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récupération de squelette
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INTERESSUS [ 17/12/2017 à 15:23 ]

Bonjour,
Pour le besoin d'un roman, je souhaiterais savoir comment procédait-on quand? dans les morgues du XIXe siècle? on dissolvait certains corps humains pour en faire des squelettes d'étude destinés aux carabins ?

Acide chlorydrique dosé, soude caustique ou autre chose ? Il fallait certainement ne pas trop concentrer le produit pour pouvoir conserver les os ?
Merci et meilleures salutations

interessus

Réponse attendue le 21/12/2017 - 15:12


gds_db [ 19/12/2017 à 14:29 ]

Bonjour,

Dans la thèse de Jules Cloquet intitulée De la squelétopée, ou De la préparation des os des articulations et de la construction des squelètes et soutenue le 28 avril 1819, l'auteur nous explique comment préparer les os du squelette (attention, âmes sensibles, veuillez vous abstenir de cette lecture !) :

" La partie de l’anatomie pratique qui traite de la préparation des os, dont l’ensemble constitue le squelète, a reçu le nom de squeletopée.
L’anatomiste prépare les os, pour mettre en évidence leur conformation, leur structure, leur composition chimique, leur mode de développement, leurs altérations ; pour faire voir la disposition des diverses cavités qu’ils forment par leur réunion ; enfin, pour démontrer leurs connexions, leurs rapports, leurs moyens d’union, les mouvements dont ils sont susceptibles, etc.
[…]
Les instruments dont on doit se servir pour exécuter les nombreuses préparations qu’indique le squeletopée, sont en général des scalpels de diverses formes et grandeurs, des ciseaux, des gouges d’acier trempé à froid, des burins carrés et en losanges, des scies à main, à arbres, avec des lames de rechange ; des cisailles, des pinces incisives, des erignes, des râpes, des limes aplaties, triangulaires et arrondies ; des rugines, des trépans, des forets, des marteaux obtus et tranchants, des étaux fixes et à main, etc.
Outre ces moyens purement mécaniques, l’anatomiste met encore à contribution les divers agents chimiques pour parvenir au but qu’il se propose. L’eau, l’air, le feu, les acides, les alcalis, les sels, etc. lui servent tour-à-tour ; il utilise les substances grasses et résineuses, les matières colorantes, certains métaux aplatis en lames, allongés en fil, ou façonnés en tuyaux ; plusieurs tissus animaux ou végétaux, etc. […]

Chapitre premier
Ier Des préparations relatives à la conformation et à la structure des os

Ces préparations sont : 1° L’excarnation ; 2° La déalbation ; […]

1° De l’excarnation
L’excarnation a pour but de débarasser les os des parties molles qui les entourent. Cette opération peut se faire, 1° avec les instruments de dissection ; 2°par l’action prolongée de l’eau froide (macération) ; 3° par l’eau bouillante (ébullition). Je ne vais parler ici que des deux derniers moyens, en renvoyant pour le premier, à l’article où je traite de la préparation des ligaments.

A. Macération. Lorsqu’on veut obtenir des os bien blancs, il faut choisir, autant que possible, un cadavre maigre ou infiltré, provenant d’un individu de trente à quarante-cinq ans, ou environ, mort d’une maladie chronique qui n’a point altéré la structure des os. Les cadavres phthisiques sont les plus propres à ce genre de préparation. Les sujet étant choisi, on le décharne grossièrement en prenant garde d’enlever le périoste ; on détache le sternum en coupant les cartilages de prolongement des côtes, précisément à l’endroit où ils s’insèrent à ces os ; on sépare les membres du tronc, afin que ces diverses parties puissent être placées plus commodément dans un grand baquet qu’on remplit d’eau de fontaine, et qu’on dispose dans un lieu où les émanations putrides qui doivent s’échapper, ne puissent avoir aucun inconvénient ; il faut avoir soin de tenir les os constamment immergés ; changer l’eau tous les quatre ou cinq jours dans le commencement, et à des intervalles plus éloignées vers la fin de la macération.
Il est assez difficile d’assigner le temps pendant lequel des os doivent rester à macérer, parce qu’il doit varier suivant la saison, suivant que les os proviennent d’un enfant, d’un adulte ou d’un vieillard, de tel ou tel individu, etc. En été, quatre à cinq mois suffisent ordinairement pour les os d’un adulte ; il en faut sept à huit pendant la saison froide de l’année ; pour des os d’enfant, ce temps doit être plus court, et plus long pour ceux d’un vieillard. L’anatomiste doit surveiller ses macérations ; et ce n’est qu’à l’époque où toutes les parties fibreuses se séparent facilement des os, où les fibro-cartilages inter-vertébraux, les ligaments jaunes, s’isolent aisément des vertèbres, qu’il doit retirer le squelette du baquet et le nettoyer. Pour cela, il rassemble avec soin toutes les pièces et les met dans de l’eau avec une brosse très rude ; il les place sur une grosse toile pour les faire sécher.

B. Ebullition. Assez souvent l’on fait usage de l’eau bouillante pour préparer les os du squelète. Après les avoir grossièrement séparés des parties molles, on les place dans une chaudière remplie d’eau, et on les soumet à l’ébullition pendant six ou dix heures, suivant les sujets. On active l’action de l’eau et on dépouille plus exactement les os de leurs parties fibreuses, et de leur graisse, en mettant dans la chaudière, une heure avant la fin de l’opération, de la potasse ou de la soude du commerce (sous-carbonate de potasse et de soude) ; une livre pour quatre-vingts à cent pintes de liquide. Après avoir enlevé avec soin la graisse qui nage à la surface de l’eau, on retire les os, on les plonge dans une nouvelle lessive alcaline, tiède et très légère ; on les nettoie avec soin, comme dans le cas précédent ; on sépare exactement des surfaces articulaires les cartilages gonflés et ramollis qui leur restent assez adhérents : les os étant propres, on les lave à plusieurs eaux avant de les faire sécher.
[…]

2° De la déalbation, ou blanchiment des os
Pour obtenir parfaitement blancs des os qu’on a fait macérer, on peut employer plusieurs procédés :
Le meilleur consiste à les soumettre sur un pré à l’action réunie de l’air, du soleil et de la rosée, comme cela se pratique pour la déalbation de la toile, de la cire, etc. ; on a soin de les retourner tous les quinze jours, afin qu’ils blanchissent d’une manière égale ; deux ou trois mois, d’une semblable exposition suffisent, surtout au printemps, pour leur donner une blancheur éclatante.
Ou expose les os à l’action du chlore, soit liquide, soit gazeux. Dans le premier cas, on les plonge deux ou trois fois par jour dans une lessive qui tient du chlore en dissolution, et on répète ces manœuvres pendant dix ou douze jours ; dans le second, il faut les tremper dans l’eau, les placer sur une claie, et les couvrir avec une toile serrée ou du taffetas gommé, on les expose alors au-dessus d’une terrine dans laquelle on a mis, en proportions convenables, du muriate de soude, de l’oxyde de manganèse, et de l’acide sulfurique ; on chauffe légèrement ce mélange de temps à autre.
Au lieu du chlore gazeux, on peut employer avec avantage l’acide sulfureux en vapeur, comme on le fait dans les arts pour le blanchiment de la laine de la soie, etc. On fait brûler lentement du soufre au-dessous de la claie, sur laquelle on a placé les os humectés.
Les lessives alcalines peuvent encore être mises en usage pour la déalbation des os ; cependant, elles ne m’ont pas paru aussi avantageuses que les moyens précédents. "



Le musée d'histoire de la médecine et de la pharmacie, que nous avons interrogé et que nous remercions pour sa réponse, nous a apporté les informations suivantes :

" La préparation des squelettes n’était pas pratiquée dans les morgues mais dans certaines entreprises spécialisées surtout sur Paris.
Le produit utilisé est plutôt l’acide chlorhydrique pour avoir un blanchiment homogène des os.
Pour plus de renseignements, contacter le thanatopracteur Nicolas Delestre via son Facebook ou sur son compte personnel Nicolas Delestre.

Il est l’auteur de Petite histoire de l'embaumement en Europe au XIXe siècle.
Il est venu faire une conférence à la Faculté de Médecine sur le sujet dans le cadre des Quais du polar et a participé à une émission récente de France culture (La fabrique de l’histoire, mort : thanatopraxie) enregistrée au Musée d’histoire de la Médecine et de la Pharmacie Lyon 1. "



Vous pouvez également consulter ces documents qui parlent de la dissection des corps par les étudiants en médecine :

- Lieux de dissections et morgues dans Paris, de 1200 à nos jours / Marcel GUIVARC'H

- Les "leçons d'anatomie" françaises au cours des siècles / Professeur Alain BOUCHET Ancien Président de la Société Française d'Histoire de la Médecine

- ETUDIANTS ET PRATICIENS AU SERVICE DE LA MEDECINE : LA SOCIETE ANATOMIQUE DE PARIS DE 1803 A 1873 Étude institutionnelle et prosopographique d’une société médicale parisienne au XIXe siècle

- Journal complémentaire du dictionaire des sciences médicales, Volume 5

- Nouveau journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc


Bonne journée.

Réponse attendue le 22/12/2017 - 14:12