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page de garde des ouvrages du XVIème siècle

par lamiel, le 30/01/2018 à 12:15 - 930 visites

Bonjour,
Je prépare un cours sur le Tartuffe. L'édition princeps indique que le livre a été publié à Paris chez Jean Ribou. L'adresse qui suit signifie-t-elle que les libraires imprimeurs avaient leur boutique adossée à la Sainte Chapelle ? Je cite : "au Palais, vis à vis la porte de l'église de la Sainte Chapelle, à l'image de Saint Louis" ?
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k701569
Merci à vous.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_anc, le 30/01/2018 à 17:25

Réponse du Département du Fonds ancien

Bonjour,

L'adresse figurant sur la page de titre (et non de garde) de l'édition originale du Tartuffe de Molière en 1669 correspond à ce que l'on appelle, en terme de livre ancien, l'adresse bibliographique de l'imprimeur-libraire. Elle est aussi l'adresse topographique où se trouve la boutique du libraire, faisant office de point de vente.
Elle peut se confondre également avec celle de l'atelier d'imprimerie lorsque le libraire et l'imprimeur ne sont qu'une seule et même personne, ce qui n'est pas systématique.

Le libraire, en plus d'être le diffuseur de l'ouvrage au sens commercial, revêt également à la période de l'imprimerie artisanale la fonction d'éditeur, car c'est lui qui porte la responsabilité de l'édition et en supporte les frais.

Dans le cas du Tartuffe, il est à remarquer que l'édition s'est faite à compte d'auteur ("aux dépens de l'autheur"), c'est-à-dire aux frais de Molière. Jean Ribou limitait ainsi les risques d'un échec commercial. Cette édition originale détient la particularité d'avoir deux pages de titre présentant une variante selon les exemplaires : certains portent en titre Le Tartuffe, ou l'imposteur, tandis que l'on peut trouver sur les autres L'imposteur, ou le Tartuffe (Avenir Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d'auteurs français..., Paris, M. Plée, 1933, p. 318).

La ville de Paris étant dès l'origine de l'imprimerie le premier centre de production du royaume, les libraires et imprimeurs ne pouvaient tous tenir boutique et atelier "au Palais", qui n'était qu'un des principaux lieux où était établis ces métiers.
Selon Béatrice Sarrasin ("La librairie et l'imprimerie parisiennes à la fin du XVIIe siècle" dans Revue française d'Histoire du livre, 1985, n° 47, p. 314), un procès-verbal dressé par les représentants de la communauté des libraires en 1698 donne une idée de la géographie de la librairie parisienne. Le premier pôle de vente était la rue Saint-Jacques et le quartier de la Sorbonne, de par sa proximité avec l'université pourvoyeuse de clients, suivis du Palais de la Cité, situé sur l'île du même nom.

Lieu de pouvoir abritant la première résidence royale avant que les souverains ne s'installent au Louvre, il abrite, selon Béatrice Sarrasin "une forte densité de libraires. Depuis toujours, ils sont autorisés à y tenir boutique. Les représentants de la communauté rapportent [dans leur procès-verbal] de façon très détaillée leur visite au palais : ils trouvent quatre boutiques de libraires sur les degrés de la Sainte-Chapelle ; deux autres établis dans la galerie des prisonniers, et vingt et un dans la grande salle. Plus précis encore, ils indiquent l'emplacement exact de chaque étalage. Aux pieds de chaque pilier de la grande salle, travaillent un, parfois deux libraires, dont le syndic et les adjoints mentionnent la position du 1er au 7e pilier".

Jean Ribou, après son apprentissage chez Antoine Robinot, s'est établi en 1661 sur le quai Saint-Augustin. C'est vers 1667 qu'il s'établit au Palais, avant de retourner quai Saint-Augustin en 1682.

Philippe Renouard, spécialiste de l'imprimerie parisienne, nous apprend qu'il "fut arrêté avec son gendre Pierre David en 1669, pour vente de livres interdits, et condamné à mort. Sa peine fut commuée une première fois en celle du fouet et du bannissement, ce qui ne l'empêcha pas de garder boutique ouverte, de publier des volumes à son nom, et dès le mois de septembre 1670, de faire enregistrer un privilège. Un arrêt du Conseil d'Etat du 10 décembre 1670 cassa le privilège et ordonna la fermeture de sa boutique. Le 26 mai 1672, il obtint des lettres de rappel de ban et recommença à publier et à vendre des livres malgré deux nouveaux arrêts du Conseil du 12 septembre 1672 et du 12 mai 1683. Jean Ribou qui, avant sa condamnation, était l'éditeur des pièces de Molière, avait sans doute de puissants amis" (Philippe Renouard, Répertoire des imprimeurs parisiens libraires et fondeurs de caractères en exercice à Paris au XVIIe siècle, Paris, 1995, p. 380).
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