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savoir légal du français légal

par JFCM2, le 09/07/2018 à 12:07 - 423 visites

L'article 2 de la constitution dit que "La langue de la République est le français". Mais je ne sais pas ce qu'est le français. Pour deux raisons :

1. je ne sais pas qui définit le français légal. Je n'en connais pas de dictionnaire juridique faisant droit.

2. selon l'académie française

2.1. "connaître" c'est "Avoir l'idée, la notion d'une personne ou d'une chose" ce qui est passif alors que
2.2. savoir est "Être accoutumé, exercé à une chose, la bien faire.", "Avoir le pouvoir, la force, le moyen, l'adresse, l'habileté de faire quelque chose"."Apprendre, être instruit, être informé de quelque chose" ce qui réclame une action de compréhension active.
2.3. ce que confirme ce qu'est "le savoir" : "Ensemble des connaissances acquises par l'étude, par l'expérience."

J'en déduis que connaitre est avoir reçu une information ("ce qui augmente la connaissance") tandis que savoir c'est d'avoir voulu assimiler cette information pour en faire une partie de mon acquis personnel, donc de ma personne.

Donc deuxième partie de la question, "nul n'est censé ignorer la loi". Mais "ignorer = ne pas connaître". Cela n'implique-t-il donc pas que nul n'est tenu de "savoir" ce que veut dire la loi et donc que "nul n'est sensé savoir la loi" ?

Très cordialement

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 10/07/2018 à 14:49

Bonjour,

Qu’est-ce qui définit une langue ?
D’après le Grand Robert de la langue française, une langue est un « système d’expression du mental et de communication, commun à un groupe social humain (communauté linguistique) »

Concernant la distinction entre langue et langage :
« En un sens général, le mot (langue) est souvent employé comme synonyme de langage. Quand on l’en distingue, c’est pour l’appliquer à telle forme de langage particulière, limitée à un groupe (…). Une langue déterminée se définit par l’ensemble des procédés linguistiques qui s’imposent à un groupe d’homme. En un sens plus spécial, on appelle langue, par opposition à dialecte, un idiome nettement différencié (…) et tel que les sujets parlants d’un autre groupe ne le comprennent pas sans apprentissage ; par l’opposition à patois, un idiome consacré par un usage particulièrement étendu, ou par une certaine qualité de civilisation (…) »
J. Marouzeau, Lexique de la terminologie linguistique, p. 128.

Notons que l’usage du français dépasse largement les frontières de la France :
« Selon l'OIF, en 2014, le français est la cinquième langue la plus parlée au monde avec 274 millions de locuteurs représentant 4 % de la population mondiale (une personne sur 26), dont 212 millions en faisant un usage quotidien (+ 7 % entre 2010 et 2014) représentant 3 % de la population mondiale (une personne sur 32). Estimé à 284 millions en 2015, le nombre de francophones approchera les 700 millions en 2050 soit 8 % de la population mondiale (une personne sur 13), et 85 % de ces francophones seront en Afrique du fait de la croissance démographique. »
Source : Wikipedia

Pour plus de données statistiques sur la francophonie, vous pouvez consulter cette page du site de l’organisation internationale de la francophonie : Estimation des francophones.


Les éléments de définition donnés plus haut montrent qu’une langue appartient à ceux qui la parlent, et que c’est l’usage qui la façonne et la fait évoluer. Toutefois il faut tenir compte de l’histoire particulière de la langue française et des différentes influences exercées sur elle jusqu’à aujourd’hui.

Dès le moment où le français acquiert en France le statut de langue officielle en 1539, elle devient un symbole du pouvoir monarchique et de l’unification du royaume : il est important que tous les sujets parlent et comprennent le « même » français, c’est-à-dire la langue d’oïl, en usage à la cour du roi :

« La première grande étape de la justice française au xvie siècle commence avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Son intérêt est quadruple. Elle marque, d'abord, la volonté de rendre l'administration accessible au peuple par le remplacement, dans les actes notariaux et judiciaires, du latin par le français. Par là, elle donne à ce dernier une force d'impact considérable qui le fera progresser, au cours des siècles suivants, au détriment de la langue d'oc et des autres parlers du royaume et en fera un admirable instrument de centralisation. »
Source : universalis.fr

C’est l’invention de l’imprimerie qui va entraîner le besoin de codifier la langue… ce qui se traduit aussi par son appauvrissement :

« Avec l'imprimerie, grande invention de la Renaissance, et la diffusion du savoir — un besoin de codification — les grammairiens, les lexicographes, les théoriciens de la langue, les linguistes prennent de l'importance. Le premier Dictionnaire françoislatin, celui de Robert Estienne, est publié en 1539. Moins d'un siècle plus tard, en 1635, la création de l'Académie française consacre l'effort de codification, défense et illustration de la langue française (pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Joachim du Bellay publié en 1549). Paradoxalement, il s'est ensuivi une latinisation de la graphie d'après l'étymon latin supposé ou réel (ex : doit devenant “doigt” pour le rapprocher du latin digitus, pie devenant “pied” qui se rapproche de pedis ou, par erreur, pois devenant “poids” pour le rapprocher de pondus, alors qu'il est issu de ponsus) et un appauvrissement du lexique, à la suite d'une purge du vocabulaire, plus particulièrement des mots d'origine non latine, promu par les auteurs et les écrivains de renom ayant reçu une formation des milieux religieux devenus les seuls tenants de la langue latine (ecclésiastique). Épurer et discipliner la langue française a été notamment l’œuvre de la vie de François de Malherbe, supprimant notamment les vocables provinciaux ou les mots techniques. Plusieurs des mots tombés en désuétude avaient été empruntés auparavant par l'anglais et sont pour la plupart toujours en usage dans cette langue. Le janséniste Claude Lancelot écrit en 1660 la célèbre Grammaire de Port-Royal, texte normatif fondamental pour la langue française. C'est dans ce contexte de codification que s'est développé le courant littéraire de préciosité qui utilise à foison les métaphores et périphrases, crée de nombreux néologismes. »

Tous ces efforts ne suffisent pas à éradiquer l’usage des patois dans le Royaume, loin de là : À la veille de la Révolution française, on estime qu'un quart seulement de la population française parle français, le reste de la population parle des langues régionales.
La Révolution ira plus loin en imposant le français comme langue maternelle obligatoire pour tous.


En-dehors de son rôle comme instrument du pouvoir politique, un autre enjeu important de la langue est son rayonnement culturel. La peur de voir le français perdre son intégrité, notamment face à des emprunts à d’autres langues dominantes (en particulier l’anglais depuis le XXe siècle), a pu conduire à un certain interventionnisme de l’Etat : le 7 janvier 1972, le gouvernement français promulgue le décret no 72-9 relatif à l’enrichissement de la langue française, prévoyant la création de commissions ministérielles de terminologie pour l’enrichissement du vocabulaire français. Le 4 août 1994, à la suite de la loi de 1975, est promulguée la loi dite loi Toubon qui tend à imposer l'utilisation du français dans nombre de domaines (affichage, travail, enseignement etc.) particulièrement dans les services publics.

Mais c’est surtout à l’Académie Française, depuis sa création en 1635, que revient officiellement la tâche de façonner la langue française :

« Défense de la langue française

Du haut Moyen Âge au début du xviiesiècle, le français passe lentement de l’état de langue du vulgaire (ou vernaculaire) à celui de langue égale en dignité au latin.

Cette maturation est jalonnée de repères, dont deux méritent d’être cités : 842, date du Serment de Strasbourg, premier texte écrit en français ; 1539, date de l’édit de Villers-Cotterêts, par lequel François Ier fait du français la langue administrative et judiciaire commune à l’ensemble du royaume, en remplacement du latin.

Au début du XVIIe siècle, cette langue est encore en pleine évolution, très fluctuante sur certains points : verbes passant d’une conjugaison à une autre (recouvrer/recouvrir), genre des mots non fixé, morphologie flottante (hirondelle, arondelle ou erondelle), prononciation variable.

Si le XVIe siècle s’accommodait de ces variantes et flottements, la tendance au XVIIe siècle est à l’unification dans un langage « moyen », qui soit compréhensible par tous les Français et par tous les Européens qui adoptent de plus en plus souvent le français comme langue commune.

Ce dessein, exprimé par le poète Malherbe, est repris par de nombreux grammairiens et gens de lettres (Vaugelas), qui se rencontrent pour œuvrer en ce sens.

Le pouvoir royal, à travers le gouvernement de Richelieu, y voit un des instruments de sa politique d’unification du royaume à l’intérieur et de son rayonnement diplomatique à l’étranger.

L’Académie française est donc créée en 1635, pour conférer un poids officiel aux travaux des grammairiens.

La mission confiée à l’Académie est claire : « La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » (Article 24 des statuts.) […]

Enfin, dès la fin du XVIIe siècle, l’Académie commence à remplir une autre mission visant à illustrer la langue française : la remise de prix littéraires. En 1671 sont attribués pour la première fois un prix d’éloquence et un prix de poésie.

Aux XVIIIe et XIXe siècles se poursuit, dans l’esprit des premiers académiciens, l’œuvre de défense et d’illustration de la langue. Les éditions successives du Dictionnaire, par les modifications qu’elles apportent, achèvent de façonner la langue telle que nous la connaissons aujourd’hui. »


Malheureusement l’honorable institution peine parfois à suivre les évolutions profondes de la société et se laisse distancer par les usages : il faut attendre 2017 pour que l’Académie envisage de féminiser certains titres, et la même année les académiciennes condamnent sans équivoque l’écriture inclusive qui est déjà pratiquée depuis une quinzaine d'années en France.


Bonne journée.
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