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Tique utile ??

par Nina83, le 05/08/2019 à 18:29 - 1281 visites

Bonjour,

Pourriez-vous me dire quelle est l'utilité de la tique dans la nature ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 07/08/2019 à 15:07

Bonjour,

La tique est un parasite : comme le moustique, elle se nourrit du sang de ses hôtes, dont elle infecte et affaiblit l’organisme avec différents agents pathogènes qu’elle lui transmet par l’intermédiaire de sa salive :

« Deuxième vecteur de maladies au monde après le moustique, la tique n'effectue au cours de sa vie que trois "repas" sanguins en moyenne. Autant d'occasions de transmettre, par l'intermédiaire de sa salive, plusieurs dizaines d'agents pathogènes pour l'animal et l'homme. Chez ce dernier, plusieurs bactéries du genre Borrelia responsables de la maladie de Lyme ont été décrites : Borrelia burgdorferi senso lato ; B. garinii ; B. afzelii....
S'y ajoute Borrelia miyamotoi, récemment mise en évidence en France, responsable en Asie d'une maladie apparentée, une fièvre dite récurrente. Mais les tiques peuvent transmettre d'autres bactéries comme les Rickettsia ou Anaplasma, responsables de maladies émergentes (rickettsioses et anaplasmoses), des parasites Babesia et Theileria, provoquant des troubles proches de la maladie de Lyme, et même des virus. »
Source : sciencesetavenir.fr

Notons que, réchauffement climatique aidant, les tiques sont de plus en plus nombreuses et agressives, ce qui n’est décidément pas très « utile » pour nous autres humains, ni pour les autres animaux qui ont la malchance de lui servir d’hôtes :

« Les tiques - susceptibles de transmettre diverses affections virales ou bactériennes, comme de graves encéphalites ou la borréliose, dite "maladie de Lyme" - pullulent dans les forêts européennes. A l'université de Neuchâtel, Lise Gern, qui en est spécialiste, "assiste depuis 30 ans à leur multiplication, sans compter que le réchauffement climatique augmente leur agressivité". "Tout en modifiant leur répartition, en allongeant leur saison et en élevant l'altitude où elles sévissent", ajoute Karen McCoy, du Centre national de la Recherche scientifique (CNRS). »
Source : Moustique tigre, tique... Les (sales) petites bêtes qui montent, nouvelobs.com

Chaque année en France, les tiques sont ainsi responsables de près de 27 000 nouveaux cas de maladie de Lyme

Mais dans la nature tout est question d’équilibre : les diverses manières dont la tique affecte les autres espèces vivantes définissent son rôle dans l’écosystème… et si sa prolifération n’est pas une bonne nouvelle, sa disparition pourrait aussi avoir des effets inattendus.

Ainsi le biologiste Claude Combes, spécialiste des parasites, explique avec humour l’utilité de la tique :

« Une antilope dans la savane porte entre 5 000 et 10 000 tiques. Elle passe 30 % de son temps à se toiletter, c'est-à-dire à contrôler la démographie de la tique. Que se passerait-il si on débarrassait toutes les antilopes de leurs tiques ? Elles y trouveraient un avantage immédiat: elles passeraient plus de temps à manger, elles grossiraient et se reproduiraient davantage. Les lions seraient contents... Ils auraient plus à manger et ils se reproduiraient plus, d'autant que les antilopes, plus grosses, courraient moins vite. A qui profiterait la mort des tiques ? Aux lions ? Aux antilopes ? Ce qui est certain, c'est que l'équilibre entre proies et prédateurs changerait. »
Source : Les parasites jouent un rôle moteur dans l'évolution du vivant

Sur un ton plus sérieux, ce site consacré aux maladies liées à la morsure des tiques en France indique que le rôle des tiques dans l’écosystème est complexe mais encore mal connu :

« Le rôle des tiques dans l'écosystème demeure encore assez mal connu, toutefois il se révèle être d'une très grande complexité.
À tel point qu'on ne peut plus désormais envisager les tiques sous le seul angle réducteur de "vecteurs d'agents pathogènes".
En fait, ces acariens sont totalement impliqués dans un "système parasité" complexe qui commence tout juste à être compris. Leur activité se traduit autant sur les chaînes trophiques que sur la densité et la génétique des populations, le comportement, ou la compétition entre espèces.
Leur éradication, si un jour elle était possible, affecterait inévitablement l'ensemble de l'écosystème... »


Par ailleurs, la tique nourrit de nombreux prédateurs, qui de ce fait régulent sa population :

« On l'oublie trop facilement, les populations de tiques sont elles-mêmes régulées par des prédateurs parmi lesquels, les mammifères insectivores, certains passereaux, des insectes, des araignée et des acariens entomophages, voire des lézards et des amphibiens.
Deux catégories de micro-organismes parasites et entomopathogènes semblent aussi jouer un rôle très important dans le contrôle des populations de tiques, à tous leurs stades de développement. L'impact des prédateurs sur les populations de tiques demeure peu étudié et mal connu.

Les mammifères insectivores d'Europe sont représentés par les musaraignes, les taupes et le hérisson qui est lui-même souvent victime de nombreuses morsures de tiques.
Les musaraignes semblent jouer un rôle majeur dans la prédation des tiques.
Aux États-Unis, les opossums et les écureuils sont des espèces hôtes très parasitées, cependant il vient d'être montré que ces mammifères tuent de 83 à 93 % des I. scapularis qui se fixent sur eux. Ils éliminent ainsi des milliers de tiques par hectare et possèdent en conséquence un rôle de régulation de la population du vecteur et des infections qu'il propage.

De nombeux petits passereaux se révèlent aussi être de grands consommateurs d'insectes et de tiques, surtout dans la période où ils ont à nourrir leur progéniture.
Il n'est pas rare d'observer des étourneaux occupés à débarasser des bovins de leurs tiques et insectes.
Des vétérinaires kéniens se sont même inspirés de cette compétence pour éliminer les tiques fixées sur les vaches et les chèvres africaines. Pour y parvenir, ils les mettent au contact de poules dans des enclos; chaque poule pourrait ainsi ingurgiter jusqu'à 200 tiques en trois heures !
Dans la nature, d'autres espèces d'oiseaux assurent cette tâche dont le piqueboeuf à bec rouge (Buphagus erythrorhynchus) et le Piqueboeuf à bec jaune (Buphagus africanus) qui sont capables d'engloutir plus de 12 000 larves de tiques ou une centaine de femelles engorgées par jour (M.Stutterheim et al. 1998). Le héron garde-boeufs ou“tick bird” des anglo-saxons est aussi un prédateur efficace (Bubulcus ibis).
Toutefois il se pourrait que le statut de prédateur de tiques de certains de ces oiseaux soit largement surévalué, si à l'instar de la pintade de Numidie (Numida meleagris) qui se borne à ne manger que les tiques adultes, sans réduire le nombre des nymphes que l'on sait être responsables de la plupart des cas d'infections.

Certains insectes semblent également capables de consommer de grandes quantités de tiques, dont certaines espèces de fourmis. La plupart des espèces de carabes autochtones s'attaquent aux tiques, comme l'a démontré F. Gigon. D'autres espèces rempliraient aussi cette fonction, notamment des araignées et des insectes non encore identifiés. Il semble que les tiques gorgées sont préférés aux tiques à jeun, probablement en raison de leur plus grande teneur en protéines. Peut-être aussi parce qu'elles sont plus vulnérables en muant dans la litière parcourue par les carabes, qu'en restant postées au sommet d'une brindille.

Huit espèces de guêpes parasitoïdes (Hymenoptera: Encyrtidae) s'attaquent également aux tiques. L'une d'elles Ixodiphagus hookeri est cosmopolite, et bien présente chez nous puisqu'elle parasite de 7 à 20 % des I. ricinus en France (JM Doby, 1993). Cet hyménoptère s'attaque indifféremment aux espèces de Dermacentor, Haemaphysalis, Hyalomma, Ixodes, Rhipicephalus, exclusivement aux stases infra-imaginales...
Ixodiphagus hookeri est un insecte de durée de vie brève (inférieure à 3 jours), qui parvient à se maintenir en pondant un ou plusieurs oeufs dans des larves ou des nymphes de tiques non gorgées. Mais les oeufs ne commencent à se développer qu'après le gorgement de leur hôte. Pour y parvenir, l'endoparatite profite de l'aide d'un virus symbiotique pour contourner le système immunitaire de la tique, ce qui permet à sa progéniture de la dévorer de l'intérieur.
Ce parasite pourrait d'autant plus facilement être utilisé en Europe pour la lutte biologique contre des maladies véhiculées par les tiques, que son aire de répartition comprend déjà le nord-ouest de l'Europe (Allemagne, France, Royaume-Uni ainsi que la Moldavie et le Portugal, données Zipcodezoo.com accédé le 28 08 09). Pour cela il faudra attendre que l'élevage d' Ixodiphagus hookeri soit maîtrisé pour permettre une production de masse. L'efficacité et la rentabilité de ce parasite dans le cadre de la lutte biologique restent toutefois aléatoires : son maintien à moyen terme dans la nature suppose que les populations de tiques et de leurs hôtes soient suffisamment nombreuses.

Microorganismes
In vitro différentes espèces de champignons parasites entomopathogènes , Metarhizium anisopliae, Beauveria bassiana, Paecilomyces fumosoroseus tuent Ixodes ricinus en moins de 25 jours. Leur virulence varie en fonction de l'espèce et du stade de développement de la tique, mais aussi de son état nutritionnel. Ces champignons n'ont pas été investigués pour I. ricinus.
Plusieurs espèces de nématodes, de Steinernema et d' Heterorhabditis, sont aussi capables de tuer les tiques qu'ils parasitent en leur inoculant leurs bactéries symbiotes qui les lysent complètement (Xenorhabdus spp. et Photorhabdus spp.). Les nématodes n'ont plus ensuite qu'à les digérer avant d'aller se reproduire dans le sol. Ces nématodes vivent dans le sol des forêts humides et denses, les nouvelles techniques de sylviculture leur sont sans doute défavorables. Les effets entomopathogéniques de ces nématodes varient aussi en fonction de l'espèce et du stade de développement de la tique, mais aussi de son état nutritionnel. Ils n'ont pas davantage été investigués pour I. ricinus que les champignons entomopathogènes.
Sans oublier le virus symbiotique qui paralyse les défenses de la tique et autorise le développement de l'oeuf d'Ixodiphagus hookeri en son sein.
Dans les années à venir, certains de ces prédateurs pourraient peut-être être intégrés utilement à la lutte biologique contre les tiques. »
Source : maladies-a-tiques.com


Indirectement, les prédateurs des rongeurs comme le renard et la fouine peuvent aussi contribuer à la régulation des tiques et surtout limiter la transmission des infections à l’homme, comme l’explique cet article de Sciences et Avenir : Les renards, une arme efficace contre la maladie de Lyme ?

« Renards et fouines seraient bénéfiques pour lutter contre les infections véhiculées par les tiques telle que la maladie de Lyme, transmise par la bactérie Borrelia. C'est ce que révèle une étude publiée le 19 juillet 2017 sur le site de The Royal Society.
Le postulat de départ était simple : une fois éclos, les acariens présents à l'état larvaire s'attaquent aux organismes les plus faciles d'accès. Il s'agit du plus souvent de rongeurs, lesquels évoluent près du sol. Or ces animaux sont souvent porteurs d'infections transmissibles à la tique, qui contaminera alors d'autres animaux lors de ses futurs repas et ainsi de suite. En réduisant le nombre de rongeurs hôtes des infections, les prédateurs pourraient participer à la diminution du risque de leur transmission à l'homme. Pour vérifier cette théorie, les chercheurs ont donc observé 20 parcelles forestières d'un hectare aux Pays-Bas présentant des densités de prédateurs différentes. »


Enfin, la tique pourrait même s’avérer utile à l’homme, après tout, grâce à une molécule présente dans sa salive :

« Quel est le rôle des tiques sur Terre ?

Les tiques existent depuis 140 millions d’années. Et si elles ont pu survivre jusque là, c’est parce qu’elles sont très résistantes mais aussi parce qu’elles savent s’adapter. En effet, chose étonnante alors que le réchauffement climatique et l’action de l’Homme provoquent la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, les tiques continuent à proliférer partout dans le monde. Est-ce vraiment une si mauvaise nouvelle ?
Pour les Hommes, c’est assurément une mauvaise nouvelle. Le développement des tiques, notamment en altitude, implique le développement de maladies, transmises par ces dernières. Mais pour les animaux, les tiques ne sont pas que des nuisibles, elles constituent également une grande source de nourriture. En effet, les oiseaux, les poules, les lézards, les musaraignes, les taupes, les hérissons ou encore des insectes tels que les carabes raffolent de ces gros acariens qui contiennent de nombreuses protéines, notamment lorsqu’ils sont gorgés de sang.
Dans tous les cas, même si le rôle des tiques n’a pas encore pu être clairement défini par la science, le fait est qu’elles existent et que leur disparition provoquerait certainement un déséquilibre dans notre écosystème.
Par ailleurs, des scientifiques ont pu identifier dans la salive des tiques une molécule qui pourrait bien s’avérer très utile. En effet, elle pourrait prévenir les accidents cardiaques, vasculaires cérébraux, les embolies pulmonaires ou encore les thromboses veineuses. À quand de la salive de tique dans nos médicaments ? »
Source : Tiques : à quoi peuvent-elles bien servir ? animalaxy.fr


Bonne journée.
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