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Epigone

par epigone, le 04/04/2019 à 17:41 - 1743 visites

Bonjour,
Mes parents et grand parents italiens habitaient la ville de Cassino (Latium), lorsque les troupes françaises du maréchal Juin se livrèrent à des exactions sans nom sur la population, entre 1943 et 1944.
De très nombreux viols de la population locale furent commis et sont recensés sous le nom de "maroquinades,ou, marochinates.
Vers quels ouvrages dois-je me diriger afin d'avoir un récit et un recencement officiel de ce douloureux épisode de la seconde guerre mondiale ?
Par avance merci

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 05/04/2019 à 17:35

Bonjour,

Le nombre des viols commis par le corps expéditionnaire français en Italie à cette période fait l’objet de débats parmi les historiens : entre 200 - le nombre de condamnations par les tribunaux militaires - et 12 000 environ, voire 20 000 pour d'autres sources.

Les historiens Tommaso Baris, Jean-Christophe Notin, Julie Le Gac et Marco Patricelli ne s'accordent pas sur les chiffres. Voici quelques extraits qui illustrent leurs recherches et leurs désaccords :

" A partir des archives italiennes (rapports de carabiniers, de maires, de curés de villages, recueil de témoignages) et alliées (Prévôté française, archives américaines), l’historien italien Tommaso Baris n’hésite pas à évoquer un phénomène d’une « dimension massive », à mi-chemin entre les violences épisodiques des soldats américains en France et les viols systématiques perpétrés par les Soviétiques en Allemagne. Se fondant sur un rapport produit à la fin de la guerre par l’Unione delle Donne italiane (institution alors proche du Parti communiste italien), Baris estime le nombre de viols à 12 000 – un chiffre qui lui semble être « crédible » - et les cas de rapines, pillages, violences aux personnes, et parfois de meurtres à 60 000. […]
Tout autre est le point de vue de Jean-Christophe Notin dans sa synthèse sur la campagne d’Italie. S’il ne réfute pas la réalité des violences et des pillages, l’historien français en diminue de beaucoup l’importance. Il récuse totalement le chiffre de plusieurs dizaines de milliers de viols avancé dans les années 1960 par le député italien Covelli et il minimise l’importance des vols. […] D’une façon générale, Notin, qui a dépouillé les archives de la Prévôté du CEF, rappelle que l’ensemble de ces affaires ont fait l’objet de 160 informations judiciaires contre 360 individus, et qu’elles se sont traduites par trois condamnations à mort, dont deux commuées, et par 133 condamnations diverses. On est donc très loin des dizaines de milliers d’exactions évoquées par Baris, même si on évoque, dans un cas, les violences perpétrées, et dans l’autre, leurs suites judiciaires, forcément peu nombreuses en temps de guerre.
Julie Le Gac, se référant aux indemnisations opérées par la France après la guerre (60% des 20 000 dossiers déposés pour pillage et 80% des dossiers de viols) et tenant compte du phénomène classique de sous-déclaration pour ce genre d’affaires, estime à 3 ou 4 000 le nombre de viols et à environ 10 000 celui des pillages. "
source : Les français libres, l'autre résistance / Jean-François Muracciole - sonsultable en partie sur Google Livres.

D'après l'historien Marco Patricelli, le chiffre de 20 000 femmes violées est envisageable.
"Le maire d’Esperia, Giovanni Moretti, le 12 novembre 1946, lors d’une réunion des maires de la Ciociarie, révélera qu’au moins 700 femmes avaient été violées sur une population triple. Mais déjà un rapport des carabiniers du 25 juin 1944 transmis à la présidence du Conseil des ministres(3), avait informé que dans les municipalités de Giuliano di Roma, Patrica, Ceccano, Supino, Morolo, et Sgurgola, du 2 au 5 juin 1944 (date d’entrée des Alliés à Rome), 418 violences sexuelles avaient été signalées (3 sur des hommes), 29 meurtres, 517 vols : tous imputables aux soldats marocains et dont la violence avait fait rage contre ces populations en les terrorisant.
De nombreuses femmes, filles et petites filles (…) ont été violées, souvent à plusieurs reprises, par des soldats en proie à une exaltation sexuelle et sadique débridée, obligeant de force leurs parents et leurs maris à assister à ces ravages.
D’innombrables citoyens ont perdu tous leurs biens et leur bétail volés également par les soldats marocains.
De nombreuses habitations ont été pillées, souvent dévastées et incendiées.
Le 13 septembre 1944, la Direction Générale de la Santé Publique écrivit au Ministère de l’Intérieur que 3 100 femmes environ avaient été violées entre la province de Frosinone et Latina (rebaptisée Littoria, un nom choisi par le fascisme pour célébrer la fondation de la ville) (4).
Le chiffre conventionnel de 20 000 femmes violées est celui qui se rapprocherait le plus de la vérité.
En 1952, Maria Maddalena Rossi (Parti communiste) a parlé à la Chambre des Représentants d’environ 60 000 actes de violence dans la seule province de Frosinone(5).
En 2011, à Castro dei Volsci, lors de la conférence sur « Héros et Victimes de 1944 : un souvenir effacé », le Président de l’Association Nationale des Victimes du Maroc, Emiliano Ciotti, soutiendra : « À partir des nombreux documents recueillis aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il y a eu un minimum de 20 000 cas de violence avérée, un nombre qui ne reflète pas la vérité. » "
source : L’histoire d’une violence sans précédent contre les femmes de la Ciociarie pendant la Seconde Guerre mondiale / Prof. Marco Patricelli on January 28, 2018

" Le décompte des violences sexuelles commises par les soldats du corps expéditionnaire est risqué. Si l’on se réfère au rapport d’un inspecteur du ministère de la Santé, envoyé par le gouvernement italien dans le bas Latium en septembre 1944, le nombre de victimes s’élèverait à environ trois mille cent dans les provinces de Frosinone et de Latina. Mais au cours de cette enquête, de nombreux centres urbains parmi les plus touchés ne furent pas examinés. À Esperia par exemple, le généraliste local précisait au maire en 1946, qu’il avait soigné plus de sept cents femmes, contaminées par des maladies vénériennes comme la blennorragie ou la syphilis.
De nombreuses autres petites villes, touchées par le passage des troupes françaises, ne furent jamais visitées. En tenant compte à la fois du nombre élevé de communes concernées par le passage des troupes coloniales (plus d’une quarantaine) et de la longueur relativement importante de la période durant laquelle des violences sexuelles eurent lieu, le chiffre de douze mille femmes violées qu’avance l’organisation communiste féminine l’Unione Donne Italiane semble crédible.
source : Baris Tommaso, « Le corps expéditionnaire français en Italie. Violences des « libérateurs » durant l'été 1944», Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2007/1 (no 93), p. 47-61.

Le chiffre de 2 000 victimes est avancé par ce rapport du Sénat italien : Norme in favore delle vittime di violenze carnali in tempo di guerra



Pour aller plus loin, nous vous recommandons ces lectures :

- Vaincre sans gloire, le Corps expéditionnaire français en Italie / Julie Le Gac - thèse publiée aux éditions les Belles Lettres, ministère de la Défense-DMPA

- Jean-Christophe Notin, La campagne d'Italie. Les victoires oubliées de la France (1943-1945), éd. Perrin, 2002, 629 pages

- Amère libération / Eliane Patriarca

- Crimes de 1944 en Ciociarie

- La femme et le soldat / José Cubero

Bonne journée.
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