Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > Jules Vernes

Jules Vernes

par vilainpetitcrapaud, le 17/09/2017 à 11:35 - 1113 visites

Je suis fan de Jules Vernes Quand je lis des romans comme 5 semaines en ballon, un capitaine de 15 ans, l'action se passe en Afrique.

Je suis surpris par les mœurs des noirs, cannibalisme, coutumes violentes etc.

J'aimerais savoir si cet écrivain se documentait. Est ce que les comportements des africains étaient tel qu'il est décrit dans les romans.
Merci à vous bonne journée

Réponse du Guichet du savoir

par gds_alc, le 18/09/2017 à 16:22

Bonjour,

Dans l’article De L.-G. Binger à Jules Verne Edmond Bernus étudie les sources utilisées Par Jules Verne pour décrire les différents continents dont l’Afrique :

« Jules Verne a parfois donné l’Afrique comme cadre à ses romans d’aventure et il est souvent allé chercher des renseignements aux meilleures sources, celles des récits des explorateurs. (…)
Plusieurs romans de Jules Verne ont l’Afrique pour cadre. Cinq semaines en ballons est un de ses premiers romans, paru en 1862, qui engage une longue collaboration avec l’éditeur Hetzel. Le voyageur du docteur Fergusson décrit avec précision des pays déjà parcourus par de nombreux explorateurs (…) on énuméra 129 noms, de A jusqu’à Z. dans un article publié le lendemain, le Daily télégraph pouvait écrire : « Le docteur Barth, en suivant jusqu’au Soudan la route tracée par Denham et Clapperton ; le docteur Livingstone en multipliant ses intrépides investigations depuis le cap de Bonne-espérance jusqu’au bassin du Zambezai ; les capitaines Buton et Speke, par la découverte des Grands Lacs intérieurs (…) Si on prend pour référence ce qui concerne les Touaregs de l’Aïr, on s’aperçoit que Jules Verne a lu H. Barth ; mais qu’il n’évite pas quelques inexactitudes en citant les Kailouas (Kel Ewe) qu’il compare « à leurs dangereux voisins les Touareg ».
On mesure à quel point Jules Verne s’était informé aux meilleures sources dès son premier roman d’aventures se déroulant en Afrique. Il récidive de nombreuses années plus tard (1905), avec un roman moins connu, L’Invasion de la mer (…) Ces nomades, que Jules verne décrit avec précision étaient des Touaregs ; leur présentation montre qu’il s’est renseigné auprès de bons auteurs, sans doute auprès d’Henri Duveurier en lisant son ouvrage Les Touaregs du Nord (1864) : il signale ainsi que les Touaregs ne mangent pas de poissons, que les femmes sont plus instruites que les hommes dans la connaissance des caractères tifinagh, mais il les décrit comme de « redoutables pirates » sans vanter leurs valeurs morales comme le fait Duveyrier, chantre des Touaregs courageux, respectant leur parole et ne connaissant ni le mensonge, ni le vol domestique ; le roman de Jules verne a été écrit après le drame de la mission Flatters qui, en 1881, chargée d’ouvrir la route vers le Niger et d’étudier les possibilités d’établir une voie ferrée, est attaquée et massacrée par les Touaregs de l’Ahaggar. Jules verne, au courant de ces évènements dramatiques, tempèrent les enthousiasmes de H. Duveyrier sur les vertus des Touaregs. En revanche, leur présence dans le chott Melrir et dans l’oasis de Zenfig est une invention commode pour l’histoire. Jules Verne les fait vivre dans une région qui est bien au nord de leur territoire réel. Dans ces deux romans, Jules Verne, s’il écorne un peu la réalité pour les besoins de la cause a consulté les bons auteurs : H. Barth pour l’Aïr, et H. Duveyrier pour le Maghreb (…) Chez Jules Verne, puis chez Michel son fils, l’histoire coloniale permet de pénétrer un monde où la violence accompagne des missions conduites par les mêmes occidentaux nourris des mêmes principes. La mission aux petits effectifs de Binger est remplacée par des armées pléthoriques qui ne pourront survivre qu’en dévastant les pays traversés… »

Dans Aux sources du roman colonial, 1863-1914: l'Afrique à la fin du XIXe siècle, Jean-Marie Seillan, explique qu’ « à dater de Cinq semaines en ballon (1863) en effet, le romancier populaire n’emprunte plus seulement, comme Dumas ou Féval, aux mémorialistes et aux chroniqueurs, mais aux récits des grands voyageurs et aux comptes rendus d’expéditions. Et la matière ne lui fait pas défaut. Il n’est que de feuilleter la presse des années 1890-1900 ou les ouvrages de vulgarisation pour mesurer l’attrait croissant exercé par les rubriques coloniales sur les journalistes (..). provende inépuisable de discours et de textes officiels, de récits de voyage, d’interviews, de tribunes, d’éditoriaux, de diatribes, d’anecdotes, de croquis, de cartes, de caricatures … »

L’auteur note aussi que « Jules Verne porte sur l’afrique, « terre inhospitaliètre », un « regard dominant » et que le roman associe sans cesse la peur « des anthropophages et des bêtes féroces « et les indigènes, même inconnus, sont toujours déclarés « probablement féroces »

Dans Jules Verne. Un regard sur le monde, Jean Chesneaux précise que « le champ temporel des voyages extraordinaires, soit le dernier tiers du XIXe siècle, correspond très précisément à l’époque où les puissances occidentales imposent au reste du monde leur domination. Conquêtes coloniales et ordre colonial succèdent désormais aux grandes expéditions de découverte (…) Par les récits de voyage, la grande presse, bientôt la photographie, les peuples coloniaux sortent de leur mystère. Jules verne, toujours attentif en propose une double image.
En homme de son temps, il s’abandonne sans guère de réserves au discours raciste et ethnocentriste alors dominant ; dans cette perspective, l’expansion européenne apparaît comme à la fois nécessaire et salutaire (…) Et pourtant, Verne ne renie pas toujours les vues idéalistes du XVIIIe siècle sur la supériorité de « l’état de nature », dans la tradition de Rousseau et de Bougainville. Le prototype du « Bon Sauvage », c’est Thalcave, le guide araucan des Enfants du capitaine Grant (…) Jules verne note de même la pureté originelle des Touaregs, leur « marche empreinte de dignité », leur silhouette « belle et fière » (…) Mais cette nostalgie de l’état de nature demeure discrète chez Jules verne, longtemps adepte enthousiaste du progrès scientifique et technique. Beaucoup plus fréquemment, les peuples coloniaux et dépendants apparaissent dans les Voyages extraordinaires sous des traits antipathiques et inquiétants, qui relèvent du racisme le plus grossier.
Les noirs d’Afrique sont, par exemple, qualifiés de « misérables nègres », de « vilains bonshommes », d’ « horribles bêtes », de « fauves à face humaine » … les thèmes du cannibalisme et de la piraterie reviennent souvent, à propos de ces peuples, et avec un luxe de détails intentionnellement répugnants. Jules verne ne laisse pas non plus passer une occasion d’évoquer l’animalité qu’il croit déceler chez ces hommes : « faces animalisées », « agilité de singes » etc. Le roi noir de Capitaine de quinze ans est appelé « nègre abruti » ou « singe arrivé au terme de l’extrême vieillesse »
(…) On retrouve sous la plume de notre auteur tous les clichés que le thème des races arriérées et celui du péril jaune ont pu inspirer aux pamphlétaires de la fin du XIXe siècle.
(…)
Ce racisme de Jules verne, son attitude méprisante, s’appliquent davantage aux couches dirigeantes et aux aristocraties tribales qu’aux peuples d’Afrique et d’Océanie dans leur ensemble. Ce qu’il dénonce le plus volontiers, comme typique de la « barbarie » africaine, ce sont les hécatombes rituelles à l’occasion des funérailles d’un souverain, tel le roitelet congolais dans capitaine de quinze ans ou les immolations massives de prisonniers en l’honneur de l’intronisation du nouveau roi du dahomey …»

Jean Marie Seillan revient aussi sur l’idée de cannibalisme présente dans le roman : «animalisés d’une manière quasi systématique, ils se résument le plus souvent à l’activité – au fantasme, devrait-on dire – de nutrition (…) verne accorde la plus large place au cannibalisme. Les deux tableaux célèbres de l’arbre de guerre des cannibales environné de cadavres à demi dévorés et du combat d’anthropophages au chapitre Xx servent de pierre de touche à l’humanité et expliquent le sentiment de répulsion éprouvé par fergusson à l’idée de toucher le sol africain.

Vous l’aurez compris, la vision de Jules Verne s’inscrit dans une période particulière, celle de la colonisation, où le regard porté sur l’Afrique est rarement positif et jamais exempte de préjugés.

Pour approfondir la question, nous vous laissons parcourir :

Parodie et tragédie de la régression dans quelques œuvres de Jules Verne, Jean-Pierre Picot, Romantisme, 1980, Numéro 27 pp. 109-127
• Jacques Davy, « A propos de l’anthropophagie chez Jules Verne », Cahiers du centre d’études verniennes et du musée Jules Verne , n° 1, Nantes, p. 15-23
Le monde extraordinaire de Jules Verne par Hélène Péret,Jean-Claude Péret
• Arlette Chemain, « cannibalisme symbolique et écriture francophones », in nourritures et écriture II, Littératures d'expression française / Centre de recherches littéraires pluridisciplinaires ; publ. par Marie-Hélène Cotoni, 2000.


Plus généralement sur la vision occidentale de l’Afrique

• Fanoudh-Siefer Léon, Le mythe du nègre et de l’Afrique noire dans la littérature française de 1800 à la deuxième guerre mondiale, N.E.A , 1980
• Isabelle Surun, L’exploration de l’Afrique au XIXe siècle : une histoire pré coloniale au regard des postcolonial studies, Revue d'histoire du XIXe siècle, 32 | 2006, 11-17.
• Seillan Jean-Marie, La (para)littérature (pré)coloniale à la fin du XIXe siècle, Romantisme, 2008/1 (n° 139), p. 33-45.
  • 0 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact