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regards dans la vitre

par Zelhire, le 05/06/2012 à 10:42 - 1865 visites

est ce que les gens dont les regards se croisent dans les vitres du métro sont vraiment en train de se regarder dans les yeux?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_alc, le 06/06/2012 à 14:36

Bonjour,

Où s’en vont vos regards debout dans le métro
Femme peinte de lait homme au mention d’ardoise
C’est l’heure où le hasard rentre de son bureau


Tels sont les vers écrits par Aragon mais le poète n’est certes pas le seul à s’être intéressé aux regards « perdus », à cet étrange phénomène du non voir. Ecrits littéraires, études neurologiques, philosophiques … considèrent avec attention la notion de la perception visuelle qui peut paraître par bien des points indéterminée et ambigüe.

L’étude d’Agnès Levitte sur La perception des objets quotidiens dans l’espace urbain est révélatrice de la complexité du problème. Abordant le phénomène optique, elle explique que voir un objet c’est aussi voir sa nature, ses qualités, ses dangers ou ses attributs. Il s’agit alors de traitements cognitifs contrôlés qui dépendent des schémas mentaux préexistants chez le sujet. Ce sont les traitements « descendants » (top-down) à la fois capables d’influer sur les traitements dits automatiques et de permettre une interprétation. La perception visuelle n’est pas « le simple traitement passif et automatique des informations lumineuses distribuées sur la rétine de chaque oeil.

Aussi, si la vision semble être un acte simple banal pour celui dont la vue est normale, le cerveau doit pourtant découper, choisir, analyser, prévoir, autant d’opérations complexes qui permettront de comprendre, d’agir ou d’apprécier. Il s’agit de perception plus que de vision. Le terme de perception désigne à la fois un processus (le traitement par le cerveau), et le résultat, ce qui est vu et compris.

L’auteur pose alors les questions de savoir ce qui est devant les yeux de l’observateur, ce qu’il distingue ou ce qu’il identifie et montre qu’un objet, quel qu’il soit, est rarement perçu dans son entier. Si nous le voyons de face, nous n’en voyons pas la face arrière et pourtant nous l’identifions sans ambiguïté.

Par exemple, lors de la marche, un objet en occulte un autre, ou change de forme selon la perspective qui s’offre à l’observateur : la taille d’un abribus augmente au fur et à mesure que l’on s’en approche. Les angles des coins saillants changent de taille et d’ouverture lorsqu’on le contourne. Et pourtant, la perception se fait avec invariance : c’est le même abribus, aucun doute ne vient troubler la perception de l’observateur.

Enfin, il arrive que la vision soit induite en erreur confrontés à ces indéterminations et ambiguïtés Nous sommes quotidiennement confrontés à ces indéterminations et ambiguïtés, et pourtant aucune n’inhibe notre conscience visuelle du monde. Le cerveau recompose et construit malgré les absences et les incohérences/
Chacun a pu faire l’observation banale d’être passé quelque part sans avoir remarqué tel objet, tel détail ou telle personne. Comment définir ce phénomène : est-ce ne pas voir ? ou bien voir sans attention ?
Ce « non voir » peut avoir plusieurs raisons. Premièrement, parmi l’ensemble des choses, objets et personnes qui occupent notre champ visuel, notre oeil ne peut pas tout capter. Nous devons choisir pour agir ou avancer. Croire que nous voyons tout est une illusion, ce n’est matériellement pas possible (…) Deuxièmement, grâce à la routine, nous ne voyons plus ce que nous avons l’habitude de voir au même endroit ou pour remplir la même fonction. Notre attention n’a plus besoin de se poser sur certains objets. Nous pouvons ainsi les éviter ou les utiliser machinalement (…) Ces routines sont très salutaires au cours du cheminement urbain car elles permettent de ne pas investir l’attention inutilement. Nous n’avons pas besoin de regarder chacun de nos pas, chacune des vitrines que nous dépassons, chacun des piétons que nous croisons. Nous inhibons notre vision pour laisser la place libre à ce qui est important, salvateur ou ce qui nous intéresse dans le moment
.

D’où peut être l’idée de regarder sans voir ….
D’ailleurs, au-delà des considérations purement scientifiques de la perception visuelle, le métro ou les lieux de promiscuité jouent un rôle fondamental dans l’échange ou non de regards.

José Ferreira dans Métro : le combat pour l'espace: L'influence de l'aménagement spacial sur les relations entre les gens souligne qu’il est bien connu et facilement observable que les gens qui ne se connaissant pas n’osent pas se regarder dans les yeux. Lorsqu’ils le font, c’est toujours par petits jets furtifs feignant le hasard et le désintéressement mais détournent aussitôt le regard lorsqu’ils sont découverts dans leur manœuvre …
On interprète un regard dirigé sur nous comme une intromission dans notre privacité or dans le métro les banquettes sont très proches l’une de l’autre (…) il faut donc faire un réel effort de volonté pour ne pas regarder dans les yeux le banquettiste d’en face (…) s’évadent de la vue et de l’existence de l’autre, le plus souvent dans une lecture ou un mot croisé, mais aussi en regardant au loin les autres passagers ou les pubs sur le quai, le nom de la station, les reflets sur la vitre etc
.

L’aspect social du regard est également souligné dans l’échange des regards par Véronique Nahoum-Grappe.

Pour finir nous vous invitons à lire deux réponses du Guichet du Savoir apportées sur :
Portrait : le regard qui suit le spectateur
Peut-on échapper au gestalten
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