Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > Elections par internet est-ce possible ?

Elections par internet est-ce possible ?

par Hazem, le 19/01/2020 à 11:01 - 144 visites

Bonjour,
Pour des pays très peuplés comme la chine, l’inde et les états-unis
est-il possible d’effectuer des élections avec des résultats fiables et dans des conditions acceptables ?
Merci.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 21/01/2020 à 11:06

Bonjour,

Si nous comprenons bien votre question, vous vous demandez si le vote par internet est fiable et qui plus est dans des pays très peuplés comme les Etats-Unis, l'Inde ou la Chine.

La fraude électorale peut être opérée à plusieurs niveaux comme l'indique en introduction l'article de l'encyclopédie Wikipedia consacré à la Fraude électorale.

Il faut savoir qu'aucune technique, à ce jour, n’a résisté aux tentatives de fraude, expérimentales ou malveillantes. Le vote électronique ou le vote par internet n'y échappent pas. C'est ce qu'explique Eric Chaverou dans l'article intitulé " Le vote électronique en mal de confiance dans le monde ". En voici quelques extraits :

Citer:
" En rendant le vote plus accessible physiquement et/ou plus facile matériellement, on le rendrait plus massif. L’hypothèse justifie des expériences, plus ou moins développées, comme en Suisse ou ce dimanche à Moscou, mais elle pose aussi de nombreuses questions. A commencer par celle, centrale, de la fiabilité, de la véracité du scrutin. Même si le vote papier n'est pas forcément idéal ni sans défaut : en raison de bulletins complexes (Etats-Unis) ou à cause de bureaux de vote trop petits ou tenus par des personnes peu expérimentées (lors des primaires de la dernière présidentielle française).

De quoi parle-t-on au sujet du vote électronique ?

Le terme englobe le vote à distance, via internet, et le vote sur des machines électroniques dans des bureaux en dur. Et aucune de ces deux pratiques, qui répondent à des besoins différents, n’est infaillible.

Elles sont d’ailleurs, comme ce fut le cas en Suisse fin mars dernier, mises à l’épreuve des hackers, qui, moyennant de fortes primes, sont invités à en révéler les faiblesses, ou par des chercheurs qui, comme ceux du Center for Computer Security and Society de l’université du Michigan, reproduisent en laboratoire les dispositifs à éprouver. Pour le cas de Moscou, c'est un chercheur du CNRS, le cryptographe Pierrick Gaudry, qui a réussi à démontrer les failles du système.

Comment sécurise-t-on un dispositif électoral ?
D’abord, en garantissant l’identité des votants et le secret du vote. Ensuite, en s’assurant du bon enregistrement de son vote. Enfin, en certifiant le décompte global des voix. Sans oublier la résistance à la coercition ou à l'achat de votes.
[...]

"Le lien que l'on a beaucoup de mal à couper se situe entre l'identité du votant et son bulletin chiffré", précise Pierrick Gaudry. Le cryptographe et ses collègues Stéphane Glondu et Véronique Cortier d'ajouter qu'il existe ensuite des moyens techniques de transformer l'urne pour perdre ce lien avant de déchiffrer. Une garantie (vérifiable par les électeurs) doit être apportée que cela s'est fait sans modifier le résultat.
Autre biais, indépassable, le principe même de l’isoloir, qui matérialise le secret du vote, n’est pas reproductible. Difficile aujourd'hui d'empêcher quiconque de peser sur le vote d’un électeur à distance. Mais de très sérieuses pistes académiques ont abouti à des systèmes qui permettent à l'électeur de mentir, comme le système Civitas ou plus récemment Selene, souligne Pierrick Gaudry. [...]
Si la vérification de l’identité de l’électeur ne pose a priori pas de problème dans les bureaux de vote équipés de machines à voter, c’est à un tout autre champ de fraudes que le système est exposé. Dans les bureaux, les dispositifs de vote électronique ont plusieurs vocations : accélérer le décompte des voix, faciliter l’accès des populations les plus diverses, réduire les coûts d’organisation des élections…
Ces vingt dernières années, l’Inde a déployé sur tout son vaste territoire plus de 1,4 million de machines à voter (EVM). Ouvrant la possibilité de s’exprimer au plus grand nombre, notamment aux illettrés ou aux électeurs isolés, elles enregistraient déjà, lors des élections générales de 2009, plus de 417 millions de votes. Un succès d’audience, mais pas vraiment de garantie démocratique, a estimé le Center for Computer Security and Society de l’université du Michigan lors de son audit du dispositif.
En étudiant ce dispositif, les chercheurs ont identifié des fraudes potentielles, sur les machines – des composants sont substitués, les machines remplacées par des copies trafiquées… - ou sur les logiciels qu’elles embarquent – modifiés par des virus ciblés, des « malwares ». Une particularité, dans ce cas, elles impliquent le plus souvent des complicités dans les bureaux de vote.
Cela peut se traduire par une présentation biaisée ou tronquée des candidatures, d’une part, mais aussi par un décompte faussé des résultats. La pratique est d’autant plus plausible qu'en Inde seules deux entreprises fournissent l’ensemble du marché, et la plupart des technologies qu’elles mobilisent sont publiques. Et elle est d’autant plus menaçante que cette technique d’expression démocratique est généralisée dans le pays.
Mais aux Etats-Unis, où différentes machines à voter coexistent, le risque n’est pas absent. S’il reste difficile d’y substituer des clones, tant les technologies sont différentes d’un Etat à l’autre, la possibilité de les hacker est entière.
Non connectées à internet, elles sont, pour chaque élection, mises à jour avec des cartes mémoires, qui contiennent les informations relatives au scrutin. En glissant dans lesdites cartes un petit morceau de programme informatique malveillant – pas besoin de complicités, il suffit de pirater les ordinateurs de ceux qui organisent les élections -, il reste possible d’infecter les machines à voter, estime le chercheur américain Alex Halderman, et de compromettre la sincérité du scrutin. [...]
Enfin, le décompte peut être altéré lors de la diffusion des votes et/ou des résultats auprès de l’autorité chargée de les promulguer. Un peu comme si les urnes avaient été bourrées avant leur ouverture. Le risque est grand lorsque les votes sont centralisés de façon électronique, comme dans une urne unique. C’est le cas en Estonie. "


Nous vous invitons également à lire l'article de Chantal Enguehard publié dans la revue de droit politique Jus Politicum Vote par internet : failles techniques et recul démocratique qui détaille également les failles techniques et démocratiques de ce système de vote.

Pour aller plus loin, quelques articles :
- Élection américaine : soupçons de fraude sur le vote électronique dans certains États / Sarah Sermondadaz - Sciences et avenir - 24.11.2016
- Election américaine : comprendre les soupçons de fraude électronique / William Audureau et Jeanne Dall'Orso - Le Monde - 25 novembre 2016
- « Il est facile de pirater l’élection américaine », assurent des spécialistes du vote électronique / Martin Untersinger - Le Monde - 30 décembre 2016
- Le vote électronique contre la fraude électorale en Russie / Tatiana Serova - La Vie - 08/08/2019
- Le vote électronique à l’heure de l’élection présidentielle… / Giovanni Verhaeghe - Les Echos - 2 mai 2017
- Comment l’Inde fait voter plus de 600 millions de personnes / Poorvi Vora et Iris Le Guinio - The Conversation - 7 mai 2019

Bonne journée.
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact