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La traduction de jeux de mots

par Kowha, le 12/05/2018 à 17:19 - 601 visites

Bonjour,
J'aimerais en savoir plus concernant les jeux de mots et surtout leur traduction en langues étrangères. Y-a-t-il différentes catégories de jeux de mots, dont certaines seraient traduisibles, d'autres seraient intraduisibles mais adaptables, et une dernière catégories où les jeux de mots seraient même inadaptables dans une langue étrangère ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 15/05/2018 à 10:25

Bonjour,

Une étude porte entièrement sur la traduction des jeux de mots. Jacqueline Henry, dans son ouvrage intitulé La traduction des jeux de mots, explique que la traduisibilité d'un jeu de mot dépend de ce qu'on met derrière le terme "traduction" et qu'il est difficile de classer les jeux de mots en fonction de leur traduisibilité. Voici quelques extraits de sa conclusion, mais nous vous conseillons de consulter cet ouvrage dans son intégralité :

Citer:
" ... ce sujet amène à réfléchir sur la base même que l'on se donne, à savoir celle de la correspondance linguistique ou de l'équivalence textuelle. Il est évident que dès le départ, le parti que l'on prend sur ce point est déterminant, car si l'on opte pour la correspondance linguistique, le débat sur la traduction des jeux de mots est vite clos puisque l'on rejoint le camp des tenants de leur intraduisibilité. En revanche, si l'on choisit l'autre conception de la traduction, c'est-à-dire celle de l'équivalence, ou de l'analogie, il apparaît, comme cette étude l'aura démontré, je l'espère, que la traduisibilité des jeux de mots est grande.
L'examen de quelques études effectuées sur les jeux de mots a montré qu'il est extrêmement difficile de les classer en catégories « étanches », car elles se recoupent. Ces intersections entre les ensembles que représentent les catégories de jeux de mots se retrouvent tant entre les jeux avec les mots, comme les charades, et les jeux sur les mots, comme les calembours, qu'entre les différentes sous-branches des jeux sur les mots. Cette interpénétration, ou ce flou, entre les classes de jeux verbaux est un premier indice en faveur de leur traduisibilité, parce qu'elle signifie que même au niveau intralinguistique, il y a très facilement glissement d'un type dans un autre et que le type de jeux de mots employé est donc bien souvent secondaire par rapport à d'autres caractéristiques comme leur fonction dans le texte et leur effet sur le lecteur.
Il existe néanmoins une distinction qui, elle, a son importance dans l'optique de la traduction : celle entre les jeux de mots ponctuels, qui sont peu nombreux dans un texte et ont un impact local et accessoire, et les jeux de mots qui constituent un élément du système d'écriture du texte. Dans ce cas, ils ont un rôle non négligeable dans celui-ci et il ne peut être envisagé, en traduction, de les laisser purement et simplement de côté. Enfin, le cas extrême est celui des jeux de mots qui sont au cœur même du système d'écriture. Il est alors impossible d'aborder l'opération de traduction du texte sans avoir préalablement décodé le jeu-matrice de l'original, qui le conditionne dans son intégralité.
Il peut sembler plus facile de traduire des jeux de mots ponctuels que des jeux ayant un plus grand poids dans le texte. Ce n'est pourtant pas toujours le cas, car un jeu ponctuel peut être d'une grande complexité structurelle et il serait dommage de ne pas rendre justice à la virtuosité de l'auteur. La différence se situe plutôt au niveau des contraintes pragmatico-fonctionnelles, qui sont d'autant plus grandes que le jeu verbal est plus intimement lié à l'ensemble du texte. Mais, paradoxalement, les libertés peuvent aussi être plus grandes, car l'œuvre étant considérée dans son ensemble, des compensations et/ou des déplacements sont possibles. La prise en compte, d'emblée, de la macro-structure du texte, donne au traducteur une plus grande latitude dans la reconstruction de ce quel Ladmiral appelle la « quodité traductive » (Ladmiral, 1979).
[...]

L'aboutissement de cette réflexion analytique est une classification personnelle des différentes façons possibles de rendre un jeu de mots dans une autre langue que celle d'origine :
- La traduction « isomorphe » consiste à proposer un jeu de mots cible qui correspond à l'original, c'est-à-dire qui reprend le même type de jeu de mots (par ex., une contrepèterie) et est fondé sur les mots correspondants (par ex., « jardin » pour « garden »). Elle est rarement possible mais est parfois permise par des langues apparentées ou par des fonds culturels communs.
- La traduction « homomorphe » consiste à rendre le jeu de mots original par un jeu du même type, mais fondé sur des termes non correspondants (le terme A' n'est pas celui qui figurerait dans un dictionnaire bilingue à l'entrée A). C'est parfois une solution quasiment imposée par le texte, mais sans doute plus souvent une possibilité qui vient naturellement à l'esprit du traducteur. Celui-ci essaie sans doute bien souvent - consciemment ou non - de résoudre son problème par homomorphisme avant d'envisager la troisième option.
- La traduction « hétéromorphe » ouvre un très large champ de possibilités et de re-création puisque le jeu de mots de départ est rendu par un jeu de type différent fondé sur des mots non correspondants. Les combinaisons possibles entre l'ensemble des jeux de mots sources possibles et celui des jeux de mots cibles possibles sont extrêmement nombreuses. Une figure a permis d'en donner une idée pour le seul sous-ensemble des calembours. Le recours à la traduction hétéromorphe n'implique nullement un manque de fidélité à l'original si ce choix est légitimé par le contexte, qu'il soit verbal ou cognitif.
- La traduction dite « libre » se divise en deux sous-catégories. Il peut tout d'abord s'agir du rendu d'un jeu de mots par une forme d'écriture autre, comme une métaphore ou une allusion - ou l'inverse -, ou de la création d'un jeu de mots ex nihilo dans le texte cible. Il apparaît que ce type de traduction penche davantage du côté de la liberté du traducteur que de celui des contraintes qui lui sont imposées, mais cette liberté présuppose bien évidemment sa responsabilité à l'égard du texte sur lequel il travaille. Son choix doit être justifiable par des éléments inhérents à celui-ci, sous peine de sombrer dans l'invention pure et simple ou dans une écriture seconde de l'œuvre considérée. "


Pour aller plus lion, vous pouvez également consulter les documents suivants :

- Traduire l'humour / études réunies par Fabrice Antoine et Mary Wood

- Les mots du rire : comment les traduire ? : essai de lexicologie contrastive / publication du centre de recherche Lexiques-Cultures-Traductions ; éd. Anne-Marie Laurian et Thomas Szende

- La traduction raisonnée, Manuel d’initiation à la traduction / Jean Delisle, Marco A. Fiola - Objectif 254 : Traduire l'humour

- Les jeux de mots dans la presse française et leur traduction en espagnol / Maryse Privat

- Traduire les jeux de mots et calembours de journaux satiriques – Le Canard enchaîné et Private Eye / Joëlle Popineau, Traduire, 232 | 2015, 41-55.

- La traduction raisonnée, Manuel d’initiation à la traduction / Jean Delisle, Marco A. Fiola


Bonne journée.
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