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Intellectuelles refusant la dictature

par Viince, le 23/09/2019 à 23:10 - 358 visites

Y a-t-il eu des intellectuelles (femmes) qui ont su dire « non » à l’avènement du nazisme en allemagne, du fascisme en italie, et du stalinisme en russie ?
Merci

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 26/09/2019 à 18:06

Bonjour,

D’après nos lectures, les intellectuels sont souvent cités de façon générale et sans distinctions de sexe lorsqu’il est question d’opposition aux régimes totalitaires. Quelques exemples sont ensuite donnés où il faut l’avouer, les références masculines dominent.
De plus, lorsque la participation des femmes à la résistance fasciste est mentionnée, peu d’intellectuelles à proprement parler sont mentionnées. Voici toutefois quelques noms et destins à signaler.

L’opposition au régime nazi allemand est clairement là où nous trouvons le plus mention de figures féminines intellectuelles engagées.
Commençons par souligner le destin de la révolutionnaire féministe Clara Zetkin. L’encyclopédie Universalis nous dit: « Née dans une famille d'instituteurs polonais, Clara Eisner (devenue après son mariage Clara Zetkin) est élève au collège d'enseignement pour jeunes filles de Leipzig, où elle subit l'influence du féministe August Schmidt. Dès cette époque, elle établit des contacts avec le Parti social-démocrate allemand qui vient de se constituer, et elle s'y inscrit en 1881.

Institutrice elle-même, elle est acquise aux conceptions marxistes. Elle collabore au journal socialiste Le Social-Démocrate. Passionnée par les problèmes de la condition féminine, elle a fait sienne la formule d'Engels : « Dans la famille, l'homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat. » Au congrès de fondation de l'Internationale socialiste à Paris en 1889, Clara Zetkin présente le rapport sur le travail politique auprès des femmes. Présidente de l'Organisation socialiste des femmes allemandes, responsable du Secrétariat féminin de l'Internationale, elle fonde, en 1892, le journal Gleichheit (Égalité), qu'elle dirige et anime jusqu'en 1917.

En août 1914, elle est la seule responsable du Parti social-démocrate allemand à répondre à l'appel internationaliste de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, avec laquelle elle est très intimement liée. Initiatrice de la Conférence internationale des femmes à Berne, en 1915, elle est écartée de la direction de son journal après un article sur la lutte contre la guerre. Elle est arrêtée et internée pour ses activités politiques de juillet à octobre 1915 et de nouveau au début de l'année 1916 ; mais son état de santé oblige le gouvernement impérial à la libérer. Amie de longue date de Lénine, elle accueille avec espoir la révolution d'Octobre, mais demeure en Allemagne. Sa santé l'empêche d'assister au congrès de fondation du Parti communiste allemand (janv. 1919) ; elle est également absente de Berlin lors de la semaine sanglante qui voit la mort de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht.

Rétablie, Clara Zetkin est élue membre de la direction du Parti communiste avec Paul Levi. Élue député au Reichstag en 1920, puis en 1921, membre du comité exécutif de l'Internationale communiste, elle s'élève de nouveau en 1923, après l'échec de l'insurrection de Hambourg, contre les critiques adressées à la direction du Parti communiste allemand.
En tant que doyenne d'âge, Clara Zetkin ouvre la session du Reichstag, en 1932, par un violent discours contre le nazisme. C'est sa dernière manifestation de militante révolutionnaire ; elle meurt peu après en exil à Moscou.


Anna Seghers est une femme de lettres allemande issue d’une famille juive. « Après des études d’histoire, histoire de l’art et sinologie, Anna Seghers publie en 1928 son premier roman et rejoint le Parti communiste d'Allemagne (KPD). L'année suivante, elle est membre fondatrice de l’Union des écrivains prolétaires révolutionnaires. En 1930 elle voyage pour la première fois en Union soviétique. Après la prise de pouvoir par les nazis, Anna Seghers est arrêtée par la Gestapo, puis relâchée ; ses livres sont interdits en Allemagne et brûlés. Peu après elle fuit en Suisse et de là rejoint Paris.

En exil elle collabore aux journaux d'émigrés allemands ; elle fait partie entre autres de la rédaction des Neuen Deutschen Blätter. En 1935, elle est une des fondatrices de l'Union de défense des écrivains allemands à Paris. Après le commencement de la Seconde Guerre mondiale et l'entrée des troupes allemandes dans Paris, le mari de Seghers est interné dans le sud de la France. Anna Seghers réussit à fuir avec ses deux enfants du Paris occupé vers la zone sud administrée par Pétain. À Marseille, elle se préoccupe de la libération de son mari et des possibilités de fuir à l'étranger.
En mars 1941, Anna Seghers et sa famille réussissent à rallier Mexico. Anna Seghers fonde le club antifasciste Heinrich-Heine dont elle est présidente. En 1947, Seghers quitte Mexico et retourne à Berlin où elle exercera des fonctions dans les milieux politiques, littéraires ou artistiques. »



Les étudiantes lutteront activement contre le régime nazi, à l’image de Liselotte Herrmann. Jeune étudiante communiste et jeune mère, elle proteste ouvertement contre la prise du pouvoir par Hitler, ce qui lui vaut son renvoi de l'université de Berlin. Elle s'installe alors dans le Wurtemberg et participe à différentes actions de résistance. et réussi à faire passer aux gouvernements étrangers des informations sur le réarmement de l'Allemagne.
Elle est arrêtée en 1935, condamnée à mort deux ans plus tard et exécutée en 1938 malgré des protestations du monde extérieur. Notons qu’elle devient alors la première mère allemande à subir la peine capitale depuis le début du régime. Elle laisse derrière elle un petit garçon qui sera élevé par ses parents.

Mentionnons également Sophie Scholl, l’un des piliers du réseau de la rose blanche. "Comme le reste des jeunes Allemands, elle est embrigadée dans les jeunesses hitlériennes. Elle y ressent très tôt la restriction des libertés, en particulier de pensée et de religion.
Chrétienne, elle est comme son frère profondément croyante. En 1940, elle devient garde d’enfants. Dans les « services du travail » et « service auxiliaire » qu'elle effectue en 1940-41 elle parvient à garder, malgré l'interdiction de posséder des livres, les Confessions de saint Augustin ; elle garde en mémoire cette phrase : « Tu nous as créés pour que nous allions à Toi, et notre cœur est inquiet, jusqu'à ce qu'il repose en Toi. » Elle entame ensuite des études de biologie et de philosophie en mai 1942 à Munich.
Influencée par son éducation protestante, par l'opposition déclarée de son père Robert Scholl au nazisme, et par l’expérience vécue par son frère, militaire étudiant en médecine à Munich, puis infirmier dans les hôpitaux du front de l’Est, qui est témoin de la barbarie de l'armée à l'encontre des juifs et des populations russes, elle prend conscience de la vraie nature du régime nazi.

À partir de juin 1942, elle tient des réunions avec son frère Hans et un ami. Elle les aide à imprimer et à diffuser les tracts hostiles au régime nazi et à la guerre. Sophie Scholl distribue également des tracts dans la rue, glissant des feuillets sur les voitures en stationnement et elle effectue quelques voyages à travers le pays pour promouvoir les idées de la Rose blanche auprès d'étudiants sympathisants.
Le 18 février 1943, après avoir lancé avec son frère Hans des tracts dans la cour intérieure de l'université de Munich, elle est repérée par le concierge de l'université. Ils sont arrêtés et conduits au rectorat où, après plusieurs heures d'interrogatoire, ils sont remis à la Gestapo. Elle est condamnée à mort après un procès mené en trois heures seulement. Elle est guillotinée le jour même le 22 février 1943. Selon le témoignage des gardiens de la prison, elle fait preuve de beaucoup de courage lors de son exécution."


Libertas Schulze-Boysen est une journaliste allemande, héroïne de la résistance allemande au nazisme. "Engagée par les bureaux berlinois de la Metro-Goldwyn-Mayer comme employée de presse, elle quitta le NSDAP en 1937, dont elle était membre depuis 1931.
Sous couvert de critiques de films, elle profitait de son travail au ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande pour amasser des informations sur les crimes de guerre nazis, et soutenait les efforts de son mari et de ses amis pour abattre le régime. Vers la fin d'octobre 1941, elle rencontra un agent soviétique qu'elle mit en contact avec son mari.
Le couple et leurs amis firent passer aux Soviétiques de nombreuses informations prises dans les enceintes des administrations du Troisième Reich, créant ce que la Gestapo appela "l'orchestre rouge". Le code des transmissions radio avec Moscou finit par être brisé, et le couple, ainsi que plus d'une centaine d'autres personnes, fut arrêté. Jugés par la Cour martiale du Reich, ils furent condamnés à mort le 19 décembre 1942 et exécutés trois jours plus tard à Berlin."



Des femmes luttent également de l'étranger, comme Dora Schaul, une communiste qui avait quitté l’Allemagne. Il faut savoir que de 1933 à 1939, 500 000 Allemands ont fui à l'étranger. "Parmi eux, Dora Schaul, émigrée en France depuis 1934, elle est internée à Rieucros en octobre 1939 parce qu'elle est étrangère et communiste. Elle tombe sous le coup de la législation d'exception mise en place par le gouvernement d'Edouard Daladier. Elle réussit à s'évader en juillet 1942, et grâce au réseau clandestin allemand du "Deutsch-Arbeit" (Travail allemand), elle opère pour la Résistance au sein de la Poste allemande installée dans une aile de l'Ecole de Santé militaire à Lyon. A la fin de la guerre, elle repart s'installer définitivement en Allemagne son pays d'origine."

Hilde Meisel tente elle dès 1933 de galvaniser l'opinion anglaise et tente tente d'organiser une résistance internationale contre le régime national-socialiste. Juive, elle connaît les risques qu'elle encourt. Par ses écrits, elle sensibilise grâce à la "Ligue Internationale du combat socialiste" des amis politiques de différents pays, y compris en Allemagne. Sous le pseudonyme de Hilda Monte,elle fait parvenir à ses amis politiques en Allemagne des publications et informations. Elle réussit à pénétrer en Allemagne et en Autriche mais est abattue le 17 avril 1945 par une patrouille SS sur le chemin la reconduisant en Suisse.


Pour ce qui est de l’Italie, à une époque où la femme est reléguée au rang de casalinga, moglie e madre (femme au foyer, épouse et mère), l’émancipation intellectuelle est un échappatoire. Ainsi, plusieurs femmes intellectuelles se mobilisent et signent le Manifeste des intellectuels antifascistes qui fut publié dans le quotidien italien Il Mondo en 1925.

Relevons donc parmi les signataires Sibilla Aleramo pseudonyme de Rina Faccio, qui est une écrivaine italienne née en 1876. "Féministe, elle est principalement connue pour son autobiographie dépeignant les conditions de vie d'une femme à la fin du 19e siècle et au début du 20e en Italie. Elle publie le récit de sa vie et principalement l'histoire de sa rupture avec son mari et son ancien milieu qui fait l'objet de son premier roman: Une femme.
Publié en 1906, ce livre féministe connaît un grand succès et est considéré aujourd'hui comme le premier livre ouvertement féministe écrit par un ou une autrice italienne mais aussi comme un classique de la littérature italienne. Elle devient également une opposante au fascisme, une activiste politique, et s'engage comme travailleuse volontaire dans l'Agro Romano, un mouvement luttant contre la pauvreté des populations rurales autour de Rome.
Elle voyage en Europe, et à Paris elle se lie aux poètes Guillaume Apollinaire et Émile Verhaeren ainsi que Stefan Zweig, Gabriele D'Annunzio, Paul Claudel, Charles Péguy, Paul Valéry, Auguste Rodin, Anatole France... Finalement elle revient à Rome où elle rejoint les milieux intellectuels et artistiques des années d’avant-guerre.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale elle s'inscrit au parti communiste italien et se jette intensément dans le champ politique et social. En 1948, elle participe au Congrès International pour la Défense de la Paix à Wrocław."


Matilde Serao née en 1856 est une journaliste et romancière italienne d'origine grecque. Elle fut, avec son mari Edoardo Scarfoglio, la fondatrice du journal Il Mattino en 1892, avant de lancer son propre quotidien Il Giorno. Elle sera également signataire du manifeste.

Dans la Nouvelle encyclopédie politique et historique des femmes, il nous est parlé d’Angelina Martin. « Elle adhère au Parti Socialiste Italien en 1919 et comme enseignante, avait refusé de prêter le serment de fidélité que le régime exigeait de tous les fonctionnaires, ce qui lui avait valu d’être exclue de l’enseignement. Elle prit d’abord part à la lutte clandestine, puis à la lutte armée contre le fascisme. Elle fut par la suite élue à l’Assemblée constituante, puis au Parlement. »



Enfin en Russie, à partir du XIXe siècle, les préoccupations féministes se diffusent dans les classes supérieures.
Après la révolution d'Octobre, qui donne aux femmes l'égalité de droits avec les hommes, et qui débouche sur des réformes majeures, notamment l'autorisation de l'avortement, le Jenotdel, département des femmes du parti communistes, développe une démarche originale prolongeant le féminisme socialiste et visant à changer la place des femmes dans la nouvelle société soviétique. Marginalisées avant le début même de la répression stalinienne, ce mouvement continue à perdurer par la suite.

Relevons donc les noms d'Anna Akhmatova une poétesse russe, née en 1889 qui vivait à Saint-Pétersbourg (Leningrad) et qui fut interdite de publication dès 1925. Lydia Tchoukovskaïa (1907-1996) était aussi femme de lettres, militante, également censurée par le pouvoir stalinien. Toutes deux ont vu leurs maris et fils fusillés, internés, déportés et vécurent elles-mêmes dans l’angoisse et la résistance. La seconde rencontre la première en 1938 et lui rendra visite jusqu’à sa mort. Lydia Tchoukovskaïa a d’ailleurs retranscris ses entretiens avec Anna Akhmatova dans un journal de leurs rencontres.

Angela Rohr grâce à ses mémoires nous entraîne dans le quotidien du goulag.
« Née dans l’Empire ­austro-hongrois, diplômée en médecine, elle fréquenta les cercles ­littéraires et psychanalytiques de l’après-guerre à Paris, Zurich et ­Berlin. Proche un temps de Rainer Maria Rilke, elle s’installe à Moscou en 1925, et réussit à traverser sans dommage les vagues répressives de plus en plus intenses qui s’abattirent sur l’URSS dans les années 1930.
Mais lorsque, en juin 1941, l’Allemagne nazie déclencha son offensive, le sort de tous les germanophones fut définitivement scellé. Pour elle, ce furent quinze ans de ­prison, de camp, de relégation, une épreuve qui ne se termina qu’en 1957, avec la déstalinisation. C’est après son retour à Moscou qu’elle rédigea ses Mémoires, publiés en Autriche après sa mort. »

Terminons par Evguénia Guinzbourg. « Née à Moscou dans une famille juive, elle quitte la ville en 1909 pour s'installer à Kazan, capitale de la province du Tatarstan. Elle obtient un diplôme de l'université de Kazan, avant de soutenir une thèse de doctorat en histoire à Léningrad. Elle a donné des cours à l'université de Kazan où elle rencontre en 1932 son futur mari Pavel Axionov. Elle a aussi dirigé le département culturel du journal Tatarie rouge et a participé à la rédaction de l'ouvrage historique L'Histoire de la Tatarie.
Son mari était membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique et elle-même fut membre du secrétariat régional du parti communiste de Tatarie et du comité exécutif central des Soviets. Les Grandes Purges, destinées à éliminer tous ceux qui auraient pu menacer ou seulement faire de l'ombre à Staline, les rattrapent au milieu des années 1930. Inquiétée dès 1935, chassée de son poste à l'université puis exclue du Parti, elle est arrêtée le 15 février 1937.
Après de longs mois d'instruction dans les prisons de Kazan et de Moscou, elle est condamnée en août 1937 à 10 ans de réclusion en cellule d'isolement pour « activité trotskiste contre-révolutionnaire ». Elle effectue les deux premières années de sa peine dans une prison politique et en 1939, sa condamnation est commuée en dix ans de travaux forcés.
Envoyée au Goulag, elle sera libérée en 1947. Elle doit cependant attendre jusqu'en 1955 pour être réhabilitée, à la faveur du relatif « dégel » suivant la mort de Staline. Elle écrit ses mémoires à partir de 1959. Le premier livre, intitulé Le Vertige et sous-titré Chroniques des temps du culte de la personnalité, relate le début de son calvaire. Ses écrits ont été diffusés clandestinement en URSS, avant d'être publiés en Occident à la fin des années 1960. »




Pour approfondir vos recherches :

L’exil éternel / A. Rohr

Histoire des femmes en occident, le XXe siècle / G. Duby

Nouvelle encyclopédie politique et historique des femmes / sous la direction de C. Fauré

Weimar en exil / JM Palmier

Partir ou rester ? les intellectuels allemands devant l'exil : 1933-1939 / V. Robert

L’enlèvement d’Europe / L. Goult

Bonnes lectures.
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