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féminisme
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trebig [ 17/11/2010 à 10:33 ]

Bonjour,

En refusant la place donnée à la femme dans toutes les traditions religieuses authentiques (Judaïsme, Hindouisme, Bouddhisme, Islam, Jaïnisme, Sikkhisme, et Christianisme), le féminisme est depuis 40 ans en rupture avec ces traditions souvent multi-millénaires.

Rien, bien sûr, ne doit être figé. Mais cette posture de nature laïque n'est -elle pas rédhibitoire et ne condamne-t-elle pas le féminisme à être au mieux une mode post-moderniste afférente à une société gagnée par la laïcité et la consommation, au pire une erreur ?

Merci et très cordialement,

Réponse attendue le 20/11/2010 - 10:11


bml_civ [ 19/11/2010 à 16:48 ]

Réponse du département civilisation

Plutôt que de parler du féminisme comme pensée globale et monolithique, on pourrait plutôt parler de féminismes pour évoquer les différents courants de pensée féministes (féminisme libéral égalitaire, féminisme radical, féminisme écologiste…). L’utilisation du pluriel souligne la diversité et l’hétérogénéité des options prises par les différents courants. Ils ont bien sûr des points communs, mais à chaque période historique, il convient d’en préciser les contenus, les formes et les enjeux.

L’histoire du féminisme ne commence pas il ya 40 ans (deuxième vague du féminisme) , mais elle débute bien avant, entre autres dans le sillage des Lumières, de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui a inspiré à Olympe de Gouges la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne… et les combats suivants sur le droit de vote, le droit au travail.. (Voir le Point d’actu de la bibliothèque de Lyon : Mais que veulent-elles donc ?)

Il est vrai que la déclaration de l’homme et du citoyen, et toutes ses implications, dont le féminisme, sont en rupture avec des traditions multi-millénaires. Faut-il s’en plaindre ? Il ne nous semble pas nécessaire de développer sur ce point : ce n’est pas la mission du guichet du savoir, pas plus que de se prononcer sur le fait que le féminisme soit une mode (difficile à défendre pour un mouvement qui a plus de deux cent ans, avec des hauts et des bas), ou une erreur… (voir le livre d’Odon Vallet : Femmes et religions : déesses ou servantes de Dieu ? –dernier chapitre sur l’actualité des femmes).

Les préoccupations des féministes ? Il s’agit, au cours des XIXe et XXe siècles, d’obtenir des droits en tant que citoyenne et individu à part entière en lien avec un mouvement féministe international. L’obtention de droits civils et de droits politiques ne doit pas faire oublier l’importance des revendications des revendications dans les domaines économique, intellectuel, culturel et sexuel et les riches questionnements identitaires qui les sous-tendent.
(Les mots de l’histoire des femmes aux Presses universitaires du Mirail)

Le mouvement féministe, au sens large, celui de la première vague, se situe donc dans la modernité.

Mais ni la revendication de la laïcité, ni celle des féministes ne remettent en cause les droits, les besoins, des individus à croire, à pratiquer leur religion. Ils visent au contraire à permettre aux unes et aux autres de choisir librement d’adhérer ou non à telle ou telle croyance, religion. Du reste il existe des chrétiens, des musulmans, des juifs, des protestants … qui se revendiquent féministes. (Exemple)

Depuis la seconde vague du féminisme d’une part, le développement des théories post-modernistes et leurs conséquences sur les théories féministes d’autre part, on voit apparaître des débats au sein du mouvement féministe assez important sur le projet de société. Il est difficile de les résumer ici tellement il sont riches (voir notre Centre sur le genre, notre quinzaine Les femmes s’entêtent, les bibliographies).
Contrairement à ce que vous semblez penser, ce ne sont pas les courants post modernes qui s’accrochent le plus à la défense pied à pied de la laïcité mais plutôt des courants qui craignent les remises en cause des valeurs issues des Lumières.

Dans les courants post modernes, certaines cherchent à trouver des combinaisons, intersections des luttes, entre les luttes contre les inégalités sociales, les luttes contre le racisme, celles pour la reconnaissance des différentes identités plus que la réaffirmation des principes d’égalité, de laïcité qu’elles jugent trop simplificatrice. (Penser le sexe et le genre par Eleni Varikas, Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe par Elsa Dorlin pour ne citer qu'elles.

Comme tout mouvement il peut être "récupéré". Il ne se pense pas en dehors de la réalité économique, politique et sociale. Il doit se situer par rapport au capitalisme, au libéralisme économique, au développement de la société de consommation, à la catastrophe annoncée par l’écologie . Il est traversé par des courants qui prennent des positons très différentes sur ces questions notamment. (Colloque du Collectif Droits des femmes ou Ecologie et féminisme)

A lire également un dossier de la revue Sciences humaines (avril 2010) : L’ère du post-féminisme : Comment définir l’ère du post-féminisme face à la diversité des modèles féminins contemporains ? Dans la continuité du féminisme des générations précédentes, les femmes revendiquent leur liberté et leur autonomie. Plus individualistes que leurs mères, elles réclament moins une stricte égalité entre les sexes que la reconnaissance de leur identité, de leurs capacités et de leurs choix personnels…

"Le féminisme : un mouvement social et politique qui concerne la moitié de l’humanité, mais qui n’a ni fondateur ou fondatrice, ni doctrine référentielle, ni orthodoxie, ni représentantes authentifiées par quelque carte, ni stratégies prédéterminées, ni territoire, ni représentation consensuelle, et qui, dans cette indécidabilité constitutive ne cesse de déterminer des décisions, imposant aujourd’hui son angle d’approche et son questionnement à travers le monde… un objet inidentifiable".
Francoise Collin in Parcours féministe

Réponse attendue le 23/11/2010 - 16:11