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Pourquoi la philosophie fait-elle partie des épreuves du Bac

par Clolina, le 29/07/2019 à 13:41 - 412 visites

Alors qu'elle n'est étudiée qu'une année sur l'ensemble du parcours scolaire, la philosophie fait partie des épreuves incontournables du Baccaulérat quelle que soit la filière. Pourquoi? et de quand date la mise en place de cette épreuve dans l'examen du BAC?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 30/07/2019 à 13:28

Bonjour,

L'épreuve de philosophie du baccalauréat répond à "une tradition française et à la nécessité de conforter l'esprit critique dans la formation des jeunes générations."
Tout est dit sur le site du ministère de l'éducation nationale : Un nouveau baccalauréat en 2021.

Elle n'est enseignée que sur une seule année pour des raisons essentiellement historiques.

Dès la création du baccalauréat sous Napoléon Bonaparte, par le décret organique du 17 mars 1808, l'épreuve de philosophie constitue un élément majeur de cet examen.
A sa création, le bac ne comporte que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie.
Ce n'est qu'en 1864 que l'écrit de philosophie sera instauré avec l'épreuve de dissertation sur un sujet de philosophie d’une durée de trois heures :

" La décision initiale d'instaurer une épreuve de dissertation philosophique au bac a été prise par Victor Duruy (ministre de l'Instruction publique de Napoléon III) il y a tout juste un siècle et demi, dans le cadre du "Règlement du 28 novembre 1864" réorganisant le baccalauréat (qui avait été institué par Napoléon I en mars 1808).
[...] on le voit, il s'est passé plus d'un demi siècle avant que l'on s'avise qu'il devrait y avoir une épreuve de "dissertation philosophique" au baccalauréat. Jusque là, en effet, l'épreuve de philosophie n'était présente qu'à l'oral de l'examen et consistait à répondre à une ''question de cours''."
source : Mais qui a mis en place une dissertation de philosophie au bac? / Claude Lelièvre, Lexpress.fr - 16/06/2014

Un article nous explique les objectifs visés de cet examen en 1864 :
" La fonction de l’enseignement de la philosophie est donc très clairement précisée : il s’agit de donner des valeurs morales qui sont le ciment des sociétés laïques en délimitant le rôle respectif de l’enseignement de la philosophie et de la religion. Car, l’un et l’autre concourent au même but, c’est-à-dire la diffusion des vérités morales «bonne foi, respect d’autrui, amour du bien public». Mais, chacun suit une route parallèle, il y a d’un côté la foi, de l’autre la raison : chacun relève de son domaine propre, la religion ne peut s’immiscer dans le domaine de la philosophie, car de même qu’il ne peut y avoir «une rhétorique, une géométrie protestante ou catholique», il n’y aura point «une philosophie hébraïque ou musulmane, pas même universitaire». Ici est donc proclamée l’autonomie de la recherche intellectuelle, la philosophie ne peut être la servante de la théologie. Inversement, la philosophie ne peut «ébranler ou ruiner la foi de personne» pour une raison de principe elle n’a pas le droit de «détruire les leçons du foyer domestique». La religion, si elle est protégée des agressions éventuelles de l’enseignement philosophique, est renvoyée à la sphère privée des opinions familiales. Plus largement le rôle du professeur de philosophie est défini ainsi :
«Le professeur dans sa chaire est institué par l’État et, à ce titre, ne doit, sous peine de déchéance, rien dire contre la loi que la société s’est donnée (...). Nous sommes l’instruction publique c’est-à-dire la civilisation et la moralité du pays (...). Le prêtre à l’autel, le professeur dans sa chaire poursuivent une même tâche.»

Une seconde raison explique le rétablissement de cette classe. Car, dans l’esprit de Victor DURUY, cette volonté morale se double -en réalité - d’une volonté de distinction sociale :
«Puisque la France est le vrai centre du monde, assurons aussi aux enfants de la classe aisée, à ceux qui remplissent les carrières libérales (...) à ceux qui sont appelés à marcher au premier rang de la société, assurons leur par les lettres et par les sciences, par la philosophie et par l’histoire la culture de l’esprit la plus large et la plus féconde afin de fortifier l’aristocratie de l’intelligence au milieu d’un peuple qui n’en veut pas d’autre et de donner un contrepoids légitime à cette démocratie qui coule à pleins bords. Si par l’enseignement primaire étendu, honoré et par l’enseignement secondaire français largement établi nous relevons le niveau moral du peuple, relevons en même temps celui de la bourgeoisie par un enseignement secondaire classique vigoureusement constitué.»
source : Poucet Bruno. Comment s’élaborent les contenus de programme en philosophie de 1863 à 1890 ?. In: Spirale. Revue de recherches en éducation, n°14, 1995. Les savoirs scolaires (1) sous la direction de Dominique-Guy Brassart. pp. 59-102.

Il faut savoir qu'avant 1874, " de plus en plus de candidats se présentent dès la fin de l'année de rhétorique (notre première) à toutes les épreuves du baccalauréat, pour tenter leur chance, et sautent l'année de philosophie en cas de succès, le peu d'importance de la notation sur la philosophie rendant la ra réussite tout à fait possible un an avant la date prévue."
source : Histoire du baccalauréat [Livre] / Marie-Odile Mergnac, Cécile Renaudin (page 46)

Parce qu'elle concourt à la mise en œuvre de la laïcité, l'épreuve de philosophie va être revalorisée sous la IIIe République et devenir un examen essentiel :

" Le 1er juillet 1873, un défenseur des études classiques, Mgr DUPANLOUP, est chargé de présenter le projet devant le Conseil supérieur : le baccalauréat est scindé en deux parties ou séries. Le rapporteur du projet, estime que cette mesure est nécessaire, d’une part à cause de la surcharge de travail des élèves qui entraîne l’utilisation outrancière de manuels, l’abandon de l’enseignement au profit de la révision, d’autre part parce que beaucoup d’élèves fuient la classe de philosophie, voire de rhétorique. Il préconise de réduire la part réservée à l’enseignement des sciences et à l’histoire, il souhaite ainsi contribuer à la revalorisation de la classe de philosophie. Le projet est définitivement adopté par le Conseil supérieur le 23 janvier 1874. Le décret concernant le baccalauréat paraît le 9 avril 187435. La durée de l’épreuve de philosophie est allongée d’une heure; pour la seconde partie de l’examen, elle pèse pour 45% des suffrages: l’enseignement de la philosophie voit, de fait, sa place confortée, si l’on ne considère que l’année terminale - elle en devient donc la discipline fondamentale. Naît ainsi réellement la classe de philosophie : «Le but principal des études de seconde année (classe de philosophie) est en effet la philosophie, d’ailleurs la composition philosophique est la seule épreuve qui permette de juger si le candidat s’exprime véritablement en français».
Le second point que devait examiner le Conseil est la question de l’horaire des cours. C’est l’arrêté du 23 juillet 1874 qui apporte une réponse à cette question. Sur 23 heures de cours, 8 sont consacrées à la philosophie, soit 35% du temps des cours, si l’on ajoute les 12heures d’études, cela fait 33% du temps scolaire total. "

Plus tard, sous Jules Ferry :
" Un décret définit la nouvelle organisation du baccalauréat ès lettres : 55% des coefficients de la seconde partie sont réservés à l’enseignement de la philosophie contre 36% pour les sciences. Le poids des coefficients du baccalauréat correspond au poids horaire de l’enseignement de la philosophie : en 1880, 9 heures sur 22 heures, soit 41% (et l’on peut aboutir à 45% de l’horaire obligatoire total, dans la mesure où l’enseignement des langues se fondent sur des auteurs philosophiques) ; dans l’enseignement spécial, 4 heures sur 31 heures en 1886, soit 13% du total et 6/18 heures en 1890 (lettres), 3/24 (sciences).
Si l’on en croit Viviane ISAMBERT JAMATI, ce que l’on cherche avant tout à développer entre 1875 et 1905 ce sont d’abord les qualités propres aux hommes d’action, en second rang vient l’exercice des mécanismes opératoires, la participation aux valeurs suprêmes vient au dernier rang. Or, sous Victor DURUY, la philosophie apparaît comme la discipline par excellence qui incarne la participation aux valeurs suprêmes. "[...]
" A la fin du XIXe siècle, l’enseignement de la philosophie a acquis une position privilégiée parmi les disciplines scolaires, position qu’il n’avait pas jusqu’à présent."
source : Poucet Bruno. Comment s’élaborent les contenus de programme en philosophie de 1863 à 1890 ?. In: Spirale. Revue de recherches en éducation, n°14, 1995. Les savoirs scolaires (1) sous la direction de Dominique-Guy Brassart. pp. 59-102.


Qu'en est-il aujourd'hui avec la nouvelle réforme du baccalauréat ?
La philosophie est toujours inscrite dans le tronc commun des enseignements et le nouveau bac 2021 comportera bien une épreuve écrite de philosophie.
Vous en retrouverez les programmes sur cette page : Bulletin officiel spécial n°8 du 25 juillet 2019. En voici quelques extraits (pour la filière générale) :

"L’enseignement de la philosophie a pour but de former le jugement critique des élèves et de les instruire par l’acquisition d’une culture philosophique initiale. Ces deux objectifs sont étroitement liés: le jugement s’exerce avec discernement quand il s’appuie sur des connaissances maîtrisées;une culture philosophique initiale est nécessaire pour poser, formuler et tenter de résoudre des problèmes philosophiques. [...]
Ouvert aux acquis des autres disciplines et aux multiples liens qu’il peut nouer avec elles, l’enseignement de la philosophie vise à développer chez les élèves le souci de l’interrogation et de la vérité, l’aptitude à l’analyse et l’autonomie de la pensée sans lesquels ils ne sauraient appréhender la complexité du réel. Son but est de permettre à chaque élève de s’orienter dans les problèmes majeurs de l’existence et de la pensée."


Pourquoi cette matière, indispensable pour l'école de la vie, n'est-elle enseignée qu'une seule année ?

" Pour des raisons purement historiques, l’enseignement de la philosophie occupe, dans l’institution scolaire française, une position d’exception : installé en classe terminale et dans cette seule année, assuré par un enseignant qui restera à jamais, dans la plupart des cas, l’unique professeur de philosophie rencontré par chacun dans sa vie, il est toujours conçu, même si on n’ose plus guère employer cette expression, comme le “ couronnement ” des études secondaires. Or cette position est loin d’avoir les effets bénéfiques qu’on lui suppose. Au lieu d’être une année marquante et réellement formatrice, elle est en réalité le plus souvent une parenthèse dans le cursus des élèves, parenthèse aussi vite refermée qu’elle a été ouverte : on se souvient d’un professeur charismatique et du sujet tombé au bac, mais il ne reste le plus souvent de la terminale ni culture ni savoir-faire philosophiques effectifs. Les professeurs de philosophie du supérieur le savent bien, et ils ne présupposent souvent aucun acquis déterminé chez leurs étudiants de classes préparatoires ou d’Université.
En réalité, l’enseignement de la philosophie souffre de son confinement dans la classe de terminale. Il ne peut y avoir de vraie formation à la philosophie si on ne reconnaît pas que, comme toutes les autres disciplines, son apprentissage demande du temps et doit être conduit selon une progression.
L’avenir de l’enseignement de la philosophie passe par son extension en dehors de la terminale. Extension en amont d’abord, c’est-à-dire au moins à partir de la classe de première : les élèves le demandent fréquemment, ce qui traduit l’inadéquation du modèle actuel d’une “ éclosion soudaine ” et le besoin qu’ils ressentent d’avoir du temps devant eux pour se former efficacement. Extension en aval, c’est-à-dire dans toutes les branches des études supérieures : l’enseignement en terminale prendrait ainsi un sens nouveau en devenant la base d’une formation qui se continuerait de manière diversifiée selon les études poursuivies. Concevoir et mettre en œuvre les modalités de cette extension est sans doute l’un des chantiers les plus ambitieux et les plus neufs pour l’enseignement de la philosophie. "
source : Acireph - association de professeurs de philosophie

Pour aller plus loin :
- Poucet Bruno. Laïcité et enseignement de la philosophie. In: Spirale. Revue de recherches en éducation, n°39, 2007. Laïcité, croyances et éducation, sous la direction de Jean-Paul Martin. pp. 81-91.
- Poucet Bruno. Quelle identité pour les professeurs de philosophie ? (1809-2000) . In: Lycées, lycéens, lycéennes, deux siècles d'histoire. Paris : Institut national de recherche pédagogique, 2005. pp. 285-300. (Bibliothèque de l'Histoire de l'Education, 28)
- Poucet Bruno. Enseignement de la philosophie et valeurs en 1880. In: Spirale. Revue de recherches en éducation, n°21, 1998. Les valeurs en éducation et en formation (1) sous la direction de Nicole Bliez-Sullerot et Sylvie Solère-Quéval. pp. 61-71.

Bonne journée.
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