Guichet Du Savoir
http://www.guichetdusavoir.org/

sur écoute
http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?f=2&t=72486
Page 1 sur 1

ledom1248 [ 26/09/2017 à 11:57 ]

Bonjour,

Vous serait-il possible de me renseigner sur une expression ou plutôt deux.
Pourquoi dit-on
être[u] sous surveillance
et
être sur écoute.
?
Existe-t-il une règle qui explique la présence de SUR en ce qui concerne le deuxième exemple.

En vous remerciant pour votre réponse, je vous adresse mes plus cordiales salutations

Réponse attendue le 29/09/2017 - 11:09


gds_et [ 28/09/2017 à 11:49 ]

Bonjour,

Commençons par l’expression « sous surveillance » :

Le verbe « surveiller » étant lui-même construit à partir du verbe « veiller » auquel est apposé le préfixe « sur » (comme l’indique le Dictionnaire historique de la langue française), une forme « sur surveillance » serait aussi redondante sémantiquement qu’elle l’est à l’oreille… quoique ce ne serait pas une première dans la langue française, puisque l’expression « au jour d’aujourd’hui » répète trois fois des termes ayant le même sens !

Par ailleurs, peut-être peut-on voir dans l’expression « sous surveillance » une analogie avec « sous le regard attentif de » ou bien une influence de l’anglais « under surveillance », qui semble précéder l’expression équivalente en français.

« Sur écoute » :

Cette expression plus tardive est apparue avec le téléphone. Elle n’a pas immédiatement le sens que nous lui connaissons, lié à l’espionnage, mais s’applique aux opérations des téléphonistes du bureau central téléphonique, à l’époque de la commutation manuelle. Pour se mettre en communication avec les abonnés, les téléphonistes se mettent « dans la position d’écoute » ou « se mettent sur écoute » :

« L'abonné A appelle. 11 lui suffit pour cela de décrocher son téléphone. Le levier a3, en venant en contact avec a5, ferme le circuit de la batterie centrale à travers le relais d'appel. Le signal d'appel actionné par le relais s'allume. La téléphoniste est prévenue. Nous savons que ce signal d'appel est placé sur le panneau au-dessus du jack individuel. La téléphoniste enfonce la fiche de l'abonné appelant dans ce jack. Une dérivation du courant de la batterie centrale fait fonctionner le relais de rupture R en passant par le corps de la fiche et la bague du jack individuel. Le signal d'appel s'éteint aussitôt.
Au moyen de la clé combinée correspondant au cordon utilisé, la téléphoniste se met dans la position d'écoute et reçoit la demande de communication. Dès qu'elle connaît le numéro de l'abonné demandé, elle enfonce la fiche F' dans le jack général de cet abonné. Le relais de rupture placé sur la ligne de l'abonné demandé fonctionne et isole les organes d'appel correspondants du circuit de conversation. Elle l'appelle au moyen de la clé combinée faisant l'office de clé d'appel.
D'après ce qui a été déjà dit, on devine le rôle des deux signaux lumineux de contrôle reliés à la paire de cordons utilisée et placés derrière ces cordons. Le signal de contrôle est éteint si l'abonné appelant a conservé le téléphone à l'oreille. Quant au signal de contrôle de l'abonné demandé S", il reste allumé tant que cet abonné ne sera pas entré dans la communication en décrochant son téléphone. Enfin, lorsque ce dernier signal s'éteindra, la téléphoniste sera prévenue par les yeux de la réussite de la communication.
•Lorsque ces deux signaux de contrôle s'allumeront à la fois, la téléphoniste sera avertie, sans avoir à se mettre sur écoute, que les abonnés en correspondance ont raccroché leur téléphone et que, par conséquent, la conversation est terminée. »
Source : Journal télégraphique, 25 septembre 1900

On peut supposer que par la suite le sens de l'expression "mise sur écoute", qui au départ désigne donc une opération technique, a dérivé pour désigner plus spécifiquement la surveillance des conversations téléphoniques… Les « demoiselles du téléphone » elles-mêmes n’étaient d’ailleurs par réputées pour leur discrétion, comme l’a immortalisé Proust :

« Nous n’avons […] qu’à approcher nos lèvres de la planchette magique et à appeler – quelquefois un peu trop longtemps, je le veux bien – les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos Anges gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes ; les Toutes-Puissantes par qui les absents surgissent à notre côté, sans qu’il soit permis de les apercevoir ; les Danaïdes de l’invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent les urnes des sons ; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que personne ne nous entendait, nous crient cruellement « j’écoute » ; les servantes toujours irritées du Mystère, les ombrageuses prêtresses de L’invisible, les Demoiselles du téléphone ! »

C’est d’ailleurs le besoin de confidentialité qui a motivé le passage à des procédés de commutation automatique :

« Il faut attendre 1889 pour qu’Almon Strowger imagine un système de commutation automatique réellement efficace. Cet entrepreneur de pompes funèbres de Kansas City va y être amené par une voie tout à fait insolite. Son entreprise marche bien, jusqu’au jour où il s’aperçoit qu’un grand nombre des appels qui lui sont destinés aboutissent chez son concurrent. Il découvre que l’épouse de ce dernier n’est autre que… l’opératrice au central de la ville ! S’appuyant sur les travaux déjà réalisés, Strowger n’a plus qu’un but : mettre au point un système de commutation remplaçant tout opérateur humain. Ainsi, le secret de la conversation sera respecté ! »
Source : Le téléphone, un monde à portée de voix, Patrice A. Carré

Enfin, sachez que vous pouvez adresser vos questions sur la langue française à l’Académie française, qui saura certainement apporter une réponse plus précise à votre interrogation.


Bonne journée.

Réponse attendue le 01/10/2017 - 11:10