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Fin de l’apartheid et chute du communisme y- a-t-il relatio

par Hazem, le 17/07/2019 à 19:43 - 849 visites

Bonjour,
La Fin du communisme en ex- URSS et de l’apartheid en Afrique du sud est annoncée au tout début des années 90 y, a-t-il une relation entre ces deux événements majeurs de l’histoire du 20eme siècle ?
Merci beaucoup.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 18/07/2019 à 15:45

Bonjour,

La fin de l’apartheid en Afrique du Sud n’est pas un événement isolé : elle s’inscrit dans un contexte politique, historique, dans lequel la chute du mur de Berlin a joué un rôle certain.

« La fin de la guerre froide marquée par la chute du Mur est souvent considérée comme le point de départ d’une ère d’indépendance et de démocratie pour l’Afrique. Selon cette interprétation, l’Afrique du Sud est la principale référence. La remise en liberté de Nelson Mandela après ses 27 ans de détention a été remarquée dans le monde entier et interprétée comme un moment d’une importance mondiale. Cet acte a constitué un pas décisif sur la voie de la suppression du régime raciste en Afrique du Sud et s’est inscrit dans les grands bouleversements politiques planétaires de ces années.

La recherche s’accorde en grande partie à reconnaître que si la chute du Mur a donné un cadre important aux événements d’Afrique du Sud, elle n’est ni le seul ni le plus important facteur ayant abouti à la dissolution du régime de l’apartheid. Il ne fait toutefois aucun doute que la chute du Mur a joué un rôle important en matière de reconnaissance du Congrès national africain (ANC) par l’Occident. Car du temps de la guerre froide, l’ANC passait pour être le parti le plus proche de Moscou. Cette reconnaissance était une condition vitale pour mettre un terme à l’apartheid. »
Source : La chute inespérée d’un mur, deutschland.de


« Le gouvernement d'Afrique du Sud pratique la séparation de ses habitants en fonction de leur couleur de peau, c'est le régime de l'apartheid, qui sévit depuis le début du siècle et s'est renforcé après 1945. Nelson Mandela s'oppose à cette ségrégation : arrêté en 1963, il est accusé de complot contre le régime pour renverser par la violence le gouvernement de Pretoria. Lors de son procès à Rivonia, du 9 octobre 1963 au 12 juin 1964, Mandela a l'occasion de prendre la parole pendant quatre heures pour exposer sa défense : son plaidoyer lui permet d'exposer les raisons de son engagement dans l'ANC, et d'exprimer sa foi dans la construction d'une société libre et démocratique. Ce discours reçoit une publicité très large dans les médias nationaux et internationaux, ce qui n'empêche pas la condamnation de Mandela le 12 juin 1964 à la prison à perpétuité.

L'opposition au régime de l'apartheid se poursuit pourtant : dans les années 1970, dans les banlieues noires, les jeunes se mobilisent ; l'Afrique du Sud est mise au ban des nations pour sa politique raciste, et une campagne pour la libération de Mandela, le prisonnier politique le plus ancien au monde débute dans les années 1980. Surtout, la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin achèvent d'isoler le régime de Pretoria qui ne peut plus se présenter auprès des Etats-Unis comme un allié utile contre l'expansion du communisme soviétique. Le président Frederik de Klerk a besoin d'un interlocuteur pour négocier, éviter l'explosion de l'Afrique du Sud et la naissance d'une guerre civile.

L'ANC de Nelson Mandela n'apparaît plus comme le représentant du communisme, il peut être un interlocuteur valable. Le 11 février 1990, Mandela est donc libéré. Les négociations pour mettre fin à l'apartheid commencent, et les deux hommes signent en septembre 1992 un accord créant une assemblée constitutionnelle pour rédiger une nouvelle constitution et servir de gouvernement de transition. En 1993, Mandela et De Klerk obtiennent conjointement le prix Nobel de la paix. »
Source : La libération de Nelson Mandela, fresques.ina.fr


« Nul doute […] que l’élection de Bill Clinton à la présidentielle américaine et la chute du mur de Berlin, en 1989, enterrant la guerre froide, n’enfoncent les derniers coins dans une vision manichéenne du monde qui servait de caution au régime. Ces signaux étaient-ils l’annonce d’une fin de règne prochaine ? Ils ont en tout cas facilité l’ascension des pragmatiques et des partisans de la négociation. Un semblable constat peut être fait pour l’opposition : l’effondrement du bloc communiste n’a pas seulement privé l’ANC de soutiens financiers ou tactiques, il a aussi désorienté un militantisme souvent focalisé sur l’avènement d’un régime socialiste. Ajoutons à cela l’échec de la lutte armée à renverser le régime honni et – pire peut-être – le constant déphasage, depuis les années 1960, entre la lutte menée par l’Umkhonto et les soulèvements populaires, qui n’a jamais permis de rendre crédible une véritable insurrection générale. De ce côté aussi, le constat a pu valider l’idée que le « moment opportun » de la négation était arrivé. »
Source : Histoire de l'Afrique du Sud, François-Xavier Fauvelle-Aymar


« « J'aurais été idiot de ne pas profiter du vide créé par la chute du Mur de Berlin et l'effondrement du communisme. » L'aveu deFrederik de Klerk, prix Nobel de la paix en 1993 conjointement avec Nelson Mandela, et dernier président blanc d'Afrique du Sud, a de quoi surprendre. Pourtant, la chute de l'apartheid est bien liée à celle du Mur.

Alors que l'URSS s'engageait, à partir de 1985, dans la perestroïka (la reconstruction), l'Afrique du Sud libéralisait, à très petits pas, son système de développement séparé. Abrogation de l'interdiction des mariages mixtes en 1985, suppression, un an plus tard, des pass, ces documents d'identité qui déterminaient les mouvements des non-Blancs...

Une rencontre secrète

Toutefois, la « Pretoriastroïka » n'est devenue réalité qu'en 1989, avec l'accession au pouvoir de Frederik de Klerk. Le 28 août 1989, cet Afrikaner rencontrait secrètement, en Zambie, des représentants de l'ANC, le Congrès national africain, et des diplomates soviétiques. Le 15 octobre, il libérait sept chefs historiques des mouvements de libération. Le 11 février 1990, Nelson Mandela quittait sa prison, neuf jours après la légalisation officielle de l'ANC et vingt-sept ans après y être entré.

Comment expliquer ce contrecoup africain des événements d'Europe ? D'abord, selon Frederik van Zyl Slabbert, l'ancien chef de l'opposition blanche lors des années d'apartheid, il faut prendre en compte « l'enthousiasme déclinant de Moscou pour les mouvements de libération armée ».

La faillite idéologique et financière de l'Est a privé tous les groupes armés d'obédience marxiste des fonds et des aides matérielles d'origine soviétique. L'ANC sud-africain n'avait plus, dès lors, les moyens de poursuivre la lutte armée. Du coup, le régime blanc s'est trouvé piégé par sa propre rhétorique. Pendant quarante ans, les nationalistes blancs au pouvoir ont dénoncé le « complot rouge » et traité de « communistes » tous les opposants. Plus d'URSS, plus de menace ! Et donc plus aucune raison pour maintenir un système militaro-répressif...

Enfin, l'Ouest, rassuré par la fin de la Guerre froide, n'était plus disposé à aider le régime blanc d'apartheid qui avait pourtant fidèlement servi les intérêts occidentaux. « Les USA, poursuit van Zyl Slabbert, se sont rangés du côté de l'ANC pour combattre le racisme. » Diplomatiquement, Pretoria s'est retrouvé à la fois isolé et sous pression. Nelson Mandela a vite pris conscience de l'intérêt de cette volte-face occidentale. Lors de son premier voyage officiel à l'étranger, l'icône de l'ANC ne se rendra pas dans un « pays frère », mais aux États-Unis. »
Source : 1989 : la chute du Mur fait s'effondrer l'apartheid, ouest-france.fr


« Il serait […] excessif d’attribuer à la chute du Mur la fin de l’apartheid; il est vrai cependant que ce qui s’est passé le 9 novembre 1989 à Berlin a été décisif dans les représentations et dans les mentalités sud-africaines.

Avec la fin du bloc des pays de l’est (socialistes) le régime blanc ne pouvait plus se prévaloir d’être à l’avant-garde de la lutte contre le communisme. C’en était fini de l’épouvantail «bolchévique», l’aile libérale du Parti nationaliste de FW de Klerk au pouvoir se trouvait renforcée, la théorie du «total onslaught» (l’assaut total) perdait de sa pertinence.

Tandis que pour le Congrès national africain (ANC) en exil, la chute du mur Berlin signifiait une chute drastique des subsides et des livraisons d’armes provenant de la République démocratique allemande (RDA) et plus généralement des républiques soviétiques ainsi que, bientôt, la fin des universités et camps d’entraînement soviétiques par lesquels de nombreux cadres du mouvement étaient passés. (En exil depuis trente ans, membre du comité exécutif de l’ANC et futur ministre des Services secrets en Afrique du sud, Joe Nhanhla, que j’ai rencontré pour la première fois en 1989 à Lusaka [Zambie] se demandait si un ami sud-africain pour lequel il voulait me confier une lettre reconnaîtrait son écriture: «En apprenant l’écriture cyrillique, me disait-il, j’ai perdu l’habitude d’écrire en caractères latins.»)

Bref, du côté des blancs, comme du côté des noirs, ce 9 novembre 1989 signe le début de l’effondrement soviétique rendant une solution négociée encore plus nécessaire si ce n’est plus facile. D’ailleurs deux mois et demi plus tard, le 2 février 1990, le président de Klerk prononce le discours d’ouverture du Parlement dans lequel il annonce la levée de l’interdiction qui pèse sur le Parti communiste sud-africain et sur l’ANC, la suspension de la peine de mort, la levée de l’état d’urgence, la libération des prisonniers politiques et la perspective d’une amnistie pour les exilés politiques. Neuf jours après, le plus célèbre prisonnier politique du monde sort de prison.

La chute du Mur amortit un peu le choc du discours de FW de Klerk et de la libération de Nelson Mandela auprès de la minorité blanche, mais elle affecte aussi certains activistes anti-apartheid.

Se précipitant l’année suivante en Union soviétique, le secrétaire général du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), Jay Naïdoo en revient avec la conviction que «si j’avais été syndicaliste indépendant en URSS comme je l’ai été en Afrique du sud, j’aurais très probablement fini dans un camp de travail en Sibérie».

La chute du Mur «nous a aussi montré, à nous qui étions engagés dans la lutte anti-apartheid, la profondeur de la corruption en URSS : une classe de privilégiés –dont les intérêts étaient les mêmes que ceux des pires capitalistes– avait prospéré sous couvert de socialisme», se souvient celui qui fut ensuite l’un des ministres de Nelson Mandela.

« Voir la joie des gens de l’Est de nouveau réunis avec leurs frères et soeurs de l’Ouest m’avait ouvert les yeux, me raconte aujourd’hui Jay Naïdoo. J’avais acquis la conviction qu’il était essentiel que nous protégions nos nouvelles libertés au sein d’une démocratie constitutionnelle irréprochable, et par la mise en place de solides contrepouvoirs à l’exécutif. »

En Afrique du sud, les espoirs qu’a pu faire naître la chute du mur de Berlin n’ont été qu’en partie réalisés. L’apartheid démantelé, les «bantoustans», comme le Bophuthatswana, «réincorporés» dans la «nouvelle Afrique du sud», les Sud-Africains ont à leur tour pu fêter leur liberté. Mais beaucoup des Tswanas déportés au milieu du Kalahari sont toujours démunis et souvent laissés pour compte, la corruption et la violence gangrènent le pays: «Finalement, confie Jay Naïdoo, les choses ne se sont pas tout à fait déroulées comme nous l’avions anticipé» le soir du 9 novembre 1989. »
Source : La chute du mur de Berlin n’a pas fait tomber l’Apartheid, mais elle y a grandement contribué, Ariane Bonzon


« Et si la fin de la Guerre froide s'était jouée en Afrique ? Quand nous entendons les mots "guerre froide", nous pensons à des soldats en armes parcourant le rideau de fer, à une brèche dans le mur de Berlin surnommée "Checkpoint Charlie" ou à des espions venus du froid traversant un pont à rivets dans le brouillard, lors d'un échange de prisonniers.

Quand nous entendons les mots "fin de l’apartheid", nous pensons à Nelson Mandela, aux combattants de l’ANC, à la révolte des écoliers de Soweto ou aux sanctions internationales contre l'Afrique du Sud, ce "bastion blanc" à la pointe du continent africain.

Nous ne faisons pas le lien entre ces deux événements. Et pourtant, la fin de l'apartheid et la chute du Mur de Berlin ont une origine commune : la Conférence de Brazzaville, qui s'est tenue le 13 décembre 1988. Il y a très exactement 25 ans.

Un tournant historique

Le protocole de paix signé dans la capitale congolaise met fin à la guerre en Afrique australe. Il fait partir de l’Angola l’armée sud-africaine ainsi que 50.000 soldats cubains. Il permet l’indépendance de la Namibie, qui est jusque-là occupée par les troupes de l’apartheid.

Le protocole de Brazzaville marque le désengagement des superpuissances et de leurs alliés de la région : l’Union soviétique et les "barbudos" cubains, d’un côté, et, de l’autre, les États-Unis et l’Afrique du Sud. Ces quelques mois changent la face de l’Afrique.

Les "pays de la ligne de front", c’est-à-dire des États voisins de l’Afrique du Sud qui accueillent des bases de l’ANC et d’autres mouvements armés combattant l’apartheid, peuvent respirer.

Du Mozambique à l’Angola, en passant par le Zimbabwe ou la Zambie, le prix de leur solidarité a été lourd. Ces pays ont été déstabilisés en permanence par l’Afrique du Sud. Ils ont été envahis, soumis à des raids aériens, sinon subvertis par des mouvements rebelles. Le "bastion blanc" fait la paix avec ses voisins, pour la plupart d’obédience marxiste. Il est désormais prêt à traiter avec Nelson Mandela et l’ANC, qu’il traitait auparavant de "suppôts de Moscou".

D'autant que, en marge des accords de Brazzaville, en présence et avec la participation des Russes, des Français, des Portugais et des Ivoiriens, officiellement en tant qu'"observateurs", le principe de la reconnaissance de l'ANC par le régime de l'aparthied a été acquis. Ce mécanisme explique que quatorze mois seulement séparent la signature du protocole de Brazzaville de la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990.

La fin de la Guerre froide a commencé en Afrique

Les deux événements sont liés. La fin de la Guerre froide, dont l'histoire retiendra qu'elle a commencé en Afrique australe, prive les forces locales de leurs appuis extérieurs.

Avec une rapidité surprenante, les grandes puissances les abandonnent à elles-mêmes. Alors que le moindre conflit en Afrique mobilise d’ordinaire des myriades de "pacificateurs" extérieurs et d’avocats, la fin de l’apartheid peut être négociée exclusivement entre Sud-Africains.

Ces derniers décident de laisser impuni un crime contre l’humanité – le racisme institutionnalisé au pays de l’apartheid –, mais pour faire naître la nouvelle "nation arc-en-ciel". Rétrospectivement, malgré tout ce que l’on peut reprocher à cette "nouvelle" Afrique du Sud, ce pari politique est une réussite, qui a été une source d'inspiration pour de nombreux processus de paix de par le monde. »
Source : Avec la mort de Nelson Mandela, c'est tout un pan de l'histoire mondiale que l'on enterre, Jean-Yves Ollivier


Bonne journée.
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