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Pourquoi associe-t'on des résultats à certains personnages ?

par Dadalevrai, le 11/02/2018 à 03:46 - 664 visites

"Loi de Joule", "loi de Poisson" "loi de Hook", "règle de Bayes", "équations de Maxwell", "équations d'Euler", "équation d'Helmoltz", "équation de Schrödinger", "fonction de Bessel", "formule de Moivre", "méthode de Gauss", "théorème de Pythagore", "théorème de Shannon", "axiome de Peano", "condition de Dirichlet", "condition de Neumann", et j'en passe... autant de dénominations qui, comme me l'a fait remarquer un ami il y a quelques temps déjà, n'évoquent pas explicitement leur contenu (alors que des formulations du type "équation de conservation de la masse", "théorème des accroissements finis", ou encore "méthode des moindres carrés" le font par exemple très bien !).

Pourquoi s'embarrasser de telles formulations ?
Bien souvent, je suppose que ce ne sont que des contractions des dénominations complètes, ayant du se faire par l'usage, car plus rapides et faciles à l'emploi.
Néanmoins, celles-ci se font déjà souvent au détriment du sens, avec une perte de précision dans les termes employés : l'"équation de d'Alembert de propagation des ondes" est ainsi fréquemment écourtée en "équation d'onde" par exemple. Comme constaté plus haut, cela va même plus loin puisque dans la plupart des cas, l'identification du résultat ne se fait qu'à partir du personnage scientifique qui lui est lié ! Pour reprendre l'exemple précédent, notre "équation des ondes" se retrouve alors bien souvent transformée en "équation de d'Alembert" : pour les non-initié-e-s, ce n'est alors plus très évocateur...
De même le "théorème de flux-divergence" est bien plus connu sous sa dénomination "théorème de Green-Ostrogradski", bien moins évocatrice.

Pourquoi préfère-t-on rappeler l'origine épistémologique (d'ailleurs souvent controversée) de ces résultats, au lieu d'en conserver une appellation purement descriptive ?
Serait-ce simplement une question mnémotechnique - c'est-à-dire qu'il serait plus simple de retenir un résultat en l'associant à un nom propre, en l’occurrence à celui de son-sa "découvreur-se" présumé-e - ? Dans ce cas pourquoi s'attacher à ce lien ténu avec le passé (origine, découvreur-se, contexte de découverte) du résultat ?
Est-il nécessaire de connaître l'histoire des sciences pour faire des sciences ?
Si tel n'est pas le cas, ne pourrait-on pas se passer de cet artifice qu'est cette sorte d'hommage fait aux personnages scientifiques à chaque fois qu'un de leur résultat est employé, si c'est en plus au prix d'une perte de sens, de limpidité ?

Y aurait-il un quelconque intérêt à cette pratique aujourd'hui largement acceptée que je ne voies pas ?


Pour preuve que cela pose problème : quelques cas bien connus embêtent souvent les étudiant-e-s. Les "formules de Leibniz" en sont un exemple. En effet, bien qu'elles aient toutes la même dénomination, elles désignent en fait plusieurs résultats bien différents ; certaines étant utilisées en analyse réelle (formule des dérivées successives d'un produit de fonctions et identité de dérivation), d'autres en algèbre linéaire (définition du déterminant d'une matrice comme somme alternée et somme de la série alternée des inverses des entiers impairs). Comme si cela ne suffisait pas, il existe même en plus des "règles de Leibniz".
Eh oui : les personnages scientifiques peuvent très bien avoir été prolifiques !

Bien sûr, c'est généralement le contexte d'utilisation qui indique quelle formule on emploie. Cependant, force est de constater qu'une ambiguïté subsiste là où on pourrait trouver des solutions pour qu'elle n'y soit plus !

--

Petite ouverture sur des questionnements politiques, pour finir : plusieurs choses peuvent être remises en cause. Déjà, pourquoi récompense-t-on les découvertes scientifiques ?
De façon plus générale, pourquoi récompense-t-on les individus - ou non ?

Je le conçois, c'est beaucoup de "pourquoi ?", mais s'il vous plaît, éclairez-moi (même si plus de 72h sont nécessaires).



P.-S. : au fil de mes recherches pour rédiger cette question, je suis tombé sur une loi assez fascinante tout à fait en lien avec mes interrogations ; la loi d'éponymie de Stigler. En 1980, ce statisticien affirme : « une découverte scientifique ne porte jamais le nom de son auteur ».

D'ailleurs on trouve sur Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Stigler) cette remarque amusante :
"Cette loi n'est pas une exception à elle-même puisque Stigler lui-même affirme que ce concept est au moins implicite dans les travaux du sociologue américain Robert K. Merton ; il ajoute, à propos des noms propres donnés aux découvertes scientifiques (éponymies), qu'ils « ne sont que rarement proposés et jamais universellement reconnus, sauf si celui qui nomme est très distant dans le temps ou dans l'espace du scientifique ainsi honoré »".

Réponse du Guichet du savoir

par bml_sci, le 14/02/2018 à 17:12

Réponse du Département Sciences et Techniques


Bonjour,

Les découvertes de la technique et des différentes sciences doivent souvent (mais pas toujours, loin s’en faut) leur pérennité à leur inventeur ou à des figures devenues légendaires (Pythagore ou Thalès) resté dans la mémoire collective soit sous le nom d’un instrument, soit en tant qu’unité de mesure, soit en tant que nom de loi ou de théorie. En ce qui concerne l’« étymologie» des noms de plantes, celle-ci renvoie le plus souvent au botaniste qui a découvert (ou bien créé la plante) ou à une personnalité « illustre» à laquelle elle fut dédiée.

Les exemples que vous citez ("Loi de Joule", "loi de Poisson" "loi de Hook", "règle de Bayes", "équations de Maxwell", "équations d'Euler", etc.) sont ce qu’on appelle des éponymes, c’est-à-dire, en linguistique, des noms propres qui se sont transformés en appellation générique. Généralement les éponymes sont un hommage : ils récompensent l’inventeur d’une nouvelle opération, d’un instrument, d’une unité de mesure ou bien encore le découvreur qui le premier a démontré une théorie, formulé une équation mathématique originale, découvert une maladie, un élément chimique, etc.

Cela étant, il est vrai que ces appellations sont très peu explicites. Ce sujet n’est guère évoqué dans la littérature spécialisée en histoire des sciences ; nos recherches ne nous ont pas permis de comprendre pourquoi ces formulations sont privilégiées, au détriment d’autres plus signifiantes et descriptives. Comme vous le suggérez, il s’agit vraisemblablement de raccourcis ou de contractions pour la commodité d’usage, bien pratiques par ailleurs pour la popularisation d’un concept ou d’une théorie scientifique. A cet égard nous pouvons citer le cas récent du boson de Higgs, dont la dénomination est impropre (même le physicien Higgs, membre de l’équipe à l’origine de la découvert, n'en revendique nullement la paternité) : certains estiment qu'il serait plus pertinent de nommer cette particule « boson BEHHGK » (initiales des membres de l’équipe), d’autres « boson scalaire massif » ou encore « boson scalaire de brisure spontanée de symétrie (BSS) ». Le lauréat du Prix Nobel, François Englert, « a aussi proposé que le boson de Higgs soit désigné simplement par la lettre «H». Et ne porte donc plus le nom d’aucun chercheur. »

Dans son ouvrage Quand l'esprit s'égare (Ed. du Seuil, 2014) Douwe Draaisma se réfère à la loi de Stigler – « une loi scientifique ne porte jamais le nom de son auteur » - que vous mentionnez dans votre message :
« Stigler n’allait pas jusqu’à prétendre que les éponymes sont désignés au petit bonheur la chance. Il reconnaissait qu’il était rare de tomber sur un éponyme qui n’ait pas un tant soit peu contribué, fût-ce de façon indirecte, à la découverte », mais lorsqu’il s’agissait d’identifier le véritable découvreur, l’éponyme n’était, à l’en croire, en aucun cas l’homme idoine. La loi de Stigler est par principe irréfutable. Quelque soit l’éponyme qu’on invoque à titre de contre-exemple, il est toujours possible de lui découvrir un prédécesseur. Il arrive d’ailleurs que les éponymes eux-mêmes fassent mention de leurs devanciers. Dans la majorité des cas, cependant, les premiers découvreurs n’émergent qu’après et que par les travaux des éponymes. Bien que les éponymes ne soient pas, en général, ceux que Stigler qualifie de « premiers découvreurs », c’est néanmoins leur contribution qui, d’un point de vue historique, a ouvert un nouveau champ à la recherche, au sein duquel les autres – collègues ou historiens des sciences pour la plupart – peuvent, dans les limites de leurs compétences, découvrir à leur tour quelques chose, à savoir des « prédécesseurs ». »

A noter que concernant les sciences médicales, ces "honneurs" ne sont pas toujours des plus heureux... :
De nombreux termes scientifiques portent encore la marque du nazisme
Des maladies éponymes de mauvaise renommée

Pour en savoir plus sur ce sujet vous pouvez consulter les deux études suivantes, disponibles sur internet :
Sylvie Monin, « Termes éponymes en médecine et application pédagogique » , ASp [En ligne], 11-14 | 1996, mis en ligne le 08 mai 2013, consulté le 14 février 2018
Cormier, M. & Fontaine, J. (1995). Les noms propres et leurs dérivés dans le vocabulaire de l’intelligence artificielle. : une étude qui porte sur la part des noms propres et de leurs dérivés
dans la formation des vocabulaires techniques et scientifiques.

Enfin, vous pourriez trouver des réponses à vos autres questionnements dans des ouvrages d’histoire des sciences, comme par exemple Histoire populaire des sciences de Clifford D. Conner (L'Echappée, 2011) ou encore Critique de l'histoire des sciences de Michel Blay (CNRS éditions, 2017), ou alors en posant à nouveau une question au Guichet du Savoir, dans la limite d'une question par post.

Bonne journée à vous.
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