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Lecture & musique : irréconciliables ?
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zinzoline [ 09/09/2014 à 19:37 ]

Cher Guichet,
On ne cesse de me dire qu'il ne faut pas lire en écoutant de la musique.
Pourtant, il me semble avoir déjà croisé de nombreux personnages de roman et écrivains qui lisent (voire même écrivent !) en écoutant de la musique. Malheureusement, je ne me souviens plus d'eux et je ne peux pas répliquer brillamment que "non, les deux activités ne sont pas incompatibles, voyez plutôt... ". Sauriez-vous me venir en aide et me donner des exemples implacables ou cet impératif catégorique est-il connu (et insurpassable) depuis déjà longtemps ?
Merci beaucoup !

Réponse attendue le 12/09/2014 - 19:09


gds_ctp [ 11/09/2014 à 12:13 ]

Bonjour,

Question très très très intéressante en cette Rentrée scolaire et universitaire, parce qu’elle touche aux questions de l’attention, de l’efficacité de la lecture, de la réussite scolaire… A tel point que les livres sur la question comme Psychologie de l’attention et
Le cerveau attentif, sont empruntés et que nous ne pouvons y accéder ;). Le dernier Sciences humaines rend compte aussi sur 2 pages, en tant que « livre du mois » d’un livre très orienté sur la question, de la part d’un psychologue et journaliste surmené, sous le titre accrocheur « Apprendre à se concentrer ». L’article met dans le même sac le fait d’écouter de la musique en travaillant (à l’adolescence bien sûr) et de subir le brouhaha d’un openspace à l’âge adulte.

Cela suppose de considérer que la musique est un bruit comme un autre, autant dire une pollution sonore, alors que « L'écoute d'une musique que l'on affectionne "déclenche une sécrétion de dopamine dans le cerveau, à l'instar de la cocaïne et des amphétamines", écrit Robert Zatorre, professeur de neurosciences à l'université McGill de Montréal, dans l'International Herald Tribune du 13 juin [2013] » (« Pour ou contre travailler en musique »). Les effets musicaux pour le cerveau sont encore à l’étude par les neurosciences… Le neurologue Olivier Sacks consacre son Musicophilia aux effets de la musique sur l’homme qu’il considère comme une «espèce musicale ».

Des créateurs effectivement revendiquent dans leur manière de travailler l’apport de l’écoute musicale. Bernard Werber, un auteur prolifique, écrit en musique et note même à la fin de ses romans, après les remerciements, les œuvres qui l’ont accompagné dans l’écriture de chaque roman. Le poète contemporain Nicolas Bouvier confie dans Routes et déroutes que la musique est « une de ses béquilles » pour créer. Il ne faut pas négliger en effet les « rituels » dont la musique peut faire partie pour créer une bonne atmosphère de travail, propre à chacun. Aux aspects cognitifs en effet s'ajoutent des éléments psychologiques, comme le soulignait déjà Proust dans Sur la lecture, en montrant que la mémoire ne s'attache pas seulement au sens du texte ou à l'émotion qu'elle provoque mais aussi aux conditions, au lieu, à l'ambiance dans lesquelles la lecture a eu lieu.
Vincent Ravalec confie par exemple :
« Côté écriture, certains rituels sont nécessaires pour que la machine se mette en route. Ravalec travaille surtout à la campagne puisque à Clamart, "c'est trop riquiqui". Une fois sur place, il met de l'encens, de la musique... et ses chaussons. Puis lance son ordinateur, un iBook, choisi pour la couleur. "Avant, j'écrivais à la machine, je me servais d'un cutter et de Tipex, car je trouvais les ordinateurs trop gris... " » (Interview dans l’Express ).

Des auteurs incluent même un CD musical à leur roman, comme Staalsen qui joint à Fleurs amères « les morceaux de jazz préférés du héros ». Alain Damasio accompagne La Horde du Contrevent d’une bande-son à écouter en lisant, comme une « bande originale » du livre.

Il est difficile d’apporter des références plus classiques, car si les écrivains commencent à entretenir le culte de l’auteur à partir de Victor Hugo, c’est plus en conservant et léguant leurs manuscrits, qu’en livrant leurs secrets d’atelier. Chopin témoigne dans son Journal que George Sand écrit pendant qu’il joue… Mais dans le même ordre d’idée, celui de la « preuve par le génie » que l’intelligence se développe aussi de manière atypique, nous vous invitons à partager avec vos proches pour les rassurer L’encyclopédie des cancres, des rebelles et autres génies qui dresse le portrait de célébrités qui ont eu un parcours et un mode d’apprentissage un peu différents.

Bonne journée !

Réponse attendue le 14/09/2014 - 12:09