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Satie & John Cage

par Electronica79, le 08/10/2009 à 08:39 - 1945 visites

Bonjour :)

J'aimerai avoir un peu plus de renseignement sur le lien entre Satie et Cage je sais que Cage fut le premier a joué dans son integralité l'oeuvre de Satie nommé : Vexations

Cage considerait Satie comme un artiste qui composait sans style propre.

J 'ai entendu parler aussi d'un livre de Cage dans lequel il y aurai des liens avec Satie : Silence cependant je ne peux y avoir acces dans ma petite Bibliothèque Cantonal :-( . Alors Pouvez vous m'aider ? :rolleyes:

Réponse du Guichet du savoir

par bml_mus, le 09/10/2009 à 12:08

Réponse du Département Musique

Votre question mériterait presque un livre, Satie étant une influence majeure revendiquée par Cage. Elle a en tout cas beaucoup occupé quelqu’un comme Michaël Nyman mais la Bibliothèque municipale de Lyon ne possède pas les travaux qu’il a spécifiquement consacrés aux liens entre Cage et Satie. Nous nous appuierons donc essentiellement sur un autre ouvrage de Michaël Nyman, Experimental Music , traduit en français par Vincent Barras et sur un article de Matthew Shlomowitz extrait de sa thèse et intitulé Cage's place in the reception of Satie, mais qui commence par étudier l’influence de Satie sur Cage. Nous nous reporterons aussi bien sûr au livre dont vous parlez, Silence.

« Il ne s’agit pas de discuter la pertinence de Satie. Il est indispensable », disait John Cage – et il l’a écrit dans l’article de Silence.

Si l’introducteur de Satie auprès de Cage fut son ami compositeur Virgil Thomson qui l’avait rencontré à Paris en 1921, avec Nadia Boulanger, la première preuve de l’intérêt de Cage pour Satie date de 1945, Cage fit un arrangement pour 2 pianos du premier mouvement du Socrate de Satie pour un ballet de Merce Cunningham. En 1948, il fit exécuter un « festival Satie » composé de 25 concerts d’une demi-heure après le repas du soir ; ceux-ci étaient parfois précédés d’un propos d’introduction. Il en est resté un, publié en 1968, sous le titre Défense de Satie. Il s’agit d’un texte argumentatif, selon la première manière d’écrire de Cage.
10 ans plus tard, Cage a écrit le texte recueilli dans Silence (et qui avait initialement été publié dans la revue Art News Annual de 1958) dans sa manière « de mosaïque-aphoristique ».
L’interprétation des Vexations par John Cage (en fait par une douzaine de pianistes réunis par John Cage, dont Cage lui-même) date de 1963. Ces Vexations sont une partition de cinquante deux mesures de structure répétitive, que Satie proposait encore de répéter 840 fois, ce qui, selon l’estimation de John Cage dans son article de 58, faisait une durée totale voisine de 24 heures. La plupart des commentateurs indiquent plutôt 18 heures ; l’interprétation (une seule fois, le feignant !) d’Aldo Ciccolini dure 1 minute 35 secondes, ce qui correspond à plus de 22 heures, mais est-il humainement envisageable de la répéter 840 fois, même à plusieurs, sans accélérer ? Pour l'anecdote, la première performance organisée par John Cage en 1963 avait duré 18 heures 40. En 1958, John Cage écrivait que « certes on ne pourrait pas supporter une exécution de Variations […], mais pourquoi y songer ? » De fait 5 ans plus tard, Cage n’y avait pas seulement songé, il l’avait fait ! ... et il allait le refaire plusieurs fois.
D'autres projets et oeuvres de John Cage ont un lien avec Satie, comme par exemple, les Songbooks de 1970, 90 « songs » (on hésite à écrire chansons, peut-être le mot « pièces » est-il le plus approprié) à propos de Henry Thoreau, l'auteur de la Désobéissance civile et de Walden, et de Satie. Chaque pièce relève de l'un ou de l'autre, quelques-unes d'aucun des deux. Matthew Shlomowitz donne deux exemples de pièces liées à Satie, qui sont davantage des instructions à l'interprète que de véritables partitions : ainsi lorsque Cage donne à l'interprète 55 notes "extraites de l'oeuvre de Satie", il lui demande de les découper (le bruit des ciseaux étant amplifié), de les placer dans une boite et de les tirer au sort en notant l'ordre de tirage sur une partition pour chanter la pièce ainsi redécoupée ; si le public applaudit à la fin, l'interprète devra la chanter à nouveau ; sinon, la pièce sera terminée... L'autre pièce que Shlomowitz décrit utilise la machine à écrire (amplifiée par un micro) pour taper une phrase quelconque de Satie, répétée 38 fois. Cage utilise ainsi la machine à écrire (comme Satie dans son ballet Parade ) et la répétition (comme Satie... dans Vexations par exemple).

La musique de Satie est indispensable [à John Cage] pour quantité de raisons, écrit Michaël Nyman. C’est en parlant de Satie qu’il a pu le mieux exposer sa propre conception musicale ; ainsi, selon Shlomowitz qui suit Nyman, c’est dans son article Défense de Satie que Cage a le mieux exposé sa conception de la structure, de la forme, de la méthode et du matériau en musique – il fait l’analogie avec un sonnet en littérature, la structure est ce qui fait d’un sonnet un sonnet , la forme est ce qui fait que chaque sonnet est différent des autres, la méthode correspond à la syntaxe, le matériau aux mots.
Tandis que le XXème siècle (sa première moitié alors) avait inventé de nombreux nouveaux matériaux musicaux (dont le piano préparé, par exemple), pour Cage, seul Satie (avec le "premier Webern") a inventé une nouvelle structure musicale pour le première fois depuis Beethoven. La musique de celui-ci, selon Cage, progressait du début à la fin d’une œuvre et était fondée sur l’harmonie. Au contraire la musique de Satie est fondée sur les durées (« time lengths ») – ce qui est plus vaste que les rythmes, puisque les durées impliquent le silence… rythmes et silence étant particulièrement importants pour John Cage. L’absence de progression est aussi un élément fondamental, et Cage la relève aussi bien dans la « carrière » (ou plus exactement l’absence de carrière) de Satie que dans chacune de ses œuvres. Au lieu de progression ou même de continuation « figurent jump cuts, antivariations, répétitions gratuites, absences de relations contextuelles, de logique, de transition » écrit Nyman. Citons John Cage lui-même, dans Silence : « Un artiste avance consciencieusement dans une direction qu’il prend pour quelque bonne raison, mettant une œuvre devant l’autre dans l’espoir d’arriver avant que la mort ne le rattrape. Mais Satie méprisait l’Art. (« J’emmerde l’Art »). Il n’allait nulle part. L’artiste compte : 7, 8, 9, etc. Satie apparait en des points imprévisibles surgissant toujours de zéro : 112, 2, 49, pas d’etc. L’absence de transition est caractéristique, non seulement entre les œuvres finies, mais aussi, à l’intérieur d’une même œuvre entre les divisions, grandes ou petites. »
Un autre aspect essentiel des liens de Cage avec Satie, le lien entre la vie et l’art, ou le lien entre le bruit et la musique. Citons le maître américain : « L’art obscurcit la différence entre l’art et la vie. Laissons maintenant la vie obscurcir la différence entre la vie et l’art » (cité par Michaël Nyman). Ou bien le titre d’un de ses livres : « Je n’ai jamais écouté un son sans l’aimer, le problème avec les sons, c’est la musique ». Cela rejoint bien des préoccupations de Satie, qu’il utilise le bruit d’objet (machine à écrire, par exemple) dans sa musique ou qu’il fasse de la musique un meuble. Voici ce qu’il écrit en présentant sa musique d’ameublement : « Nous, nous voulons établir une musique conçue pour satisfaire les besoins « utiles ». L’art n’entre pas dans ces besoins. La « Musique d’ameublement » crée de la vibration ; elle n’a pas d’autre but ; elle remplit le même rôle que la lumière, la chaleur et le confort sous toutes ses formes ».
Etablir un rapport entre la musique et le son, entre l’art et ce qu’il appelle la vie est essentiel pour Cage, et il considère que la quasi totalité de la musique de Satie n’a rien d’humoristique, mais relève des mêmes préoccupations essentielles que les siennes. Une dernière citation de Silence sera aussi claire qu’un long commentaire : « Pourquoi est-ce nécessaire de prêter attention aux couteaux et aux fourchettes ? Satie le dit. Il a raison. Autrement la musique devra avoir des murs pour se défendre, des murs qui non seulement auront besoin de réparations, mais que, même pour aller chercher un verre d’eau, il faudra franchir, invitant le désastre. Il s’agit évidemment de mettre en relation ses propres actions intentionnelles avec les actions ambiantes, non intentionnelles. Le dénominateur commun est zéro, là où le cœur bat (personne ne fait circuler son sang exprès). »

L’article de Silence au sujet de Satie comprend 7 pages et se présente comme « une conversation imaginaire entre Satie » et Cage. Le texte est en deux colonnes ; à gauche, en italiques, les propos de Satie qui sont « des remarques qu’on lui prête et des extraits de ses écrits ». Silence a fait l’objet de 2 traductions en français, la BM de Lyon Part-Dieu possède celle de Vincent Barras aux éditions Héros-Limite à Genève dont sont extraites les citations ci-dessus. Il en existe une autre chez Denoël, que nous n’avons pas consultée. Toutes deux sont disponibles à la commande en librairie. Par ailleurs toutes les bibliothèques peuvent demander un prêt entre bibliothèques les « petites bibliothèques cantonales » éventuellement en s’appuyant sur leur Bibliothèque départementale.
En suivant ce lien vous trouverez une liste des ouvrages de et sur John Cage que possède le réseau des bibliothèques municipales de Lyon.

Un dernier mot : Cage a cité Satie écrivant « J’emmerde l’Art ». Dans une polémique avec un critique musical qui minimisait l’importance et le talent de Satie, il l'a présenté comme « art’s most serious servant » : le dialogue de Cage avec Satie est au cœur d’une dialectique qui traverse l’art et interroge sa définition depuis un siècle.
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