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Bombardements et camps d'extermination

par mike, le 25/07/2019 à 10:26 - 573 visites

Bonjour Cher Guichet,

Alors que les principales villes allemandes ont été bombardées pendant la seconde guerre mondiale selon la technique du "tapis de bombes" existe-il des ouvrages historiques sur d'éventuels bombardements contre par exemple les voies d'accès aux principaux camps d'extermination avis ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 26/07/2019 à 12:09

Bonjour,

D’après les informations que nous trouvons, les camps d’extermination, leurs chambres à gaz, et les chemins de fer y menant, n’ont pas été la cible de bombardements pendant la guerre, même si de tels bombardements ont fait l’objet de demandes.

Voici quelques extraits d’ouvrages qui expliquent les raisons de cette inaction :

« Europe orientale : partout sauf à Auschwitz…

Ce fut en janvier 1941 que, pour la première fois, on demanda à la RAF de bombarder le camp polonais d’Auschwitz (Oświęcim). A ce moment-là, il ne s’agissait pas encore du vaste camp d’extermination et de travail d’Auschwitz-Birkenau, où plus d’un million de Juifs européens furent assassinés entre le printemps 1942 et la fin de la guerre, mais d’un camp de 20 000 prisonniers de guerre polonais. La requête émanait, selon le quartier général de l’armée polonaise du général Sikorski, basé à Londres, des prisonniers eux-mêmes, qui souhaitaient qu’un raid de bombardement leur permette de s’échapper en masse. Le maréchal de l’armée de l’air Peirse, commandant en chef du Bomber Command, répondit que c’était absolument impossible : lorsque la nuit était assez claire pour agir, l’intégralité des bombardiers devait être déployée contre l’industrie allemande. L’économie de guerre de l’ennemi, expliqua Peirse, allait probablement connaître une crise en 1941. Des « attaques sporadiques » contre une cible comme Auschwitz avaient peu de chances d’être suffisamment précises pour accomplir quoi que ce soit d’autre que de tuer un grand nombre de prisonniers.
La deuxième fois que l’on demanda à la RAF de bombarder Auschwitz, ce fut en juillet 1944. Ce n’était alors plus un camp de prisonniers de guerre, mais le cœur du massacre des Juifs européens. Le lieu était composé de trois zones principales : le camp d’extermination, à Auschwitz-Birkenau ; le camp de travail forcé, pour les arrivants dont la condition physique était jugée suffisante ; et le complexe industriel de Monowitz, non loin de là, où le géant de la chimie I.G. Farben était en train de construire une usine pour produire du caoutchouc synthétique et autres produits chimiques liés à la guerre. Le 7 juillet, suite à un entretien avec Chaim Weizmann, le président de l’Agence juive, Eden écrivit à Sinclair pour lui demander s’il était possible de bombarder le camp ou la ligne de chemin de fer y conduisant. Churchill souhaitait agir ; mais Sinclair, tout comme Peirse, ne manifesta guère de compassion. Il expliqua à Eden qu’interrompre le trafic ferroviaire français s’était révélé difficile, même avec le soutien de l’ensemble du Bomber Command ; repérer et couper une seule ligne de chemin de fer, dans la lointaine Pologne, dépassait donc les capacités de la force de bombardement. Sinclair doutait, de surcroît, que bombarder le camp ou fournir par les airs des armes aux prisonniers puisse « aider vraiment les victimes ». Il estimait que les forces aériennes américaines étaient bien mieux placées pour agir, et promit d’évoquer la question avec Spaatz, qui assurait alors le commandement général des forces aériennes américaines en Europe. Spaatz se montra quant à lui sensible à cette demande ; mais il affirma que rien ne pouvait être fait sans de meilleures photographies du camp lui-même. On possédait déjà beaucoup d’informations sur l’usine voisine de Monowitz, ainsi que sur d’autres cibles liées à l’économie de guerre, dans les alentours d’Auschwitz ; mais le centre d’extermination n’avait pas encore fait l’objet d’une mission de reconnaissance spécifique, même si l’on disposait de quelques photographies de certaines parties du camp. Ce que ne savait pas Spaatz, c’était qu’à l’été 1944, diverses demandes avaient déjà été faites auprès du département de la Guerre, à Washington, pour que soient bombardées les lignes de chemin de fer et les chambres à gaz ; le département avait cependant jugé l’opération « irréalisable ». Le 14 août, l’adjoint du secrétaire à la Guerre, John McCloy, rejeta la demande (et réitéra son refus en novembre, quand on l’y exhorta à nouveau. Deux semaines plus tard, le ministère britannique des Affaires étrangères informa Sinclair que, puisque la déportation de Juifs hongrois à Auschwitz-Birkenau semblait avoir cessé, il n’était désormais plus nécessaire d’envisager une opération de bombardement des lieux. Le 1er septembre 1944, Spaatz reçut l’instruction de renoncer définitivement à cette perspective.
Une opération contre le matériel d’extermination de Birkenau ou contre les lignes de chemin de fer était-elle réalisable ? Il y a eu beaucoup de débats à ce sujet[*]. A l’évidence, si cela avait été une priorité pour les Alliés, il aurait certainement été possible de les bombarder. Au moment où les Alliés examinaient les requêtes de l’Agence juive, en effet, la 15e force aérienne américaine entamait une série de raids contre le complexe I.G. Farben de Monowitz, où les prisonniers du camp de travail d’Auschwitz étaient contraints de se rendre quotidiennement à pied. De surcroît, Auschwitz faisait partie de la liste de cibles des forces aériennes alliées en Méditerranée depuis au moins décembre 1943, quand on avait planifié l’attaque d’usines pétrolières et chimiques allemandes situées en Europe orientale. Le premier raid, le 20 août 1944, frappa Monowitz de manière précise ; le second, le 13 septembre, fut entravé par des défenses antiaériennes allemandes accrues ; les troisième et quatrième attaques, le 18 et 26 décembre, causèrent davantage de dégâts à l’usine ; et l’on finit par renoncer au bombardement en janvier 1945, tandis que l’Armée rouge approchait. Les dommages n’étaient guère étendus, et la production de méthanol (dans l’une des parties achevées du site) ne diminua que de 12%. Ces raids prouvent cependant que des opérations au-dessus d’Auschwitz étaient bien réalisables ; seuls six avions furent perdus, en dépit du renforcement des mesures défensives allemandes.

[…] cela s’explique peut-être surtout en termes militaires. Les Polonais, en effet, se battaient contre l’ennemi allemand commun. Les appels à aider des victimes civiles, qu’il s’agisse de réfugiés ou de ceux condamnés au génocide, étaient considérés comme ne relevant pas des forces militaires alliées, quelle que puisse être la force morale de l’argument. En décembre 1943, le PWE rejeta ainsi la demande faite par les Juifs d’agir contre les Roumains, suite au massacre de Juifs de Roumanie (« étant donné le déluge de demandes de semonce et d’appels émanant d’organisations juives ») ; mais il était ravi de pouvoir leur proposer le bombardement de Bucarest, en mars 1944, afin d’accélérer la capitulation des forces armées roumaines, et d’aider les Russes qui approchaient alors de la ville. Le bombardement d’Auschwitz-Birkenau aurait-il eu un impact quelconque sur la conduite d’un génocide qui avait alors, en août 1944, presque achevé son cours macabre ? La question reste ouverte.

[*Note : Neufeld et Berenbaum (dir), TheBombing of Auschwitz, contient 15 articles argumentant dans un sens et dans l’autre.] »
Source : Sous les bombes : nouvelle histoire de la guerre aérienne, 1939-1945, Richard Overy


« Si ces bombardements avaient été effectués, s’ils avaient fait parmi les internés, comme le donnent certaines estimations, de 10 000 à 15 000 victimes, si les nazis avaient continué de mettre à mort des Juifs par dizaines de milliers, en revenant par exemple aux fusillades des temps des Einsatzgruppen, peut-être que la célébration du soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz verrait se développer une polémique sur le thème : était-il bien utile de tuer sous les bombes des détenus pour en épargner éventuellement d’autres ? », Annette Wieviorka, Auschwitz, 60 ans après, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 224.
(citée dans l’article de Christian Chevandier : Le grief fait aux cheminots d’avoir, sous l’occupation, conduit les trains de la déportation, Revue d'histoire des chemins de fer, 34, 2006, p. 91-111)


D'autre ouvrages qui abordent le sujet :

- Les échos de la mémoire : Tabous et enseignement de la Seconde guerre mondiale, Georges Kantin et Gilles Manceron
(extrait disponible dans Google Livre)

- Les maîtres de l'air, Donald L. Miller
(extrait disponible dans Google Livres)

- Chroniques des années de déportation, 1942-1944, Jacques Giami
(l'extrait très bref que nous avons pu consulter : « Le gouvernement britannique aurait décidé de bombarder toutes les lignes de chemin de fer des pays européens occupés par l'Allemagne. Cet objectif hautement stratégique n'inclut pas les rails conduisant aux camps d'extermination de... »)


Un article du Monde publié en 2005, Les Alliés savaient-ils ? cite un certain nombre de références, parmi lesquels l’ouvrage d’Annette Wieviorka cité ci-dessus ou encore Si c’est un homme de Primo Levi. Y sont également mentionnés plusieurs documentaires qui s’intéressent à la question :

« De nombreux historiens ont étudié de près cette question des photos aériennes qui pouvaient conduire aux bombardements d'Auschwitz, dont Dino Brugioni (l'un des fondateurs du Centre d'interprétation de la photo aérienne), Robert Poirier, et l'historien David Wyman, dans les années 1970. Des documentaires tels que Auschwitz et les Alliés de Martin Gilbert, ou plus récemment, Auschwitz : qui savait ? (réalisé par Alain Jérôme en 2000, Forum), Auschwitz, la preuve oubliée (réalisé par Lucy Parker en 2004, Taylor Downing), ou encore Auschwitz, le monde savait-il ? (réalisé par Didier Martiny en 2004, MK2 TV-France 5), démontrent l'intérêt toujours aussi vif sur le thème de ce que savaient les Alliés, de leurs priorités et de la "faisabilité" des bombardements des camps. »

Notons que la fiche Wikipedia consacrée au débat sur le bombardement d’Auschwitz liste de nombreuses références que nous vous laissons consulter.


Pour finir, vous pourriez demander des information supplémentaires aux documentalistes du CHRD.


Bonne journée.
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