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Accueil > Une histoire de prénom

Une histoire de prénom

par marie L, le 11/03/2019 à 08:59 - 423 visites

Bonjour,
Ma grand-mère originaire de Niort s'appelle Odette d'après l'état civil. Pourtant on l'appelait partout Denise, sauf à l'école, mais ce n'est pas non plus un second ou troisième prénom. D'après elle, elle n'était pas une exception, dans tout son "coin" on ne nommait pas les enfants par leur vrai prénom.
Une idée de l'origine de cette étrange tradition ? Merci d'éclairer ma lanterne!

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 12/03/2019 à 17:13

Bonjour,

Malgré nos recherches, nous n’avons pas trouvé de trace de cette « tradition » précisément à Niort. En revanche, nous avons trouvé plusieurs pistes expliquant que dans le passé, notamment dans les communes rurales, on n'appelait pas toujours les enfants par leur prénom d'état civil:

- Certains enfants étaient nommés par leur prénom de baptême, qui différait parfois de leur prénom d’état civil. Ainsi, dans son livre Prénoms de naissance et prénoms de baptême. Prénoms usuels. Un aspect de la mentalité religieuse rurale au XIXe siècle. Jacques Picard explique :


« Une comparaison entre l'état civil et les registres de baptême d'un village d'Ile-de-France pour la période 1806-1888 fait ressortir l'existence de divergences dans le choix des prénoms donnés à un même enfant. Ces divergences, essentiellement la suppression ou l'adjonction d'un prénom, ou la substitution d'un prénom à un autre, se constatent en nombre croissant à partir de 1830 environ. Elles peuvent souvent être mises en rapport avec un autre phénomène, également croissant, qui est l'allongement du délai entre la naissance et le baptême, en raison de la volonté des parents de faire assister le parrain et la marraine à la cérémonie. Il faut y voir un affaiblissement du caractère sacramental du baptême au profit de son aspect mondain et donc un témoignage de la déchristianisation des campagnes au XIXe siècle ».


- D’autres enfants étaient nommés par un prénom qui n’avait rien à voir avec leur nom d’état civil et leur nom de baptême. En effet, dans son étude sur Le nom réellement porté dans un village du Valenciennois, Haveluy (1701-1870), Guy Tassin note que dans certaines catégories de la population, le prénom usuel avait peu ou aucun rapport avec le prénom de naissance ou le prénom de baptême :

« de toute façon la nomination reçue à la naissance, dès le XVIIIe siècle - alors que n'existe encore que l'enregistrement des baptêmes - n'engage pas l'appellation d'un individu irrémédiablement, pour la vie. Le prénom usuel peut n'avoir que peu de rapport avec elle, voire aucun. Le choix d'un prénom usuel hors de la nomination officielle ne témoigne certes pas d'une grande révérence envers les actes religieux et civils. On peut se demander quelles conditions sont favorables à un tel comportement. Il semble, à observer la situation en 1850, que le phénomène se développe en relation avec la taille du ménage. C'est pour l'essentiel dans les grosses familles qu'il est le plus fréquent. Le volume moyen des familles étant à ce moment peu varié d'une catégorie socioprofessionnelle à l'autre, il faut en conclure un pur effet de masse, le souci de la rigueur onomastique diminuant avec le nombre des enfants. Le prénom usuel non issu de la nomination officielle apparaît, de ce point de vue, comme une marque de désinvolture, hypocoristiques et homophonies pesant plus que la transmission tardive du prénom d'un proche. »

Enfin, d’un point de vue psychologique, l’existence d’un prénom différent utilisé par l’école, et par les proches, permet aussi de distinguer les deux sphères, et se rapproche de l’usage des diminutifs, qui, selon J-P Bauer, dans le livre Histoires de prénoms, «répondent aux liens familiaux, ou de familiarité ; en général ils connotent l'enfance, l’école, les bandes, etc. »

En outre, J-P Bauer précise que «le prénom peut être l'objet de transformations en vue de l'appropriation de son nom par le sujet. […]Car si le patronyme inscrit dans « les structures élémentaires de " la parenté », dans la concrétisation généalogique du symbolique, le prénom inscrit dans l'ordre de l'individualité et de la subjectivité. C'est là que joue la relation du sujet avec son prénom, l'histoire de l'investissement de son prénom dans le réseau et le système des prénoms »


Enfin, le choix d’un autre prénom peut aussi mieux « coller » à la personnalité de l’individu, comme le note J-P Bauer :

« Le prénom se réfère également à une identité positive, c'est-à-dire à une identité à soi-même. Les enfants qui sont sensibles aux effets de langage, «sentent» qu'un «Alain», un «Daniel», un «Pierre», ce n'est pas la même chose. Car si comme le dit Russel sur le plan logique le prénom n'a qu'une fonction de référence, sur le plan de l'identification fantasmatique, le prénom à une signification énigmatique. Par exemple Pierre a une «pierreté». Mais ce niveau d'identité à soi du prénom est surtout perceptible dans la sensibilité aux différences de prénom. Nous avons affaire ici au noyau irréductible d'une identité indicible, qui est accrochée à la pure matérialité du langage »
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