Réalisme et Impressionnisme

par bmiomio, le 16/09/2017 à 09:57 - 469 visites

Bonjour,

Pouvez-vous m'éclairer sur les liens (historiques, esthétiques, ...) entre le Réalisme en littérature et l'Impressionnisme pictural? Existe-t-il un texte explicitant ces rapports?

Merci!

Bien cordialement,

Bénédicte

Réponse du Guichet du savoir

par bml_art, le 16/09/2017 à 17:06

Réponse du Département Arts et Loisirs :

Au XIXe siècle, l’art et la littérature n’ont cessé d’interagir et s’influencer mutuellement dans un contexte de naissance de nouveaux mouvements.

L’esthétique réaliste est celle de la mimésis, l’imitation de la réalité.
Comme l’explique Colette Becker dans son ouvrage Lire le Réalisme et le Naturalisme : le réalisme existe depuis longtemps en littérature comme par exemple chez Rabelais, Marguerite de Navarre, Marivaux, mais c'est au XIXe siècle qu'il devient une esthétique ainsi qu'un mouvement à part entière et ses fondements sont portés par des écrivains et des peintres.

Historiquement, si il prend sa source dans la peinture - en s’incarnant notamment dans les œuvres de Gustave Courbet, L'après-dînée à Ornans (1849) et Un enterrement à Ornans (1850) – ses préceptes seront véhiculés et théorisés largement par Jules Husson (dit Champfleury) et Louis Edmond Duranty (fondateur de la revue Réalisme) qui en deviennent les théoriciens.
En littérature, Stendhal sera reconnu comme un pionnier du réalisme, suivi de Balzac (« le deuxième créateur » du réalisme moderne comme l’explique Colette Becker), Flaubert, Maupassant et plus tard les naturalistes, Zola ou encore les frères Goncourt pour ne citer que les principaux.

Se caractérisant par un rejet de l’esthétique romantique de la période précédente (Hugo, Lamartine), le réalisme a pour vocation de représenter le réel, la banalité, la simplicité du quotidien avec objectivité et sans expression de lyrisme.

Écrivains et artistes se rejoignent dans l’application de cette esthétique et de ses déclinaisons.

Les peintres du Réalisme comme Gustave Courbet et à partir des années 1860 les impressionnistes (Manet, Monet, Morisot, Sisley, Pissarro, etc.) ont cherché à se démarquer des mouvements picturaux antérieurs caractérisés par la prédominance de sujets historiques, littéraires ou mythologiques. Ils expérimentent de nouvelles techniques et définissent de nouveaux sujets de représentation, aidés en cela par des écrivains et critiques comme Emile Zola.

Sur cette période de transition vers l’impressionnisme, on lit dans La Peinture impressionniste. 1860- 1920, d'Ingo F. Walther (p. 71-72) :

« Cherchant des inspirations et des sujets picturaux nouveaux, les peintres se déplaçaient beaucoup, consolidaient les liens existants ou en établissaient de nouveaux (…). Ils discutaient beaucoup de problèmes artistiques les uns avec les autres, mais aussi avec les critiques, parmi lesquels Zola allait prendre une place prépondérante. A partir de 1866, Zola s’efforça avec véhémence de diffuser la nouvelle conception artistique dans L’Evénement (…).

Plusieurs problématiques jouaient un rôle décisif dans la recherche artistique des jeunes peintres. Ils entendaient tous reprendre et développer le Réalisme tel qu’il se présentait dans les variantes qu’en donnaient Courbet et les peintres de Barbizon. A partir de 1865, Zola devait se servir du terme « Naturalisme » pour désigner cette tendance. (…). La conception de Zola se situait entre autres dans le prolongement d’une métaphore connue depuis la Renaissance, et selon laquelle le tableau est une fenêtre permettant de contempler la réalité. A l’inverse, le tableau, voire l’artiste lui-même, étaient comme un écran, ou plutôt une vitre transparente sur laquelle se dessinaient les manifestations issues de la réalité. (…). De par sa diversité d’application, l’objectivité réaliste interdisait aux artistes de tenir compte d’un « idéal » prédéfini (…). "

Sur le plan social et culturel, les frontières entre art et littérature sont poreuses : les romanciers sont eux-mêmes critiques d’art (Zola, Gautier, Stendhal, les Goncourt), ils fréquentent assidûment les Salons et contribuent à promouvoir la peinture réaliste.

L’histoire de l’art est présente dans leurs écrits romanesques, le monde de l’art et ses peintres sont des sources d’inspiration pour le romancier : la figure du peintre et celle de l’œuvre d’art sont des éléments centraux de nombreux romans réalistes puis plus tard naturalistes.

Bernard Vouilloux, dans son ouvrage Le tournant "artiste" de la littérature française : écrire avec la peinture au XIXe siècle qui décortique les interactions entre art et littérature au 19e siècle, explique (p. 52) :

« L’entrée du monde de l’art dans la fiction, telle est donc la seconde grande caractéristique du roman au XIXe siècle ; les descriptions de tableaux ou de sculptures ne fonctionnent plus comme des ornements stylistiques ou des hors-d’œuvre allégoriques, mais sont inséparables désormais 1) de la représentation des processus : conception, exécution, exposition des œuvres ; 2) de la représentation des acteurs : artistes (maîtres et élèves, condisciples, rivaux), modèles, critiques, marchands, commissaires-priseurs, collectionneurs, public ; 3) de la représentation des lieux : ateliers, « plein air », Salons, musées, intérieurs – processus, acteurs, lieux eux-mêmes (…) »

Avatars de ce topos littéraire, des œuvres réalistes et naturalistes comme Le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac (La Comédie humaine), Manette Salomon d’Edmond et Jules de Goncourt (1867) ou encore L'oeuvre d'Emile Zola, entre autres.

De plus, à cette époque, écrivains et peintres sont liés par une connivence intellectuelle tout autant que par de véritables amitiés. Citons l’exemple d’Emile Zola qui était proche du peintre Cézanne et aussi d’Edouard Manet qui réalisa son portrait en 1868 en remerciement d’un article que l’écrivain avait rédigé pour défendre sa peinture face à la critique officielle.

Pour aller plus loin :

- Impressionnisme et littérature, , sous la direction de Gérard Gengembre, Yvan Leclerc et Florence Naugrette, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012.

- La plume et le pinceau : l'empreinte de la peinture sur le roman au XIXe siècle, d’Anka Muhlstein, Ed. Odile Jacob, 2016.
  • 0 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact