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VENINS THERAPEUTIQUES.

par LUDOVICUS, le 22/05/2019 à 17:16 - 1366 visites

S.V.P
Les venins des différents insectes ou reptiles, ont ils des propriétés thérapeutiques , pour certaines affections pathologiques humaines ou animales ?
Mis à part les propriétés antidotes de ces mêmes venins, - pour les serpents ,en particulier-, quels sont les principaux venins prélevés et collectés ,en vue d'une utilisation pharmaceutique ; même si, naturellement, il doit être plus facile à prélever du venin de serpent ,que celui d'un insecte.
Enfin, existe t il en dehors de ces derniers, d'autres animaux qui généreraient également du venin, ou produits semblables, utilisables ou non en médecine ? merci.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_san, le 24/05/2019 à 16:10

Réponse de Cap’Culture Santé :

Bonjour,

Difficile d’être très concis sur un sujet qui fait l’objet de toutes les attentions des chercheurs et des entreprises pharmaceutiques, mais aussi, malheureusement, des charlatans. Nous avons cependant trouvé des informations aux sources fiables (même chez Femme actuelle !) très intéressantes. Par ailleurs, un projet européen, Venomics, terminé en 2017, a permis d’élaborer une base de données de toutes sortes d’espèces venimeuses : des serpents mais aussi des araignées, scorpions, escargots marins, insectes, poissons, anémones et batraciens. Ce projet, que vous trouverez développé à la fin de la réponse, n'est pas accessible en intégralité, mais c'est le reflet des recherches en cours et des applications thérapeutiques possibles.

Tout d'abord, commençons avec un peu de "grande" vulgarisation avec un article de femmeactuelle.fr.

Un peu plus complet, un article du site Universalis sur les venins en recherche biologique et médicale évoque un bref historique des pistes thérapeutiques et l''actualité de la recherche. (Le site Universalis est disponible gratuitement dans les bibliothèques de Lyon ou à distance avec votre carte d’abonné de la bibliothèque de Lyon)


Citer:
La spécificité et le nombre élevé des molécules entrant dans la composition du venin et leur puissante activité ont été à la base de nombreuses recherches en immunologie, hématologie et neurologie.

Exemples : Animal => mode d’action => mécanisme découvert

- Méduse => libération de médiateurs de l’inflammation => anaphylaxie et allergie
- Cobra => activation du complément => rôle de l’inflammation dans la défense immunitaire
- Cobra => dégradation des phospholipides libres et membranaires => hémolyse, physiologie de la membrane cellulaire, biochimie des phospholipides et leur rôle dans la coagulation sanguine
- Crotale => activation de la bradykinine (médiateur de l’inflammation) => réaction inflammatoire (vasodilatation, douleur, œdème, hypotension)
- Crotale => inhibition de l’angiotensine II (régulateur de la pression artérielle) => hypertension artérielle d’origine rénale
- Mambas, poissons, batraciens, arachnides, cônes => fixation spécifique de toxines ou d’alcaloïdes sur de nombreux récepteurs de cellules nerveuses périphériques ou centrales => fonctionnement et rôle de ces neurorécepteurs dans des conditions physiologiques ou pathologiques : étiologie de plusieurs maladies nerveuses
- Etc

Réaction inflammatoire :

L'étude des phospholipases des venins et de leurs effets permet au Brésilien Mauricio Rocha e Silva de découvrir, en 1949, la bradykinine, substance libérée dans l'organisme lors d'une envenimation par morsure de crotale. Cette molécule présente dans toute réaction inflammatoire est fortement hypotensive, propriété qui a été à l'origine de la mise au point de la plus importante famille d'hypotenseurs utilisée depuis la fin des années 1970 en thérapeutique, celle des inhibiteurs de l'enzyme de conversion dont le chef de file est le captopril (mis au point en 1977).

Perturbations de l’hémostase :

Les intégrines sont des protéines présentes dans la membrane cellulaire qui favorisent l'adhésion des cellules entre elles pour constituer le tissu de base d'un organe. Elles permettent aussi l'adhésion des plaquettes sanguines initiant la formation d'un caillot sanguin. Dans les venins de vipéridés, il existe des désintégrines qui inhibent donc l'adhésion cellulaire. Ces molécules peuvent être mises à profit dans certaines pathologies thrombo-emboliques liées à un excès d'adhésion plaquettaire. Par exemple, l'échistatine du venin de la petite vipère paléotropicale Echis carinatus est proposé sous le nom d'aggrastat (Tirofiban⌖) dans la prévention des thromboses des coronaropathies. L'utilisation des désintégrines dans le traitement de l'inflammation, de la reperméabilisation d'un vaisseau sanguin après une thrombose ou de certaines métastases cancéreuses est actuellement à l'étude. Les désintégrines sont aussi utilisées comme outil diagnostique et, depuis peu, dans le traitement de certaines perturbations de l'hémostase. Elles peuvent se substituer aux facteurs physiologiques de la coagulation sanguine dont l'absence ou l'altération congénitale (hémophilies) ou acquise (intoxications, pathologies du foie, de la moelle osseuse, athérome) provoquent des saignements ou des thromboses. D'autres modulateurs de l'agrégation plaquettaire se trouvent dans les venins de vipéridés. La lébécétine du venin de la vipère nord-africaine et proche-orientale Macrovipera lebetina est une lectine de type C. Elle fait l'objet de recherches expérimentales dans la prévention des métastases des mélanomes cutanés, métastases qui font toute la gravité de ce type de cancer dont la fréquence est en nette augmentation depuis quelques années.
Problèmes musculaires :

Les neurotoxines seront plus particulièrement utilisées au cours des recherches moléculaires sur le fonctionnement de la transmission nerveuse, en particulier à la jonction neuromusculaire. En 1970, Jean-Pierre Changeux fut l'un des premiers à fixer l'alpha-bungarotoxine, une des substances contenues dans le venin du bongare indien, sur le récepteur cholinergique de l'électroplaque du poisson torpille : la voie était ouverte pour l'analyse moléculaire du fonctionnement de la synapse neuro-musculaire au cours de la conduction de l'influx nerveux et de la contraction musculaire, en même temps que de ses dysfonctionnements comme dans le cas des myasthénies (graves affections musculaires qui se traduisent par une insuffisance des contractions conduisant progressivement à la paralysie complète).

Problèmes neurologiques :

De nombreuses pathologies associées à une atteinte des récepteurs de nombreux neuromédiateurs différents (maladie de Parkinson, maladie d'Alzheimer, schizophrénies, névralgies) peuvent désormais être explorées grâce aux neurotoxines. Les toxines de venins de mambas ou de scorpions montrent la disparition progressive de certains récepteurs des canaux potassium au cours de la sénescence, et leur réduction précoce et significative dans la maladie d'Alzheimer, ce qui offre sans doute de nouvelles perspectives diagnostiques et thérapeutiques.
De récentes recherches cliniques utilisent d'autres neurotoxines (venins de cônes, d'araignées) comme analgésiques ou comme anticonvulsivants. Certaines toxines de venins de cônes inhibent les flux calciques transmembranaires des neurones sensoriels de la moelle épinière, induisant ainsi une analgésie durable. Leur avantage sur les morphiniques, outre une plus grande efficacité, est l'absence d'accoutumance et d'effets indésirables sur la conscience et l'éveil. Les neurotoxines paralysantes comme l'oméga-conotoxineg ont été proposées dans le traitement d'épilepsies rebelles. L'inconvénient de ces toxines en thérapeutique vient de leur nature protéique et donc de leur caractère immunogène.


Une conférence de 2016 de Denis Servent, chercheur au CEA, en replay sur le site du CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) : Toxiques et venins : menace ou opportunité thérapeutique ?


Un article sur les Venins animaux dans la recherche biologique de Jean-Philippe Chippaux, chercheur en santé publique, de 2004.

Pour aller plus loin, la thèse pour un doctorat en pharmacie d’Alexandrine PERRIMOND de janvier 2019, aborde des détails plus pointus sur Le serpent, son venin et ses applications thérapeutiques.

Citer:
Composition des venins de serpents

Connaître la composition des venins est une étape essentielle pour parvenir à un médicament. La caractérisation des composants des venins de serpents permet l'étude des processus physiopathologiques d’envenimation et une meilleure compréhension de leurs effets biologiques. Les venins de serpents sont des fluides biologiques d’une très grande complexité moléculaire, affectant l’organisme envenimé de façon très variée. Ce ne sont pas des substances chimiquement homogènes, mais des mélanges de diverses substances exerçant dans leur ensemble des effets toxiques. Le venin de serpent desséché ou «résidu sec» se compose de plusieurs centaines de molécules. La grande majorité sont des peptides et protéines qui peuvent représenter jusqu’à 90% de la masse sèche du venin.

Parmi tous les composants biologiques du venin, ce sont les peptides et protéines, majoritaires, qui présentent un plus grand intérêt pour la recherche. Ils ont donc été les plus étudiés d’un point de vue à la fois structural et fonctionnel.

On peut distinguer 2 ensembles :

- Les enzymes (surtout des protéines), dont la toxicité aiguë est généralement faible.

- Les toxines (généralement des peptides), dont le rôle pharmacologique est le mieux connu. Responsables de l’essentiel de la toxicité des venins.

Applications thérapeutiques

Les traitements à base de venin de serpent ont longtemps appartenu aux registres folkloriques ou mystiques. D'abord sous-estimé, on sait aujourd’hui que l’abondance et la diversité des venins représentent un potentiel pharmacologique énorme pour le développement de nouveaux médicaments. Ainsi les toxines ophidiennes sont aujourd’hui étudiées pour leur potentiel biotechnologique et biomédical. En raison de leurs
fonctions pharmacologiques très diversifiées, couplées à une forte spécificité de cible, les toxines ophidiennes suscitent un très grand intérêt des chercheurs pour le développement de nouveaux agents thérapeutiques de diverses pathologies telles que les troubles cardio-vasculaire, l’hypertension artérielle, le cancer, la douleur, les troubles hématologiques, les maladies nerveuses, les maladies inflammatoires (arthrite), les maladies infectieuses, etc.

De nombreuses toxines sont en cours d’études et développées dans la mise au point de nouveaux médicaments pour le traitement de nombreuses affections :

- Applications cardiovasculaires, notamment le traitement de la pression artérielle - page 212
- Applications de l’hémostase : troubles de la coagulation et troubles de l’hémostase (coagulation) - page 235
- Applications oncologiques (cancer) – page 319
- Applications neurologiques (cerveau) – page 361
- Applications antalgiques et analgésiques (douleur) – page 384



Quant aux abeilles, l’usage de leur venin est encore controversé d’après un article de 2011 des annales de toxicologie analytique et d’après un article récent de France info de 2018.


Pour en revenir sur le projet Venomics terminé en 2017 d'après un article du CEA. Et accessible, en partie, en ligne sur le site la Commission européenne.

Citer:
Le prélèvement des venins de différentes espèces comme les serpents et les insectes a été effectué dans le cadre d’un projet de recherche européen "Venomics", consacré à l'intérêt thérapeutique des venins d'animaux. Un article du CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) précise que « chaque venin des 170.000 espèces venimeuses est un cocktail extrêmement complexe de plusieurs centaines de mini-protéines. Sur ces quelque 40 millions de toxines, seules 5000 sont connues. La compréhension de la toxicité de certains venins a permis d'identifier des toxines capables d'agir sur l'interface nerf-muscle, la coagulation du sang ou encore le système nerveux. De nombreuses toxines, non toxiques à faibles doses, peuvent être développées comme candidats thérapeutiques.

Si la transcriptomiqueet la protéomique permettent d'identifier les séquences des toxines présentes dans les venins, elles n'apportent aucune information sur leur activité biologique. Pour les tester, il a donc été nécessaire de reproduire ces toxines de manière synthétique. Ainsi a été créée une banque de 3616 toxines naturelles, une première mondiale ! »


En vous souhaitant bonne lecture et bon visionnage !

Cordialement,

L’équipe Cap’Culture Santé.
Retrouvez nous sur Image & sur le magazine L’influx
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