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Schéma d'évolution des civilisations

par rydder, le 23/06/2019 à 23:24 - 878 visites

Bonjour le guichet,
Obélisque (Egypte), mehnir et autres mégalithes (Bretagne), moaï (ile de Pâques), tiki (Polynésie) ...
Ou encore Chichen Itza (Mexique) et les pyramides de Gizeh (Egypte) ...
Je ne sais pas si c'est moi qui cherche les analogies (je ne sais plus d'ailleurs comment on appelle le fait de chercher comme ça dans l'Histoire des analogies sans rapport évident) incongrues, mais j'ai l'impression que dans des civilisations apparemment éloignées (géographiquement) on retrouve le même genre d'édifice et la volonté d'édifier des constructions hautes vers le ciel.

Sait-on si les civilisations en question ont pu être en contact (je crois que ce n'est possible qu'entre la polynésie et l'île de Pâques) ?

Et sinon a-t-on identifier des constantes dans l'évolution des civilisations, dans le domaine de la construction (de culte ?) mais pas seulement ?

Est-ce que le modèle chasseur-cueuilleur, domestication, elevage, développement de l'écriture, du culte etc. (modèle de base de chaque civilisation dans des jeux comme Civilization) est-il commun aux civilisations ?

Je précise qu'avant de poser cette question, j'ai déjà lu vos réponses sur les civilisations agnostiques et la religion dans les civilisations, sur l'évolution de construction des ponts et lu le "Effondrement" de Jared Diamond.

Le mot civilisation est pris dans son sens large dans ma (mes) question(s).

Cordialement,
Rydder

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 26/06/2019 à 15:31

Bonjour

Vous relevez des dimensions similaires dans les productions de groupes humains très éloignés, tant d’un point de vue géographique et culturel que chronologique. Si certaines des cultures que vous évoquez ont pu être en contact les unes avec les autres, il parait néanmoins peu probable qu’elles se soient toutes influencées.

-En effet, Les premiers menhirs et autres mégalithes répertoriés en Europe occidentale sont le plus souvent datés du Ve millénaire avant notre ère. Pour en apprendre plus à leur sujet, vous pourrez par exemple consulter Bâtisseurs du Néolithique : mégalithismes de la France de l'Ouest, par Luc Laporte et Charles-Tanguy Le Roux.

-Les Pyramides de Gizeh ont été élevées au cours de la IVe Dynastie, soit entre environ 2600 et 2500 avant notre ère.
-Un grand nombre d’obélisques ont été édifiés en Egypte, sur une période très longue, qui s’étend d’environ 2600 avant notre ère (L’obélisque de Pepi Ier à Héliopolis), jusqu’au deuxième siècle et les obélisques des souverains lagides.
La fantastique histoire des bâtisseurs de pyramides, de Zahi Hawass, vous apportera nombre d’informations sur le site de Gizeh et ses célèbres pyramides.
Le très pointu Chronique de l’Égypte ancienne : les pharaons, leur règne, leurs contemporains, de Michel Dessoudeix constitue quant à lui une chronologie très complète des règnes des différents souverains Égyptiens, qui vous permettra de vous repérer dans les 3000ans d’histoire de l’Égypte pharaonique.

-L’apogée de la cité de Chichen Itza s’étend entre environ 950 et 1250 de notre ère.Le catalogue Mayas : révélation d'un temps sans fin vous présentera les différents aspects de la culture Maya, ainsi que des cartes et une chronologie qui vous permettrons de mieux situer les différentes périodes de cette civilisation dont les prémisses remontent au moins au IIe millénaire avant notre ère.

-Les origines du « tiki » marquisien sont assez obscures. Dans le catalogue de l’exposition « Tiki » présentée au Musée de Tahiti et des îles, le spécialiste du Pacifique Serge Dunis fait remonter les principaux motifs de cette culture aux jades Chinois de la période liangchu, entre 3300 et 2200 avant notre ère. Mais les grandes statues les plus anciennes qui soient conservées datent du milieu du XIXe siècle.
-Enfin, les célèbres moaï auraient été sculptés, selon les sources, sur une période comprise entre les Xe et XVIe siècles. Les connaissances actuelles semblent en effet indiquer que les habitants de l’île de Pacques seraient originaires de Polynésie, ce qui semble accréditer l’idée de liens entre les éléments culturels. L'île de Pâques : les mystères des géants de pierre, de Cristina Sirigatti, ou le catalogue d’exposition L’île de Pâques vous apporteront des éléments d’information sur la civilisation à l’origine des fameuses statues.

Concernant votre question sur l’existence de constantes dans le développement des civilisations, si ce modèle a été défendu au cours du XIXe siècle par les auteurs évolutionnistes, les données ethnographiques ont très largement discrédité cette idée depuis. Il semble bel et bien que chaque société soit spécifique, construite par son histoire, son milieu, ses contacts avec d’autres cultures, sans qu’il n’y ait de « passage obligé », ou de « sens de l’histoire ». Les livres Une Histoire de l’anthropologie, Écoles, auteurs, théories, de Robert Deliège, ou Une Brève histoire de l’anthropologie, de Florence Weber, vous donneront une vision globale de l’évolution de la pensée anthropologique, ses théories et questionnements.


Cordialement,

Le département civilisation

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 26/06/2019 à 17:36

Bonjour,

Votre troisième question pose l’hypothèse d’une structure commune, d’un schéma identique aux différentes « civilisations » ou sociétés humaines. Cette conception du passage de l’état de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur, domestiquant plantes et animaux, entraînant une société d’abondance où il deviendrait indispensable d’inventer un outil, l’écriture, pour gérer les stocks et dominer les individus etc. a été, on l’a vu, contestée.

Ce qu’on a appelé Révolution néolithique ou néolithisation a donné lieu à plusieurs hypothèses concernant la présence de ce phénomène dans différentes parties du monde ou sa diffusion à partir d’un point origine :
« Le Proche-Orient, notamment le Levant, est l'aire où la néolithisation est la mieux connue. (…)
La domestication des chèvres débute vers 8000 av. J.-C. et se poursuit par celle des moutons, bovins, porcs (…)
En Chine du Sud, on constate que la domestication du porc et la céramique sont présentes avant toute agriculture. (…)
Le modèle de la vague d'avancée formulé par Luigi Cavalli-Sforza et Albert Ammerman est fondé sur l'expansion démographique des agriculteurs-éleveurs ; il propose un mouvement régulier et lent de conquêtes de nouvelles terres qui progresserait d'environ 20 kilomètres par génération. L'existence d'un décalage chronologique important entre le début du Néolithique en Europe du Sud-Est que l'on place vers 7000 av. J.-C. et son apparition vers — 4500 sur les rivages de l'Atlantique est indéniable, mais il est évident que, dans le détail, ce modèle de propagation est trop mécaniste. La propagation du Néolithique s'est produite en réalité par paliers dans le cadre de systèmes culturels qui se sont largement élaborés eux-mêmes et ont eu leur propre dynamique.
»

Déjà en 1982 Jean-Paul Demoule dans un article de la revue Le débat, Le néolithique, une révolution ? revisitait quelques idées reçues :
« On considère communément que, lorsque, de chasseur-cueilleur, l’homme devint agriculteur-éleveur, s’établit une rupture décisive et irréversible dans l’histoire des sociétés. L’archéologue Gordon Childe appela cette rupture, en 1936, la révolution néolithique. Le terme n’était pas indifférent. Childe, conduit à quitter son pays, l’Australie, pour ses opinions politiques, est considéré comme le premier archéologue marxiste. D’une part, il devait montrer que derrière les classifications technologiques des étapes de l’humanité : Âge de la Pierre, divisé en Pierre ancienne (paléolithique) ou taillée et Pierre nouvelle (néolithique) ou polie, Âge du Bronze, Âge du Fer, existaient des formes économiques distinctes ; que derrière paléo et néolithique, il y avait une opposition bien plus essentielle entre ce qu’il appela la prédation alimentaire (food-gathering) et la production alimentaire (food-producing). D’autre part, le terme de « révolution » par analogie avec la « révolution industrielle » (ou avec la Révolution tout court), montrait clairement en oeuvre l’idée d’un homme créateur de l’histoire et transformateur de la nature, alors que l’archéologie préhistorique, de Thomsen à Montelius, s’était jusque-là cantonnée dans une approche descriptive et classificatoire des artefacts. »

(…)
Avec l’agriculture, avec Caïn l’agriculteur maudit, apparaît le travail et la peine, un mythe qui, on le sait, et certains ethnologues aidant, vient de reprendre une toute nouvelle vigueur. L’idée que l’histoire de l’humanité est à diviser en une série de stades successifs n’était pas nouvelle non plus. Lorsque la science occidentale, prenant son essor au Siècle des Lumières, commence par ranger ses nouveaux objets d’étude en classes, arbres ou boîtes, on voit par exemple Condorcet dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1795) proposer une histoire en dix étapes, dont la première est celle des chasseurs.

(…) se dessine, vers le neuvième millénaire avant notre ère (peu après la fin de la dernière glaciation), une tendance parmi les populations humaines à se sédentariser et à exploiter plus systématiquement les ressources qui leur sont fournies par la chasse, la pêche et la cueillette. Ainsi la sédentarité a précédé l’agriculture, au lieu d’être enfin permise par elle. C’est un fait.
»

Depuis, ce spécialiste de la préhistoire a publié d’autres ouvrages de référence sur cette question :

- Un article dans la revue En quoi le Néolithique a-t-il été une révolution ?Sciences humaines 2014/8 (N° 262).
- Cet auteur dans notre catalogue.

- Dans La révolution néolithique dans le monde : Vous lirez, par exemple : « Tous les continents n’ont pas eu la même histoire. Mais il est au moins une coïncidence troublante, l’apparition simultanée, en plusieurs points du monde et sans lien les uns avec les autres, de l’agriculture et de l’élevage, entre 10 000 et 5000 ans avant notre ère – alors même que l’homme anatomiquement moderne existait depuis au moins 100 000 ans. » Parmi les différentes contributions de ce livre, citons celles concernant les apports de la génétique et de la linguistique à l’archéologie, ainsi que celles traitant des conséquences symboliques, psychiques, culturelles pour les hommes de la domestication des animaux.
Dans cet ouvrage, l’intervention de François Sigaut (1940-2012), historien et agronome remet carrément en cause l’idée même de révolution néolithique.

Le dernier ouvrage collectif dirigé par Jean-Paul Demoule, Une histoire des civilisations : comment l'archéologie bouleverse nos connaissances, devrait vous aider à répondre aux questions que vous nous posez.

Voir aussi de Jean Guilaine : De la vague à la tombe. La conquête néolithique de la Méditerranée : « La sédentarisation des chasseurs-cueilleurs constitua la première étape décisive de ce que l’on nomme aujourd’hui la « néolithisation », c’est-à-dire les premiers pas vers les civilisations actuelles, bien avant l’invention de l’écriture. »
Et La seconde naissance de l’homme .

Pour ce qui concerne la diffusion des techniques et de l’agriculture, l’ouvrage (très spécialisé) de Karoline Mazurié de Keroualin, Genèse et diffusion de l’agriculture en Europe vous apportera des axes de réflexion importants : comment migration, colonisation, acculturation ont permis le phénomène de néolithisation : « En effet, les processus définis ci-dessus de colonisation, d’expansion démographique, de diffusion des techniques et d’acculturation constituent les étapes successives du passage ou de la transformation liées au contact entre deux groupes culturels, en l’occurrence celui des agriculteurs et celui des chasseurs cueilleurs. Par ailleurs ces étapes ne sont pas forcément liées à des conditions ou des contextes culturels précis. Elles peuvent donc apparaître partout et à des moments différents. »
Selon cette auteure les modèles qui ont permis l'analyse du processus de néolithisation européenne étaient à l’origine ceux de la géographie et de l’archéologie. Elle propose d’y intégrer des schémas socio-économiques et politiques rendant compte des phénomènes de pouvoir, importants dans la diffusion des techniques et des valeurs.

- L’histoire du monde,de Roberts et Westad, Tome 1 intitulé Les âges anciens . Les auteurs soulignent la difficulté de trancher entre les 2 thèses qui divisent les scientifiques à savoir « si les innovations s’étaient diffusées à partir d’une source unique ou si elles sont apparues au même moment et d’une manière différente en divers endroits ». Selon eux il est inutile de perdre son temps avec une question qui ne peut être tranchée. « L’agriculture [par exemple] vit le jour en Amérique dès le Ve millénaire avant JC, sans le moindre contact avec l’Ancien Monde. » De la même manière, les Aïnous du nord du Japon disparurent au début du XXe siècle, alors que leur mode de vie n’avait semble-t-il pas changé depuis dix mille ans.
On peut, selon ces auteurs, juste constater qu’un faisceau de circonstances climatiques, démographiques, socio-économiques favorise à un certain moment donné l’émergence dans un certain endroit de nouvelles techniques.

Les ouvrages de Marshall Sahlins et Alain Testart, devraient aussi vous donner de précieux éléments de réflexion.

Sur l’émergence du sentiment religieux, vous pourrez lire avec profit cet article du Journal du Mauss : « Quand l’histoire comparée des religions et l’anthropologie des religions se constituent en tant que sciences sociales, en Europe, dans les années 1870-1880, deux thèses s’affrontent : celle d’un monothéisme originel qui aurait été perdu puis redécouvert à travers la révélation divine, et celle d’une évolution progressive depuis les « religions primitives » jusqu’aux religions monothéistes ».
Ou, en plus court, mais faisant référence au même auteur, cet autre article dans la revue Sciences humaines : La grande histoire des religions..

Et Naissance des divinités, naissance de l'agriculture de Cauvin.

Voir peut-être aussi Nous resterons en forêt ce film de Catherine Lacroix et Xavier Pelletier qui relate l’histoire de ces derniers chasseurs-cueilleurs de Thaïlande qui, au XXe siècle, tentent de survivre dans leur forêt ancestrale.

Bonnes lectures !
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