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L’ONU, mission non accomplie

par Hazem, le 15/04/2019 à 18:14 - 113 visites

Bonjour,
Malgré ses moyens colossaux l’ONU et après près de 75 ans ne parvient pas à maintenir la paix au monde et le pire être dominée par les Etats- unis!!!
Pourquoi le monde continue son adhésion et sa contribution au profit d’un organisme n’est pas capable de stopper par la force la guerre de Syrie par exemple depuis 2011, avec ses plus de 5 millions de réfugiés et plus de 200 mille victimes et un nombre incalculable de blesses et choques et des conséquences subitent de force par les pays voisins ?
Merci bien.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_soc, le 17/04/2019 à 16:01

Réponse du Département Société

Bonjour,

Vous vous interrogez sur l’efficacité de l’ONU dans le maintien de la paix au regard du budget alloué à cette mission, depuis la création de cette organisation. Votre questionnement n’est pas isolé et un grand nombre de pourfendeurs de l’ONU se sont exprimés à ce sujet, sur les problèmes d’ordre conjoncturels ou structurels (notamment ses dérives bureaucratiques), relevant nombre de défaillances (en particulier face au génocide des Tutsis au Rwanda, l’impuissance de casques bleus sur certains conflits) voire même de scandales (l’Opération Pétrole contre nourriture, la corruption de cadres de l’ONU) qui ont entaché, voire discrédité l’institution.

Nous vous conseillons à ce sujet la lecture du dernier chapitre « Une si commode éclipse » de l’ouvrage Qui veut la mort de l’ONU d’AC Robert et R. Sciora. Cette organisation compte tout autant de défenseurs, comme les auteurs précédemment cités, qui, sans nier ses dysfonctionnements, cherchent à lever le voile sur la chaine de responsabilité de cette instance intergouvernementale. En effet, elle repose sur des états membres à qui il convient donc aussi de demander des comptes. Une partie de la complexité du système résulte notamment d’une accumulation historique de comités intergouvernementaux que les états eux même n’ont jamais voulu rationaliser.

Idées reçues, réalités concrètes, complexité du système et analyses contradictoires des problèmes se télescopent donc rendant difficile un état des lieux objectif de la situation. Maurice Bertrand et Antonio Donini, tous deux auteurs du très bon petit livre de synthèse L’ONU, pointent le « climat d’irréalisme dans lequel vit l’organisation. On y parle avec assurances d’objectifs grandioses mais inaccessibles, et l’on se préoccupe peu qu’ils ne soient jamais atteints. ». Langue de bois, grands principes édictés que de nombreux état ne comptent même pas respecter, résolutions ambitieuses, trop floues et pas réalisables …

Quelles sont les raisons de cet irréalisme ? Ils relèvent plusieurs facteurs : le peu d’intérêt portés par les grandes puissances et les pays développés aux activités économiques et sociales de l’ONU, les problèmes des pays pauvres étant le derniers soucis des gouvernements et de l’opinion publique des pays riches ; l’indifférence des pays développés vis à vis des programmes concernant directement ou indirectement le développement, rarement avoué (d’où la multiplication de déclarations sans fondements) mais se traduisant par le refus d’accorder les ressources financières nécessaires ; le soutien des pays en développement à des résolutions formulant une idéologie de bonne conscience, pour couvrir des pratiques gouvernementales souvent peu démocratiques (p52 et 53).

Sur le plan structurel, les déficits de coordination entre les états membres et les politiques préconisées au niveau de l’ONU peuvent expliquer en partie certains dysfonctionnements.

Sur le plan financier, les pays riches, gros financeurs, utilisent souvent d’une manière que certains qualifieront d’hypocrite, l’arme financière dans le débat idéologique qui les oppose aux pays pauvres. Le refus de payer ou les retards de paiement dans les contributions obligatoires est aussi utilisé comme moyen de chantage pour obtenir de l’organisation le respect de certaines orientations politiques. Aussi, pour les auteurs de l’ouvrage cité ci-dessus, « l’idéologie du coût exagéré de l’ONU a réussi à convaincre l’opinion publique mais elle a été élaboré pour justifier les pratiques ces pays riches et réduire de façon générale les dépenses économiques et sociales de l’ONU or les ressources affectés à l’ONU sont ridiculement faibles au regard des missions ambitieuses qui lui sont confiées » (pour plus de détail lire le chapitre l’ONU économique et social, L’ONU, Repères).
Le site de l’ONU, très documenté, propose une rubrique consacré à son fonctionnement et présente en détail la structure et l’utilisation de son budget qui se réparti en deux volets : un budget de fonctionnement d’un montant de 5,4 milliards de dollars (4,6 milliards d’euros) sur deux ans ; et un pour les opérations de paix, de 6,7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) sur douze mois. L’ONU édite bien sûr chaque année le sprogramme de dépense pour l’année à venir et le rapport financier de l’année écoulée, tous rendus publics sur leur site.
Un article du Monde de juillet 2018 (L’ONU, en manque d’argent, se prépare à faire des économies) nous apprend cependant que les Etats et en particulier les plus gros contributeurs -dont les Etats Unis pour 22% du budget et qui souhaitent réduire cette part- ne respectent pas toujours leurs engagements financiers entrainant un manque de trésorerie de l’organisation préjudiciable à son bon fonctionnement et à la bonne réalisation de ses missions.
Le 26 juillet dernier, le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a averti : « Une organisation telle que la nôtre ne devrait pas avoir à subir des faillites répétées. Mais la plus grande souffrance est sûrement ressentie par ceux que nous servons quand, faute de fonds, nous ne pouvons pas répondre à leur appel à l’aide.»

Sur le plan de la sécurité et du maintien de la paix, de nombreux observateurs critiquent en effet l’action des Casques bleus des Nations unies – 106 338 civils et militaires – répartis dans les 15 missions. On retrouve dans l’organisation les faiblesses de la SDN qui l’a précédé. Fondée sur la prééminence des vainqueurs de 1945, l’ONU assure sa longévité mais ce fonctionnement la déstabilise dès lors qu’il s’agit du renforcement de la sécurité collective. Le fait que « la Chine et l’URSS, deux membres permanents du Conseil de sécurité, ne soient pas des démocraties, brise l’idéal de paix perpétuelle fondé sur le respect des mêmes valeurs et principes » dit Gaïdz Minassian pour le Monde (De la SDN à l’ONU, un héritage exigeant de la guerre 14-18).

L’ONU ne peut jouer en effet qu’un rôle limité, n’étant qu’un instrument parmi tant d’autres aux mains des états membres, particulièrement les plus puissants d’entre eux, et n’a jamais été au centre de la scène internationale. Si les efforts de l’ONU pour établir la paix ou encore pratiquer la diplomatie préventive pour empêcher des conflits ne sont pas contestables depuis la création de l’organisation, il est vrai également que les effets de ces opérations ont été dans la plupart des cas inexistants ou inefficaces, son action se résumant le plus souvent au maintien de la paix après que la force ait imposé l’ordre des vainqueurs d’un conflit. Dans un article pour The Conversation Le maintien de la paix, version ONU : radiographie d’une impuissance, Thierry Vircoulon , Enseignant en sécurité et conflit en Afrique, Sciences Po – USPC, décortique les raisons de l’inefficacité des missions de maintien de la paix tout comme en s’appuyant sur l’exemple de l’intervention de l’ONU en RDC et au Mali. Alexandra Novosseloff, chercheure-associée à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, propose également son analyse à partir d’une observation plus générale des actions de l’ONU en matière de sécurité.

Malgré tout, de nombreuses études ont démontré qu’un pays est moins susceptible de retomber dans la guerre civile après qu’une opération de maintien de la paix l’a aidé à remettre sur pied un certain nombre de ses structures (Maintien de la paix de l’ONU : le chef d’orchestre doit davantage s’impliquer). Un récent rapport du Général Cruz invite à repenser le rôle de l’ONU en matière de sécurité pour une approche plus politique et non un usage tous azimuts de la force, sur une base réaliste, plus modeste. Une approche raisonnable, que détaille Alexandra Novosseloff dans son article, et des défis pour le nouveau secrétaire général.

Pour aller plus loin :

Indispensable ONU, Jean-Marc de La Sablière, Tribune du Monde, Plon, 2017

L’ONU dans le nouveau désordre mondial, sous la direction de Romuald Sciora, Editions de l’Atelier, 2015

Les Etats-Unis et l’ONU, des relations tumultueuses, Chloé Maurel, The Conversation

Chemins d'espérance : ces combats gagnés, parfois perdus mais que nous remporterons ensemble, Jean Ziegler, Ed. du Seuil, 2016
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