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Rousseau : apprentis
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quaerens [ 10/02/2006 à 00:16 ]

Rousseau (dan sesConfessions) et Balzac (La Maison du chat-qui-pelote) mentionnent la coutume (quelque peu désuète à lépoque de Balzac, semble-t-il), de faire lever les apprentis de table au moment où l'on apporte le dessert. Serait-il possible de connaître l'origine de cette habitude, qui s'explique sans doute autrement que par un désir de brimer les apprentis, même si elle était ressentie ainsi par Rousseau, à l'époque de qui elle était manifestement déjà assez ancienne popur lui paraître inexplicable et quelque peu barbare ?

Réponse attendue le 14/02/2006 - 00:02


gds_bp [ 13/02/2006 à 18:04 ]

Réponse du service Guichet du Savoir

Extrait des " confessions" de Jean-Jacques Rousseau :

J'appris ainsi qu'il n'était pas si terrible de voler que je l'avais cru; et je tirai bientôt si bon parti de ma science, que rien de ce que je convoitais n'était à ma portée en sûreté. Je n'étais pas absolument mal nourri chez mon maître, et la sobriété ne m'était pénible qu'en la lui voyant si mal garder. L'usage de faire sortir de table les jeunes gens quand on y sert ce qui les tente le plus me paraît très bien entendu pour les rendre aussi friands que fripons. Je devins en peu de temps l'un et l'autre; et je m'en trouvais fort bien pour l'ordinaire, quelquefois fort mal quand j'étais surpris.

Nous n'avons rien trouvé se rapportant à l'attitude des maîtres envers leurs apprentis, à l'heure des repas.
Utilisez le site Les sources d'archives relatives aux professions sous l'ancien régime qui vous donnera des pistes de recherche, ainsi que le catalogue du SUDOC pour savoir si des thèses (ou autres documents) ont été consacrées à la condition des apprentis sous l'ancien régime.

A notre avis, les maîtres n'étant pas forcément très riches (ni très généreux), les desserts, s'ils existaient dans les milieux modestes à l'époque, devaient sans doute être réservés à leur famille. Ce n'était sans doute pas tant une brimade qu'une économie.

L'apprentissage sous l'ancien régime.
Sous le régime des jurandes et maitrises, l'apprentissage était une condition obligatoire pour l'exercice de la plupart des professions manuelles. La durée et les conditions en étaient réglées sur les propositions de chaque corporation de métiers par des actes de l'autorité locale et du pouvoir central. [...] En France, la durée de l'apprentissage variait dans les différentes villes et suivant les métiers, elle était généralement de cinq ans à Paris. Le nombre des apprentis que chaque maître pouvait avoir était fixé. L'âge où l'enfant pouvait entrer en apprentissage, le temps qu'il devait y rester, soit pour se perfectionner dans la pratique de son état, soit pour s'acquitter envers son maître, étaient précisés. L'apprentissage terminé, l'ouvrier passait au grade de compagnon ; il devait travailler un certain nombre d'années sous ce titre avant de pouvoir exercer comme maître. L'admission au compagnonnage et à la maîtrise d'ailleurs subordonnée à des examens, à des épreuves, à la production d'un chef-d'oeuvre dont les maîtres en exercice étaient seuls juges, et qui devait leur donner la mesure du talent acquis par l'apprenti ou le compagnon. Il est facile de voir que toutes ces dispositions de l'ancienne organisation industrielle, obligation de l'apprentissage, limitation du nombre des apprentis, appréciation du chef-d'oeuvre laissée aux maîtres, avaient pour but et pour effet de restreindre la concurrence dans les plus étroites limites, et de faire de chaque profession un monopole, un privilège. Les économistes ont très bien fait ressortir ce caractère de l'apprentissage obligatoire. "II y a des métiers, dit Rossi, pour lesquels l'apprentissage est l'affaire de quelques jours. On exigeait cependant un temps assez long, parce qu'il est dans la nature de tout corps privilégié de retarder du moins l'entrée de ceux qu'il ne peut pas ne pas recevoir. C'était un véritable impôt que les maîtres levaient sans cause aucune, impôt aussi odieux qu'absurde. On exigeait l'apprentissage d'un boulanger, on ne l'exigeait pas d'un agriculteur dont l'art est bien autrement difficile. Qu'était, du reste, cet apprentissage? Etait-ce une école comme l'Etat, comme tuteur commun, mettait à la portée de tout le monde? Un enseignement théorique qui préparait les esprits à une pratique éclairée et progressive? Une instruction donnée par des hommes choisis et n'ayant aucun intérêt à retarder les progrès de leurs élèves, à couper les ailes aux plus éveillés, à favoriser la médiocrité? L'apprentissage ne se faisait que dans les ateliers, chez des hommes dépourvus la plupart de toute connaissance théorique, n'ayant ni l'envie, ni le loisir de cultiver leur esprit, d'étendre leurs connaissances. Le maître le plus habile, comme le plus ignare, ne pouvait avoir que le même nombre d'apprentis. Point de libre choix pour les élèves ; il fallait entrer non chez le plus capable, mais chez l'homme où se trouvaient encore des places vacantes. L'apprentissage n'était point établi en faveur des élèves, mais tout en faveur des maîtres ; c'était une sorte de servitude temporaire. Le maître voulait en tirer le plus d'avantages qu'il pouvait ; il n'avait certes aucune envie de se préparer dans son élève un compétiteur, un rival redoutable.
Cette situation a duré jusqu'à la loi du 22 février 1851, qui a instauré le contrat d'apprentissage contenant l'objet de l'apprentissage du maître, la date et la durée de l'obligation, les conditions de logement, de nourriture, de rétribution, etc.

Voir aussi : Artisans de l’alimentation

Réponse attendue le 16/02/2006 - 18:02