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Accueil > Caveau funéraire petite chapelle

Caveau funéraire petite chapelle

par malinette, le 17/09/2017 à 18:49 - 1222 visites

Bonjour,

Les personnes qui faisaient construire des petites chapelles comme caveaux funéraires à la fin XIXeme début XXeme que l'on voit notamment en nombre au Père Lachaise, cimetière parisien de Pantin ....avaient t-elles ont une origine sociale particulière ?
Où peut-on trouver des informations sur ce type d'édifice ?
Merci pour votre réponse

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 19/09/2017 à 11:18

Bonjour,

Il semble que l'histoire de ces chapelles funéraires reste à écrire !
On trouve ici et là quelques allusions aux familles bourgeoises enrichies sous l'ère industrielle et à la noblesse qui dressent ces édifices sur leur caveau familial dans les nouveaux cimetières du XIXe siècle, mais pas de réelle étude sociologique sur les commanditaires de ces chapelles.

Au Moyen-Âge et sous l'Ancien-Régime, les nobles et membres du clergé sont enterrés dans des lieux sacrés, les chapelles funéraires privées ou les chapelles latérales au sein des églises alors que les autres défunts sont inhumés dans les cimetières qui jouxtent les églises ou dans des fosses communes. Le 1er mars 1776, le roi signa une déclaration interdisant désormais les inhumations dans les églises et les chapelles (à l'exception des hommes d’Église et des familles fondatrices) et demandant l'agrandissement des cimetières ou leur transfert à l’écart des habitations pour des raisons de salubrité et d'hygiène publiques.
Les cimetières tels que nous les connaissons aujourd'hui, à la périphérie des villes, sont donc nés au tournant des XVIIIe et XIXe siècle. L'art funéraire (et notamment les petites chapelles que vous mentionnez, inspirées des églises gothiques médiévales) se développe fin XIXe, avec un changement des mentalités induisant un certain retour à la spiritualité et davantage de considération pour les défunts :

"La relation affective entre le disparu et le survivant est devenue essentielle et le cimetière est alors un lieu de visite complètement intégré dans la vie sociale. Au long du XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe siècle, les cimetières ont bénéficié d'une part de terrains vastes et d'autre part de la richesse que la bourgeoisie a pu acquérir grâce à l'industrialisation. Surface disponible, moyens financiers des grands capitaines d'industrie, permanence garantie, tels sont les ingrédients qui vont favoriser la commande de belles tombes et faire, des grands cimetières de villes, de Loyasse en particulier, un cimetière de riches. Partout ailleurs, les familles les plus aisées ont tendance à se regrouper, soit en bordure du mur de clôture, soit dans l'allée principale. Des architectes, des sculpteurs locaux sollicités vont y trouver l'inspiration et l'émulation, que ce soit pour les grandes tombes de famille ou pour celles de personnages célèbres. Au gré des courants artistiques vont alors apparaître pyramides, obélisques, sarcophages, chapelles néogothiques, néoromanes, néobyzantines, croix monumentales, grandes statues de pleureuses en pied, figures d'anges ailés... "
source : Bâtir la dernière demeure : patrimoine funéraire en Rhône-Alpes


Voici quelques éléments d'information complémentaires qui pourront vous intéresser :

" La déclaration royale de 1776 mit quasiment fin aux tombes concédées dans les églises. Elle en autorisait le transfert au cimetière, qui fut esquissé.
La législation contemporaine de la concession perpétuelle tire ses origines du statut de la tombe d’église d’Ancien Régime. Au sortir de la Révolution, le principe du décret du 23 Prairial an XII (12 juin 1804) est la sépulture individuelle en fosse commune d’une durée limitée à cinq ans, suivie de l’anonymat des ossuaires. Le tombeau de famille y est à peine envisagé comme une exception coûteuse pour celui qui la sollicite, autorisée au prix d’une procédure très lourde : chaque concession exigeait une ordonnance du chef de l’État prise après enquête. À noter que le tombeau de famille y est en revanche défini en tant que tel :

« article 10. Lorsque l’étendue des lieux consacrés aux inhumations le permettra, il pourra y être fait des concessions de terrains aux personnes qui désireront y posséder une place distincte et séparée pour y fonder leur sépulture et celle de leurs parens ou successeurs, et y construire des caveaux, monumens ou tombeaux ».

Les législateurs de l’an XII étaient persuadés que les concessions resteraient réservées aux riches bienfaiteurs des hôpitaux. En fait leur développement dans les cimetières urbains et leur demande dans les cimetières ruraux allaient conduire à préciser leur statut. L’ordonnance royale du 6 décembre 1843 entérine cette évolution. Elle établit trois classes de concessions, perpétuelles, trentenaires et temporaires (quinzenaires) - ces dernières individuelles. Les concessions cessent dès lors d’être conçues comme exceptionnelles : elles seront attribuées désormais contre versement d’une somme fixée selon un tarif dans chaque commune.

La nouvelle élite urbaine met au point des formules efficaces d’aménagement de ces concessions. Dans un premier temps, une concession familiale parisienne rassemble en un petit enclos où l’on cultive fleurs et arbustes des tombeaux individuels juxtaposés, comme dans les cimetières privés provinciaux. Le tombeau de famille réapparaît de facto lorsque l’on commence à ajouter sur les parties disponibles de ces tombeaux individuels d’autres épitaphes. L’étape décisive est la chapelle néo-gothique Greffuelhe au Père-Lachaise, élevée en 1810 par Brongniart. Elle présente deux particularités. L’une est la reprise du caveau d’église d’Ancien Régime, cette chambre souterraine où vont s’accumuler les restes. L’autre est l’inscription: « tombeau de la famille Greffuelhe ». Le tombeau de famille sur caveau va devenir le monument pérenne par excellence du cimetière. La chapelle se caractérise tôt par un grand quant-à-soi : les inscriptions funéraires sont souvent à l’intérieur, qui relève donc du for privé. "
source : « “Ici nous sommes réunis” : le tombeau de famille dans la France moderne et contemporaine »/ Régis Bertrand, Rives nord-méditerranéennes, 24 | 2006, 63-72.


" En fait, si prétentieuses qu'elles semblent par contraste, les tombes catholiques n'ignorent pas non plus une certaine spiritualité, de plus en plus nette à la fin du siècle, qu'exprime notamment l'essor des chapelles familiales. Alors qu'on avait longtemps donné dans le genre antique ou renaissance, édifiant des sortes de temples au-dessus d'un caveau collectif, l'usage va gagner, sous le Second Empire et surtout la Troisième République, d'un type de tombeau-oratoire, copie en réduction d'une chapelle médiévale avec autel, vitraux, chandeliers, prie-Dieu, où l'on pourra se recueillir et même faire dire des messes. Changement de goût, relevant sans doute en partie de la mode, mais qu'il faut pourtant rapprocher de la religiosité croissante des bourgeois rouennais en cette fin de période. Reflet d'une fortune, l'édifice funéraire s'avère donc aussi l'expression d'une foi. Et de même que les notables voltairiens du temps de Louis-Philippe avaient pu trouver dans un décor antique largement repris du XVIIIe siècle un style approprié à leur philosophie, les élites revenues à l'Eglise opteront d'emblée pour l'art des « siècles chrétiens ». "
source : L'art funéraire, expression d'une société ? L'exemple du cimetière monumental de Rouen Chaline Jean-Pierre. In: Hors-série des Annales de Normandie. Recueil d'études offert en hommage au doyen Michel de Boüard - Volume I. 1982. pp. 129-142.


De manière générale, ce sont les élites qui peuvent s'offrir une concession dans les cimetières du XIXe siècle :

" Dès l'origine, le « Monumental » avait été conçu comme le cimetière des riches, seuls en mesure d'acquitter le prix des concessions, la majoration d'un tiers appliquée d'office aux frais d'inhumation, et la lourde dépense d'un tombeau plus ou moins somptuaire. Aussi n'allait-il recevoir, pendant très longtemps, que des défunts aisés. Les données des registres d'inhumations, enrichies ou vérifiées par les enseignements de sources contemporaines, telles les précieuses listes de « principaux habitants » de l'Almanach de Rouen, ne laissent aucun doute sur ce point. Sous le Second Empire, plus de 85 % des défunts relèvent de catégories sociales « supérieures », avec notamment quelque 20 % d'industriels ou négociants, la génération bourgeoise qui s'était élevée grâce à la révolution cotonnière commençant alors à atteindre l'âge du décès. 13 % de boutiquiers complètent le total, ne laissant on le voit aux simples salariés que quelques cas d'espèce, telle cette « fidèle servante» inhumée — grand honneur ! — auprès de sa maîtresse. En d'autres termes, presque uniquement des bourgeois, et même, pourrait-on dire, presque tous les bourgeois rouennais ; à tout le moins la grande majorité des noms connus, des familles de quelque notoriété, le registre d'entrée évoquant un Bottin mondain [...]. "
source : L'art funéraire, expression d'une société ? L'exemple du cimetière monumental de Rouen Chaline Jean-Pierre. In: Hors-série des Annales de Normandie. Recueil d'études offert en hommage au doyen Michel de Boüard - Volume I. 1982. pp. 129-142.


Pour approfondir le sujet, nous vous invitons à consulter :
- Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours / Philippe ARIES
- Cimetières et tombeaux : patrimoine funéraire français / sous la direction de Régis Bertrand et Guénola Groud
- Aux origines des cimetières contemporains : les réformes funéraires de l'Europe occidentale, XVIIIe-XIXe siècle / sous la direction de Régis Bertrand & Anne Carol
- Villes et cimetières en France de l'Ancien régime à nos jours : le territoire des morts / Madeleine Lassère
- Régis Bertrand, «Le statut des morts dans les lieux de cultes catholiques à l'époque moderne », Rives nord-méditerranéennes, 6 | 2000, 9-19.
- Trompette Pascale, Griffiths Robert Howell, « L'économie morale de la mort au XIXe siècle. Regards croisés sur la France et l'Angleterre », Le Mouvement Social, 2011/4 (n° 237), p. 33-54.

Pour aller plus loin :
- Demeures d'éternité / sous la dir. de Alberto Siliotti
- Architectures pour une dernière demeure / Francis Blaise
- Guide des curiosités funéraires à Paris : cimetières, églises et lieux de mémoire / Anne-Marie Minvielle
- Au Père-Lachaise : son histoire, ses secrets, ses promenades / Michel Dansel

Bonne journée.
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