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EPIDEMIES.

par LUDOVICUS, le 10/04/2019 à 12:54 - 560 visites

S.V.P.
On parle toujours de transmission et contagion , en ce qui concerne les maladies , justement appelées "contagieuses", et elles sont nombreuses.....
.Mais au fait, pour qu'il y ait contagion, il faut bien qu'il y ait un point de départ , c'est à dire une personne en général,voire un animal ou autre être vivant , chez qui cette affection va être créée , avant de se transmettre à bien d'autres, en cascade le plus souvent !
Comment des facteurs ou agents pathogènes naissent t ils à l'origine, sur un organisme humain ou animal ? On n'est pas dans la problématique de l'oeuf et de la poule, car dans ce cas, pour qu'une chaine de transmission soit crée ,il y a forcément un stade alpha !. D'ailleurs, dans l'histoire médicale, y a t il eu des cas de maladies bloquées au tout premier stade ? merci.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 11/04/2019 à 11:27

Bonjour,

Eh bien non, au risque de vous décevoir, les virus et autres agents pathogènes, pas plus que les larves de mouches, les girafes et les Tortues ninjas, ne se créent ex-nihilo : ils mutent. Ce qu’on nomme « patient 0 », ou « cas index » est largement considéré comme un mythe journalistique par les scientifiques.

A cet égard, un article de liberation.fr évoquant en 2016 la réhabilitation de Gaëtan Dugas, considéré pendant trente ans comme le « patient 0 » du VIH, est éloquent. Une étude venant de démontrer que virus s’était diffusé en Amérique du nord bien avant la contamination de Dugas, l’article se terminait ainsi :

« «Le patient zéro, dans une épidémie, c’est la recherche folle d’un Adam et Eve, ironise le docteur Jean-Baptiste Brunet, qui fut le premier épidémiologiste en France à travailler sur cette nouvelle épidémie. Dès que l’on en trouve un, on va en dénicher rapidement un plus ancien.» Willy Rozenbaum poursuit : «Chacun a son patient zéro. Nous, à Paris, à l’hôpital Claude-Bernard, nous avons eu les premiers malades. […] » »

Ainsi, une « production de virus » n’est pas une création : c’est l’acquisition par ledit virus « par effet génétique (recombinaison ou mutation), ou par tout autre phénomène, soit la propriété particulière de passer d'un hôte à un autre (par exemple de franchir des barrières d'espèces, de passer de l'animal à l'homme), soit un pouvoir pathogène particulier. On peut assister alors à l'apparition de maladies nouvelles, comme le sida, ou à la dissémination pandémique régulière de maladies connues (comme la grippe), ou encore de maladies dotées d'une gravité accrue (comme la multirésistance aux antibiotiques des bactéries). […] Le virus du sida est certainement d'origine simienne, son passage à l'homme étant issu d'un événement génétique permettant le changement d'hôte et sa propagation d'homme à homme, par voie sexuelle ou sanguine. Dès ce passage, la contamination interhumaine a permis l'émergence, repérée en 1981, de la pandémie que l'on sait. C'est pourquoi la production incessante de variants dotés d'un pouvoir pathogène élevé pour l'homme, production particulièrement évidente chez les virus, provoque de plus en plus d'inquiétudes pour le futur. »

(Source : article « épidémies » sur universalis-edu.com)

C’est par une mutation/recombinaison entre deux souches qu’est apparu le virus de la grippe espagnole, toujours selon universalis-edu.com :

« Un article d’avril 2014 montre que le virus de l’épidémie de 1918 est issu d’une recombinaison entre le virus humain saisonnier de l’époque H1N8 et un virus aviaire de type N1, ce qui a produit un virus de type H1N1, assez semblable à celui qui a provoqué un vent de panique en 2009. La violence de l’épidémie de 1918 et l’atteinte surtout de sujets jeunes sont sans doute dues au fait que le virus de type H1 faisait tout juste son apparition alors que les épidémies précédentes de grippe étaient dues à des virus de type H3N8. Il est possible que les populations qui n’avaient jamais été mises en contact avec un virus de type N1 n’aient pas développé de protection immunologique, fût-elle partielle. De plus, une mutation survenue ensuite dans le génome du virus recombinant H1N1 a rendu celui-ci plusieurs milliers de fois plus virulent que le virus H1N1 qui a circulé à partir de 2005. »

Assister à l’émergence d’une nouvelle maladie, c’est donc considérer un moment de son évolution. Il faut encore que la maladie soit identifiée comme telle ! Ce qui n’est pas toujours le cas : rappelons que le HIV, virus « d’origine simiesque », a commencé à sa diffusion chez l’homme dans les années 1920 à Kinshasa (Congo belge à l’époque). Sa diffusion rapide a été favorisée par des changements sociétaux et des politiques d’aménagement :

« "Nos données génétiques nous disent aussi que le virus VIH s'est propagé très rapidement à travers le Congo, d'une superficie équivalente à l'Europe de l'Ouest, se déplaçant avec des personnes par les chemins de fer et les voies d'eau", souligne [Nuno Faria, de l'Université d'Oxford]. Ainsi, le VIH a pu atteindre Mbuji-Mayi et Lubumbashi dans l'extrême Sud et Kisangani dans le Nord entre la fin des années 30 et le début des années 50. Ces migrations ont permis au virus d'établir les premiers foyers secondaires d'infection dans des régions qui disposaient de bons réseaux de communication avec des pays du sud et de l'est de l'Afrique, selon ces chercheurs. »

(voir sciencesetavenir.fr)

Il a pourtant fallu six décennies pour que la maladie, devenue pandémique, soit identifiée et fasse l’objet de recherches ! Et c’est tout le problème : malgré les évolutions de la science, c’est toujours un événement d’une gravité inhabituelle qui attire l’attention des médecins :

« La notion de maladie émergente est récente. Elle traduit à la fois la réapparition de cas de maladies disparues ou devenues peu fréquentes et l'irruption de maladies nouvelles, le plus souvent révélées par une mortalité/morbidité élevée dans les populations atteintes (par exemple, dans le cas du SRAS). Il est probable que l'apparition ou l'identification d'agents infectieux entièrement « nouveaux » – vis-à-vis desquels l'espèce menacée n'a pas d'immunité innée (absence de barrière d'espèce) – restent rares. Ils sont alors révélés par une épidémie circonscrite d'une maladie jusque-là inconnue.

Ainsi, la première fièvre hémorragique humaine gravissime contemporaine, la fièvre de Marburg, fut décrite en 1967 lors de la contamination de scientifiques allemands et yougoslaves, et des médecins qui les soignaient, par un virus porté par un cercopithèque importé d'Ouganda. Depuis lors, on sait que la fièvre de Marburg est endémique au Congo et est due à un virus proche du virus Ebola. Ce dernier est également responsable de poussées épidémiques circonscrites de la maladie du même nom, décelée pour la première fois au Congo en 1976 et dont le taux de mortalité atteint 50 p. 100. Ces deux fièvres n'avaient pas été décrites auparavant. Plusieurs poussées épidémiques de fièvre Ebola ont été mises en évidence depuis lors, toujours limitées au Congo. »

(Source : article « épidémies » sur universalis-edu.com)

Concernant la question de maladies bloquées « au premier stade » comme vous dites, nous vous laissons découvrir le récit de l’épidémie de SRAS de 2002-2003 sur lemonde.fr. La maladie, assez rapidement identifiée, a été sinon « bloquée », du moins « semblant maîtrisée » dans sa diffusion au bout de cinq mois – notons que le « cas zéro » est très justement désigné dans l’article comme « premier patient connu de la pneumonie atypique » - notamment grâce à la souplesse de communication entre scientifiques que permet internet.

Est-on quitte du SRAS pour autant ? Pas sûr, d’après sciencesetavenir.fr : les chauves-souris porteuses de souches à l’origine de l’anthropozoonose présentent « tous les ingrédients […] pour qu'une maladie similaire émerge à nouveau »…

Bonne lecture.
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