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Pied-Rouge
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kokolao [ 25/08/2009 à 18:03 ]

Bonjour,

Pouvez-vous m'indiquer s'il existe des ouvrages, des thèses qui ont été publiés sur les "Pied-Rouge", ces français qui ont aider les Algériens après l'indépendance à mettre en place les infrastructures (?), une nouvelle organisation (?)...

Réponse attendue le 28/08/2009 - 18:08


bml_civ [ 28/08/2009 à 12:26 ]

Réponse du département Civilisation

Le terme « pied-rouge » formé en référence au mot « pied-noir », désigne, en effet, les Français venus s’installer en Algérie à partir de 1962 et issus de mouvements de gauche ou d'extrême-gauche (d’où l’épithète « rouge »). Les motivations de ces Français sont multiples : « Qu’ils soient médecins, instituteurs, artistes ou journalistes, qu’ils veuillent « réparer les dégâts » du colonialisme ou qu’ils rêvent de révolution mondiale, tous se veulent du bon côté du monde. Plus précisément : du Tiers-Monde et de ses chambardements.»
C’est cette histoire que relate le livre à paraître (septembre 2009) de Catherine Simon : Algérie, les années pieds-rouges (1962-1969) dont vous pouvez trouver la présentation sur ce site.

La parution de ce livre est justement révélatrice de la méconnaissance de cette période. Après recherches dans les différents catalogues français, il semblerait qu’il n’existe aucune monographie consacrée à ces « pieds-rouges », et encore moins une thèse. Notons d’ailleurs que, à l’instar du terme pied-noir, le mot « pied-rouge » ne figure pas dans les dictionnaires de langue française.
Quelques témoignages permettent toutefois d’appréhender la diversité de ces "pieds-rouges" et les ambiguités de cette période :

Juliette Minces, correspondante entre 1963 et 1964 du journal Révolution africaine (fondé par Jacques Vergès), a rassemblé ses articles et ses souvenirs dans l’ouvrage L'Algérie de la Révolution (1963-1964) (1988) :
« En ce qui nous concerne, il était acquis dès le départ que nous n’étions pas venus en Algérie pour nous y implanter. Ni pour tester notre conception de la Révolution ; Nous devions travailler avec les Algériens qui nous « doublaient » afin de pouvoir nous remplacer petit à petit. (…) C’est dans ce sens que le terme de « pieds-rouges », devenu par la suite un terme quasi-générique pour désigner les Français venus hors de la coopération s’installer durablement en Algérie, pour en infléchir la vie politique, était impropre en ce qui nous concerne. »

Juliette Minces fait allusion ici aux militants trotskistes (1/4 des pieds-rouges environ), qui ont soutenu l’indépendance de l’Algérie et qui se sont engagés, à partir de 1962, aux côtés du président Ben Bella. Leur histoire est mieux connue.

Silvain Pattieu, dans son ouvrage Les camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d'Algérie a étudié l’engagement de ces militants français d’extrême-gauche aux côtés du FLN algérien avant et après l’indépendance (voir en particulier le chapitre 10).
« Parmi ces Français qui ont soutenu le F.L.N., il en est quelques-uns pour lesquels l’indépendance n’est pas seulement la fin d’une domination séculaire : c’est aussi le commencement d’une expérience radicale. (...) Ils seront les "pieds-rouges" du nouveau régime de Ben Bella jusqu’au coup d’Etat de Boumediene qui les obligera en 1965 à retraverser la Méditerranée. »

Parmi ces militants, on peut citer Gilbert Marquis et surtout Michel « Pablo » Raptis, conseiller du président Ben Bella. Ils racontent leur expérience dans une interview de la Revue Autrement (n°38, mars 1982)

Outre ces militants, on peut citer d'autres "pieds-rouges" comme le journaliste Georges Arnaud, les poètes Jean Sénac ou André Laude ou encore l'avocat Jacques Vergès...

Mais, ces « pieds-rouges » étaient en majorité des anonymes comme en témoigne la rediffusion en mars 2009 de l’émission « Portraits de femmes : Ma mère, pied-rouge en Algérie » (décembre 2007). » Sur le site de la radio vous pourrez retrouver les noms de quelques-uns de ces pieds-rouges ainsi que d'autres références bibliographiques.

Réponse attendue le 01/09/2009 - 12:09