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Où commence le nord de la france

par MisterBlue, le 11/06/2019 à 15:12 - 236 visites

Bonjour,
avec quelques bibliothécaires, on se pose sérieusement la question de ..
Où commence, en France, à quelle hauteur, distance, commence le nord de la France ?

Voilà voilà :-)

Bien à vous et bonne semaine
Benoit

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 12/06/2019 à 15:50

Bonjour,

Voici une question qui amène une réponse riche en nuances ! Commençons par la définition du Nord telle qu’on la trouve dans le Cnrtl :

« C. − [Avec majuscule de nos jours; gén. employé seul, parfois suivi d'un adj. indiquant une aire géographique déterminée] Partie septentrionale du monde, d'un ensemble géographique, d'un pays. […]

Région septentrionale de la France, comprenant en particulier les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Un homme du Nord; les gens du Nord. Pour savoir où s'établir, ils passèrent en revue toutes les provinces. Le Nord était fertile, mais trop froid (Flaub.,Bouvard,t.1, 1880, p.14).

SYNT. Climat, région, houillères, plaines du Nord; dans le Nord; partir pour le Nord; la Compagnie (du Chemin de fer) du Nord; la gare du Nord.
− P. méton. Ensemble des habitants correspondants. Dès le moment où Simon de Montfort et ses croisés se mirent en marche, l'affaire changea d'aspect. Elle devint la lutte du Nord contre la féodalité du Midi et la dynastie toulousaine (Bainville,Hist. Fr.,t.1, 1924, p.67). »

Si on s’en tient à une définition administrative, le nord de la France correspond aujourd'hui à la région Hauts-de-France, résultant de la fusion des régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie en 2016. Dans ses limites géographiques sont la Belgique au nord, l’Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine à l’est, l’Île-de-France au sud et la Normandie à l’ouest. Voir la carte disponible sur la page consacrée à la région sur prefectures-regions.gouv.fr, page où il est précisé :

« La région fait la jonction entre l'Île-de-France et la Belgique via un réseau routier et ferré (notamment la LGV Nord), mais aussi avec l'Angleterre via le tunnel sous la Manche et des ports tel que celui de Calais. Située au cœur du triangle Paris-Bruxelles-Londres et de l’Europe du Nord, la région est ainsi un carrefour stratégique de flux et d’échanges, bénéficiant d’un réseau de transports et d’infrastructures exceptionnels (2 aéroports Lille-lesquin et Beauvais-Tillé).

Elle dispose de 500 km de frontières (330 points de passages pour la seule frontière belge) et d'une façade maritime de 180 km à fort potentiel (avec trois ports leaders dans leurs domaines - Projet Calais Port 2015).

Légèrement plus grande que la Belgique, elle est également limitrophe de la Normandie et de l'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. »

Ces frontières administratives ne correspondent à aucune « frontière » géologique, puisque « Partie intégrante du Bassin parisien septentrional et de son prolongement dans les Flandres, les Hauts-de-France développent un relief de plaines, de grandes vallées, de bas plateaux sédimentaires (craire, marne, argile) et de collines à reliefs très modéré en Artois […]. Sans que cela ne constitue ni une région historique, ni une région naturelle, le territoire est une zone de passage très importante, essentiellement selon un axe méridien joignant la conurbation lilloise à la métropole parisienne. »

(Source : Les nouvelles régions françaises [Livre] / Vincent Adoumé,... Christian Daudel,... Jean-Michel Escarras,... ; sous la direction de Vincent Adoumié)

D’après la même source, ce sont d’abord des conceptions identitaires qui marquent la région – populations fortement attachées à leur identité de Picards et de Ch’tis –, ainsi qu’une histoire économique ayant façonné le paysage – mémoire ouvrière de l’ancien Nord-Pas-de-Calais, forte activité agricole et industrielle agroalimentaire (betterave à sucre, pomme de terre) pour la Picardie.

Ce nord, très circonscrit, s’inscrit historiquement dans un autre Nord, plus mouvant, qui, à partir du IXesiècle, participa d’une dichotomie nord-sud à la fois linguistique et culturelle :

« Le traité de Verdun fondait en un seul royaume, sur une bande méridienne, les territoires en deçà et au-delà de la Loire. Deux peuples, deux cultures, deux civilisations s’y juxtaposaient.

Midi et Nord

Au sud, aux substrats autochtones s’étaient mêlées les strates grecques, romaines, wisigothiques et arabes. Le christianisme s’y était diffusé sous ses deux versants du catholicisme et de l’arianisme. Régions précocement et fortement urbanisées, où les communes, nombreuses, ont pu susciter une vie politique en partie affranchie de l’autorité du suzerain. Les libertés locales, urbaines comme villageoises et le maintien de la propriété individuelle (les alleux) ont enrayé la poussée du féodalisme. Si au nord, en pays d’oïl, on dit « nulle terre sans seigneur », au sud, en pays d’oc, on affirme « nul seigneur sans titre ». Il s’agit en effet de terres de droit écrit où la coutume est imprégnée du droit romain de l’empire d’Orient ; […]

« La ligne de démarcation, qui correspond dans l’ensemble à celle qui sépare les pays de langue d’oïl et ceux de langue d’oc, part de l’île d’Oléron, passe au nord de la Saintonge et du Limousin, coupe l’Auvergne dont la majeure partie est coutumière, remonte vers le nord pour laisser dans les pays de droit écrit le Lyonnais, le Mâconnais, la Bresse et le Bugey et aboutit à la frontière actuelle à la hauteur du lac Léman » (Timbal, 1961) […].

Quoi qu’il en soit, au nord de la Loire, au substratum celtique superficiellement romanisé, ne s’est ajoutée que l’empreinte franque. Ici le droit coutumier triomphe du droit écrit, les influences communautaires marquent fortement le droit matrimonial, familial et successoral. C’est au nord que le système féodal s’est développé, « les fiefs couvrent toute la terre et se transmettent à peu près entiers de génération à génération. Ils sont aux mains d’hommes appartenant à une classe sociale bien définie, celle des nobles qui s’exprime et se ferme par l’institution de la chevalerie. Ces nobles vivent dans des châteaux, loin des villes et des bourgeois avec qui ils n’ont pas de rapports ; leur activité est tout entière militaire […] ». »

(Source : Géohistoire de la régionalisation en France [Livre] : l'horizon régional / Jean-Marie Miossec ; préface de Jean-François Mattéi)

C’est ce nord qui a modelé l’image parfois caricaturale que l’on a du Moyen Âge, tout de châteaux forts et de liens de féodalité. Mais il en est d’autres possibles : l’article de Jean-René Trochet, « Limites ethnographiques traditionnelles dans le Centre-Ouest Pays, langues et systèmes agraires » (consultable sur openedition.org) présente une série de carte définissant plusieurs « nords » définis à travers les âges par la langue, la technique d’assolement, le peuplement par les tribus celtes avant la colonisation romaine… à territoires différents, frontières variées ! On trouve même sur le web des cartes définissant le clivage nord-sud par rapport au débat entre « pain au chocolat » et « chocolatine ».

Bref, le nord n’est parfois qu’une question de point de vue, comme nous le rappelle une scène mythique de Michel Galabru dans Bienvenue chez les Ch’tis :



Bonne journée.
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