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Harcèlement criminelle et Vampirisme énergétique

par 7erence, le 03/01/2018 à 20:19 - 334 visites

Bonjour à vous.

J'ai une amie qui s'enferme de plus en plus dans une parano autour du harcèlement criminel et vampirisme énergétique...

Malheureusement, il lui est arrivé des événements réels, qui l'ont fait basculer là-dedans.
Toutefois, vu les proportions que ça prend, on est clairement dans de la parano...
J'aurais voulu connaitre les ressorts psychologiques de ce genre de comportement. Ça m’évoque l’accusation de crime rituel à l'encontre des juifs au moyen-age. Et me semble, d'une certaine manière, être un pôle opposé du phénomène de bouc émissaire tel que le définit René Girard... Mais, j'avoue ne pas comprendre ce besoin de se sentir victime de groupes criminels organisés.

Merci d'avance,
7erence.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_san, le 05/01/2018 à 10:57

Réponse de Cap’Culture Santé :

Bonjour,


Votre amie est vraisemblablement atteinte de paranoïa d'après les symptômes que vous décrivez. Dans le livre « Mieux vivre avec un trouble borderline », l’auteur précise que quand on a vécu des événements traumatiques, par exemple ceux que vous avez mentionnés, qu’on a été trahi, agressé ou violé dans l’enfance, il y a plus de chance de renforcer sa méfiance naturelle et de développer un trouble borderline comme la paranoïa.

Dans le livre Troubles mentaux et psychothérapies au chapitre "La paranoia ou le délire cohérent" :

Citer:
Le mot « paranoïa » vient des mots grecs « para » (à côté) et « nous » (esprit) : les Grecs appelaient « paranous » tous ceux qui semblaient avoir l’esprit dérangé. Au 19ème siècle, ce terme fait un retour en force chez les psychiatres allemands pour désigner un délire de grandeur ou de persécution. Emile Kraepelin le définit en 1904 comme un délire systématise, distinct de celui des schizophrènes. Le paranoïaque, en effet, ne voit jamais d’éléphants roses : il perçoit les objets, les gens, les événements comme ils sont, mais il en donne une interprétation délirante.
Dans le DSM-5 américain, le terme paranoïa a disparu, remplacé par trouble délirant – c'est-à-dire déconnecté de la réalité – persistant (la classification de l’OMS, la CIM-10, garde le terme paranoïa). On distingue différents sous-types selon le domaine du délire : de persécution (le plus fréquent), de jalousie, érotomaniaque (le malade est persuadé d’être aimé par quelqu’un de son entourage, ou célèbre), mégalomaniaque (il se voit comme mission de sauver l’humanité), hypocondriaque.
Ces divers sous-types présentent des caractéristiques communes. Leurs facultés intellectuelles restent intactes. Leur fonctionnement est normal en dehors du domaine de leur obsession, si bien qu’ils conservent souvent leur activité professionnelle. Leur délire est cohérent, leur raisonnement est parfois plausible et ils peuvent se montrer si persuasifs qu’ils convainquent leur conjoint et parfois leur famille.

On est tous plus ou moins paranoïaques selon les psychiatres, mais les manuels définissent l’installation de la paranoïa lorsque les troubles sont qualifiés de persistants : il faut que les idées délirantes soient « non-bizarres », c'est-à-dire relativement plausibles, qu’elles durent depuis plus d’un mois, qu’elles ne soient pas accompagnées d’hallucinations (contrairement à la schizophrénie).

Prise en charge :
Peut-on traiter le paranoïaque ? Encore faut-il qu’il le demande, ce qu’il fait rarement. Toutefois, en cas de trouble de la personnalité, le paranoïaque peut consulter parce qu’il souffre, ou que son entourage l’en supplie, ou qu’il se rend compte qu’il risque de perdre sa place. L’’autre cas est celui des patients hospitalisés d’office à la suite de violence.
Comment se déroule le traitement ? Cela commence par une administration de neuroleptiques. Une fois le délire disparu, on peut orienter le patient vers une psychothérapie (une thérapie comportementale et cognitive plutôt qu’une psychanalyse)


Sur le site psychologies.com, on parle de délire d'interprétation :

Citer:
Le délire paranoïaque est une maladie psychiatrique grave qui fait partie des psychoses, dans lesquelles la personne atteinte ne se rend pas compte de sa maladie.

Comme dans toutes les psychoses, le signe principal est l'apparition d'un délire, donc de la perte de contact avec la réalité. Ce délire est en général bien organisé autour d'un thème principal lié à la conviction d'être persécuté. Le malade interprète alors tous les éléments de la vie quotidienne à partir de cette conviction, et réorganise la réalité de façon délirante, souvent avec une grande exaltation et en croyant fermement à ses interprétations.

Délire d'interprétation

Le délire d'interprétation touche petit à petit tous les éléments de la vie quotidienne. Le malade est alors convaincu qu'il est la victime de persécutions organisées, d'un complot, et passe son temps à accumuler les preuves de ce complot imaginaire. Tous les évènements quotidiens sont alors interprétés en fonction de cette conviction, et constituent pour le malade autant de preuves qui renforcent sa conviction. Dans ce type de délire, le malade utilise toute son intelligence afin d'enrichir les éléments du délire. Il peut parfois convaincre son entourage de la réalité de cette persécution, bien qu'il n'en parle que rarement car il soupçonne tout le monde de faire partie des "comploteurs".



Quant à l’aspect de vampirisme énergétique dont vous faites mention, nous n’en trouvons aucune trace dans des sources fiables. Nous préférons parler de relations toxiques ou de personnes toxiques qui sont caractérisées par la nécessité de leur prêter une grande attention et une sollicitude de tous les instants. Ce qui finit logiquement par épuiser ses proches et ses connaissances. Vous trouverez de plus amples informations dans ce livre.


Des associations peuvent vous aider :
- Unafam (Union nationale des amis et familles de malades psychiques) propose de l’information, des formations, du soutien aux familles et aux proches. Un annuaire des structures est disponible sur leur site par région et département
- Psycom est un organisme public d’information, de communication et de formation sur la santé mentale en île de France. Il aide à comprendre les troubles psychiques, leurs traitements et l’organisation des soins psychiatriques.
- FNAPSY (Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie). Ce site propose une liste d’associations :


Pour aller plus loin sur votre question, vous pouvez consulter les ouvrages suivants :

- Aider un proche en difficulté psychologique
- Mieux vivre avec un trouble borderline
- La paranoia
- Psychopathologie de la paranoia
- Troubles mentaux et psychothérapies

Bon courage à vous et votre amie.

Cordialement,

L’équipe Cap’Culture Santé.
Retrouvez nous sur Image & sur le magazine L’influx

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 06/01/2018 à 15:09

Réponse du département Civilisation :

Bonjour,
Afin de compléter la réponse de nos collègues de Cap Culture Santé, voici quelques éléments complémentaires portant en particulier sur la partie de votre question consacrée à la notion de bouc émissaire développée par René Girard :



Sur la théorie du complot :

Les Puissances de l’ombre. Juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires… La théorie du complot dans les textes est une anthologie qui réunit les textes fondateurs de la tradition conspirationniste, avec une inscription historique remontant à la fin du XVIIIe siècle.
Dans l’introduction, Emmanuel KREIS, qui en rassemblé les textes, rappelle que « la « théorie du complot » […], également désignée par les termes « conspirationnisme » ou « complotisme », renvoie à des complots qui n’existent pas ou déforme la présentation de complots réels, généralement en les élargissant au-delà du raisonnable ou en les incluant dans une conspiration plus vaste transcendant le temps et l’espace. » (p. 5). Sur les fonctions psychologiques de la théorie du complot, il explique également que « la théorie du complot assume une fonction explicative et rassurante » (p. 11).

Dans son ouvrage La société parano : théories du complot, menaces et incertitudes Véronique Campion-Vincent complète cette définition, en évoquant « une construction collective, par interprétation et dialogue, de légendes expliquant les événements stressants qui nous entourent. » (p. 202)

Sur le harcèlement moral et ses ressorts :

Le livre de Marie-France Hirigoyen Le harcèlement moral, sous-titré La violence perverse au quotidien, explique et définit clairement ce qu’est le harcèlement moral, caractérise ses protagonistes, agresseur ou victime, et démontre les mécanismes qu’il met en œuvre ainsi que les conséquences qu’il entraine pour ses victimes.

Sur la psychologie de la mise en place du phénomène de bouc émissaire au sein d’un mécanisme de harcèlement, vous pouvez consulter l’ouvrage de la psychologue clinicienne Ariane Bilheran, Harcèlement, qui analyse dans un chapitre dédié à la violence groupale le phénomène de bouc émissaire (p. 37 et suivantes) :
« Au départ désigné pour signifier la violence sacrificielle, le bouc émissaire désigne maintenant toute personne sur qui se portera l’hostilité d’un groupe. En somme, cette personne désignée remplace, de façon occasionnelle et souvent inconsciente, la violence sacrificielle dont la société aurait eu besoin pour décharger sa violence […]. Un groupe civilisé n’a évidemment plus besoin d’un bouc émissaire pour fonctionner, et le phénomène de bouc émissaire se retrouve essentiellement dans des groupes en souffrances, qui subissent eux-mêmes beaucoup de violence. Ni ennemi extérieur, ni sacrifice, ni figuration culturelle de la violence pour provoquer une décharge affective. Il faut donc bien que cette violence ressurgisse, et elle s’exprime alors sous la forme de l’ennemi intérieur. » (p. 37-38)

Sur la théorie du bouc-émissaire de René Girard :

Vous pouvez tout d’abord consulter un article du site Psychologies.com qui résume de manière synthétique et accessible l’inscription de la théorie du bouc émissaire dans l’ensemble de la pensée de René Girard :
« La théorie du « bouc émissaire » est en quelque sorte le grand succès du philosophe. Elle permet de comprendre pourquoi nos sociétés éprouvent le besoin irrépressible – « et inconscient », insiste Girard – de désigner des boucs émissaires, victimes que l’on charge de tous les maux pour résoudre la crise mimétique universelle. Pour apaiser les tensions de la société, le sacrifice du ou des « coupables » est soudain exigé. »

Pour illustrer sa théorie mimétique, à laquelle appartient sa définition du phénomène du bouc émissaire, René Girard s’appuie sur les mythes fondateurs, qu’il reprend et réinterprète. La persécution des Juifs au Moyen-Âge est bien l’un des exemples sur lequel s’appuie sa démonstration, et fait même l’objet du premier chapitre de son ouvrage Le bouc émissaire , à travers l’évocation qui en est donnée par un texte médiéval de Guillaume de Machaut, et qui introduit la « typologie des stéréotypes de la persécution » établie par René Girard dans la suite de son essai.

La démonstration de Girard s’appuie également sur les textes des tragédies grecques, comme Œdipe, sur les écrits des présocratiques et les rituels antiques, et sur les textes de l’Ancien testament, en particulier les rituels antiques et religieux décrits dans le Lévitique

Dans le premier chapitre de son ouvrage Sanglantes origines(p. 9 à 56), René Girard revient sur ses différentes sources en ce qui concerne ces rituels. Vous trouverez en particulier sa lecture et sa référence à la persécution des Juifs au Moyen-Âge dans les p. 30 et suivantes.

Sur René Girard et la théorie mimétique, vous pouvez également consulter :

Le vocabulaire de René Girard de Charles Ramond, un ouvrage qui analyse les principaux termes utilisés par l'anthropologue et philosophe et propose une vue synthétique des thèses principales de la théorie mimétique.

Des figures de la violence. Introduction à la pensée de René Girard de Eric Haeussler, en particulier le chapitre « La victime émissaire », pp. 65 à 76.


Bonnes lectures !
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