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Symbolique des couleurs

par Joachix, le 10/06/2019 à 10:49 - 205 visites

Bonjour.

Je viens de faire un quizz de culture générale / religieuse et je viens d’y apprendre dans les réponses que le jaune des catherinettes représentait la foi et que le vert y représentait la connaissance.

Que représentent les autres principales couleurs ?

A quand remonte l’etablissement de ces symboliques ?

Cordialement.


Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 12/06/2019 à 11:20

Bonjour,

Les significations données aux couleurs dans votre quizz nous laissent perplexes. En effet, il est assez fréquent que le Guichet du savoir ait à travailler sur la symbolique des couleurs, et, selon une précédente réponse, il apparaît que le jaune et le vert ont depuis des siècles une très mauvaise réputation en occident :

« Le jaune aussi a fort mauvaise réputation, si on s’en réfère à l’article « Le jaune : tous les attributs de l'infamie ! » sur L’express :

« Le jaune est assurément la couleur la moins aimée, celle que l'on n'ose pas trop montrer et qui, parfois, fait honte. Qu'a-t-elle donc fait de si terrible pour mériter une telle réputation?

Elle n'a pas toujours eu une mauvaise image. Dans l'Antiquité, on appréciait plutôt le jaune. Les Romaines, par exemple, ne dédaignaient pas de porter des vêtements de cette couleur lors des cérémonies et des mariages. Dans les cultures non européennes - en Asie, en Amérique du Sud - le jaune a toujours été valorisé: en Chine, il fut longtemps la couleur réservée à l'empereur, et il occupe toujours une place importante dans la vie quotidienne asiatique, associé au pouvoir, à la richesse, à la sagesse. Mais, c'est vrai, en Occident, le jaune est la couleur que l'on apprécie le moins: dans l'ordre des préférences, il est cité en dernier rang (après le bleu, le vert, le rouge, le blanc et le noir).

Sait-on d'où vient cette désaffection?

Il faut remonter pour cela au Moyen Age. La principale raison de ce désamour est due à la concurrence déloyale de l'or: au fil des temps, c'est en effet la couleur dorée qui a absorbé les symboles positifs du jaune, tout ce qui évoque le soleil, la lumière, la chaleur, et par extension la vie, l'énergie, la joie, la puissance. L'or est vu comme la couleur qui luit, brille, éclaire, réchauffe. Le jaune, lui, dépossédé de sa part positive, est devenu une couleur éteinte, mate, triste, celle qui rappelle l'automne, le déclin, la maladie? Mais, pis, il s'est vu transformé en symbole de la trahison, de la tromperie, du mensonge? Contrairement aux autres couleurs de base, qui ont toutes un double symbolisme, le jaune est la seule à n'en avoir gardé que l'aspect négatif.

Comment ce caractère négatif s'est-il manifesté ?

On le voit très bien dans l'imagerie médiévale, où les personnages dévalorisés sont souvent affublés de vêtements jaunes. Dans les romans, les chevaliers félons, comme Ganelon, sont décrits habillés de jaune. Regardez les tableaux qui, en Angleterre, en Allemagne, puis dans toute l'Europe occidentale, représentent Judas. Au fil des temps, cette figure cumule les attributs infamants: on le dépeint d'abord avec les cheveux roux, puis, à partir du XIIe siècle, on le représente avec une robe jaune et, pour parachever le tout, on le fait gaucher! Pourtant, aucun texte évangélique ne nous décrit la couleur de ses cheveux ni celle de sa robe. Il s'agit là d'une pure construction de la culture médiévale. Des textes de cette époque le disent d'ailleurs clairement: le jaune est la couleur des traîtres! L'un d'eux relate comment on a peint en jaune la maison d'un faux-monnayeur et comment il a été condamné à revêtir des habits jaunes pour être conduit au bûcher. Cette idée de l'infamie a traversé les siècles. Au XIXe, les maris trompés étaient encore caricaturés en costume jaune ou affublés d'une cravate jaune.


[…]

Mais pas dans la vie quotidienne, ni dans les goûts des Occidentaux. Le jaune infamant est toujours là, dans notre vocabulaire en tout cas: on dit qu'un briseur de grève est un «jaune». On dit aussi «rire jaune».
L'expression française «jaune» pour désigner un traître remonte au XVe siècle, et elle reprend la symbolique médiévale. Quant au «rire jaune», il est lié au safran, réputé provoquer une sorte de folie qui déclenche un rire incontrôlable. Les mots ont une vie très longue, qu'on ne peut éliminer. Qu'on le veuille ou non, le jaune reste la couleur de la maladie: on a encore le «teint jaune», surtout en France, où l'on connaît bien les maladies du foie
».

Voir aussi sur ce sujet le champ sémantique du mot jaune sur upm.ro.

[…]

Qu’on pense seulement au sort du vert :

« certaines époques l'adorent, d'autres le haïssent. Selon les enquêtes d'opinion, aujourd'hui, presque autant de personnes ont le vert pour couleur préférée (15 %) que pour couleur détestée, censée porter malheur. Les comédiens refusent toujours de la porter sur scène. Une vieille superstition : au Moyen Age, le vert-de-gris, pigment utilisé par les peintres, était aussi un poison…

[…]

Le vert, c'est la couleur de Satan, du diable, des ennemis de la chrétienté, des êtres étranges : fées, sorcières, lutins, génies des bois et des eaux. Les super-héros et les Martiens, grands et petits hommes verts de la science-fiction, s'inscrivent dans cet héritage culturel, où le vert joue le rôle de l'ailleurs, de l'étrangeté, du fantastique. Pourquoi ? Parce que c'est une couleur instable, rebelle, très difficile à fixer chimiquement. Avec le vert, le rapport entre chimique et symbolique se révèle passionnant. […] Du point de vue philosophique et anthropologique, la chance et la malchance vont ensemble, la roue de la fortune tourne. Par excellence, le vert est la couleur de l'indécision, le visage du destin ; sa symbolique la plus forte, c'est une partie en train de se jouer : pelouses des terrains de sport, tapis des joueurs de cartes, tables de ping-pong, tapis verts des conseils d'administration où se décide l'avenir d'une entreprise. Le vert incarnait la chance, donc la fortune et l'argent, bien avant l'apparition du dollar.

[…]

Longtemps vu comme maléfique, le vert a été revalorisé par nos sociétés contemporaines, jusqu'à incarner la liberté. On lui a donné le feu vert, et même confié une mission de taille : sauver la planète ! C'est devenu une idéologie : l'écologie – après le rouge, symbole du communisme. Plusieurs étapes historiques ont inventé le vert comme couleur médicale, sanitaire, apaisante, couleur de la nature, de l'hygiène, du bio.

Avec le romantisme, d'abord, à la fin du XVIIIe siècle, la nature devient verte, exclusivement synonyme de végétation, alors qu'elle portait avant les couleurs des quatre éléments, l'eau, la terre, le feu et l'air. Au XIXe siècle, ensuite, avec les deux révolutions industrielles, on sent qu'on manque de verdure : la nature fait son entrée dans la ville. Le mouvement commence en Angleterre à l'époque victorienne : on construit des parcs et des jardins, espaces verts, allées vertes, coulées vertes, etc.
D'anglais, le phénomène devient européen, puis américain. On envoie les gens se mettre au vert à la campagne – voyez encore aujourd'hui, les classes vertes. Il y a un besoin de couleur verte pour les yeux et de chlorophylle pour les poumons. C'est devenu plus politique depuis que des partis, en France, en Allemagne et ailleurs, se sont nommés « les Verts ».
»

(Michel Pastoureau, in telerama.fr) »

Pas de trace donc d’un jaune symbolisant la foi et d’un vert symbolisant la connaissance ; les (rares) sources sur les catherinettes sont d’ailleurs contradictoires à ce sujet : pour le blog superprof.fr par exemple, « Le vert symbolise la jeunesse et l’espérance de trouver un mari, et le jaune symbolise la foi et le temps qui passe. » Un article du Figaro, revenant sur l’origine du culte de Sainte Catherine et rappelle que la dichotomie jaune/vert n’a pas toujours été la règle :

« Son culte se propagea ainsi avec les Croisades et se répandit alors sur tout l'Occident durant l'ère médiévale. Durant cette période, Sainte Catherine fut représentée avec une auréole tricolore: le blanc symbolisant la virginité, le rouge pour le sang et son statut de martyre et le vert comme image d'espoir et de sagesse. »

Un reportage de France 3 région définit quant à lui les couleurs en tant que « vert comme l’espoir et jaune comme la sagesse »

Pour Anne Monjaret dans son article « La fête de la Sainte-Catherine a Paris dans les Années folles vue à travers la presse » (sur openlibhums.org),
le vert et le jaune sont « couleurs de la sainte » sans plus d’explications. Elle donne cependant de précieuses indications historiques :

« La Sainte-Catherine, célébrée le 25 novembre, et ce depuis le Moyen-Age, se définit comme la fête des filles a marier et des vieilles filles, celles dont on dit qu'elles "coiffent sainte Catherine". De nombreux cultes, aux vertus propitiatoires, s'observent, a cette occasion, sur le territoire français. Ainsi, les jeunes filles se rendaient dans les églises pour coiffer d'une couronne la statue de leur sainte patronne. A Paris à la fin du XIXe siècle, les milieux professionnels féminins, et en particulier de la mode, adoptent tout naturellement sainte Catherine comme patronne. Chaque année, c'est l'ensemble des ouvrières de l'aiguille, encore appelées "midinettes", qui fêtent la Sainte-Catherine. Les "catherinettes", célibataires âgées de 25 ans, reçoivent ce jour-là un chapeau vert et jaune, couleurs de la sainte.

Dans les années 1920, la fête connait une expansion considérable. Période de profondes transformations politique, économique, sociale, mais aussi artistique, cette décennie se caractérise par l'euphorie générale qui conduisit à qualifier cette période "d'Années folles". L’élite culturelle, artistes et écrivains, se retrouve à Paris comme pour mieux stimuler ce temps de la créativité et des audaces. La communication de masse (presse, radio, cinéma, publicité) se développe et joue un important rôle dans les changements sociaux et culturels qui s'opèrent à ce moment-là. Etudiants (Quat'z art), couturières ( Sainte-Catherine) et employées (Fête des dactylos en 1925, Bal des catherinettes dactylographes en 1926) et autres corps professionnels, tous, en ce lendemain de guerre, semblent avoir besoin de se réunir, de se divertir. Aussi, les fêtes, les bals et les manifestations sportives se multiplient. La musique par de nouveaux rythmes (Fox-trot, Charleston) pousse à la fête. La fête vient comme pour faire la séparation entre deux temps, celui de guerre et celui du recommencement. Après une rude période, la décompression s'amorce qui poussée à l'extrême prend les formes non seulement d'un divertissement, mais également d'un débordement. La mise en place d'un ordre institutionnel canalise progressivement le désordre collectif. La Sainte Catherine n'échappe pas à ce mouvement. Après les années 1925, elle sera encadrée par différentes instances, ecclésiastique ou policière. »

Pèlerinage religieux devenu fête conviviale des ouvrières avec les Années folles, la Sainte Catherine, en tant que pratique sociale, a donc pris, au cours des époques, les significations que les consciences du temps voulaient leur accorder… sans doute est-ce aussi le cas pour ses couleurs emblématiques.

Bonne journée.
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