Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > Actualités > Fête de la Musique > le jazz et le blues

le jazz et le blues

par pontarion, le 01/08/2006 à 12:54 - 2059 visites

quelle est la différence entre le jazz et le blues ?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_mus, le 02/08/2006 à 10:53

Réponse du Département musique :

A question ouverte, réponse ouverte ; voici donc quelques éléments de "réponse" concernant ressemblances et différences entre blues et jazz.
En préambule voici ce qu'on peut lire sur le site de Radio-Canada, qui tente de répondre en termes simples à des enfants :

"Le jazz est comme le grand fleuve dans lequel se jettent beaucoup de petites rivières dont le blues. Le jazz est une musique qui née de la fusion des rythmes de musique africains, espagnoles, créoles, des chants religieux des églises protestantes noires (negro spiritual), des chants et des cris de travail des esclaves noirs, des marches de fanfares, des danses de la fin des années 1800 et du ragtime, une musique de piano ressemblant au piano mécanique. Vocalement, parce qu’on chante aussi le jazz, il vient d’une difficulté des premiers noirs à parler correctement l’anglais. Comme ils ne pouvaient pas l’articuler comme nous parce que leurs différentes langues africaines n’utilisaient pas les mêmes sons, ils l’ont déformée, ils l’ont adaptée, ce qui les a amenés à l’enrichir avec des sons de voix tout à fait nouveaux. Le jazz est donc une musique qui a beaucoup de racines différentes très vastes et très noires et que l’on dit être né aux Etats-Unis il y a un peu plus de 80 ans. Dans la grande famille du Jazz, il y a la petite famille du blues. Le blues s’inspire directement du folklore noir américain, c’est-à-dire des chants et des cris de travail des esclaves noirs des Etats-Unis. Le blues est donc une partie seulement du jazz. Le blues peut être vocal ou instrumental."

Bien entendu ce découpage simplificateur (l'un est inclus dans l'autre) ne rend pas entièrement compte d'une réalité plus complexe car, dès que l'on envisage la question sous un angle chronologique, on s'aperçoit qu'à l'évidence le jazz n'est pas qu'un "enfant" du blues mais bien qu'ils possèdent tous deux des ancêtres communs :

"Le blues et le jazz tirent tous les deux des racines similaires dans la musique populaire et la culture afro-américaine. Si les deux genres ont divergé depuis le début des années 1900, jusqu'en 1950 il n'en ont pas moins donné lieu à des échanges assez fréquents. Même à l'heure actuelle de nombreux festivals sont ouverts à la fois au blues et au jazz comme le New Orleans Jazz & Blues Festival.

Les différences étaient moins nettes au début des années 1900 lorsque les deux styles puisèrent des références dans le ragtime et le piano barrelhouse par exemple. W.C. Handy conduisit un orchestre relativement similaire à ceux du jazz et les premières chanteuses de blues évoluaient souvent accompagnées d'orchestres à la Louis Armstrong.

La période la plus prolifique pour ce mélange furent les années 1930 à 1940 où les big bands et les orchestres de swing étaient à leur apogée et où le blues se dirigea petit à petit vers les métropoles : Les jazz bands avaient souvent besoin de chanteurs et les chanteurs de blues s'accompagnaient le plus souvent de groupes avec l'électrification du genre. C'est l'époque de la collaboration de Jimmy Rushing avec Count Basie ainsi que de nombreuses expériences de gens comme Big Joe Turner, Jimmy Witherspoon et Walter Brown. Ces deux derniers travaillèrent souvent avec Jay McShann, pianiste avec lequel Charlie Parker fit ses premiers enregistrements. Eddie Vinson, saxophoniste, jouait aussi bien le blues que le jazz et plus tard le bop (il travailla avec John Coltrane vers la fin des années 1940)

Un autre apport du blues au jazz furent les pianistes boogie-woogie au début des années 1940, les plus connus étant Albert Ammons, Pete Johnson et Meade Lux Lewis. Un concert au Carnegie Hall avec ces trois pianistes et Big Joe Turner eut lieu, concert pour lequel était pressenti Robert Johnson avant que ne survienne son décès.

Louis Jordan, Roy Milton furent aussi un peu à l'origine du jump blues qui consista grosso modo à rajouter des éléments solistes et vocaux plus pop ou blues à une rythmique très jazz et l'apport notamment de la guitare électrique. L'une des figures du jump blues, T-Bone Walker, a été ainsi influencé par l'un des premiers jazzman à se mettre à la guitare électrique : Charlie Christian.

Par la suite l'évolution du jazz vers le be-bop et celle du blues vers le rythm'n'blues (il faut rappeler que c'est de cette époque que date la désaffection du public noir pour le blues pur) marquent une séparation plus nette entre les deux genres. Finalement ce n'est que vers les années 1960 avec le blues revival que de nouveaux point communs se dessinèrent, en particulier sous l'influence de claviéristes comme Jack McDuff, Jimmy McGriff, Jimmy Smith et John Patton et leur "soul-jazz".


A partir de ce moment de nombreux artistes modernes apprécièrent de faire des incursions dans un style ou l'autre : on peut citer entres autres Jeff Beck, John Mayall ou bien encore Robben Ford "
extrait de : Au pays du blues

A la chronologie on peut ajouter la sociologie, voici, extrait du même site, un point de vue intéressant :

"- LA grande différence entre les 2 genres a toujours été "sociale"sur fond historique: le blues proche des origines africaines, le jazz attiré par l'Europe , se séparant:
Pour le blues: dans les campagnes et les faubourgs déshérités des grandes villes (N. Orleans par ex.)
Pour le jazz: dans les centres urbains plus "cultivés", proches du monde blanc...
Rappelons qu'il existait à la Nouvelle-Orléans une bourgeoisie créole (à la fin 19ème) qui avait intégré la musique des fanfares militaires d'origine napoléonienne (et leurs instruments) très en vogue alors, ainsi que les quadrilles, polkas...
Après la "fête" de la fin de l'esclavage, le retour de bâton a été très rude: les "lois de la honte" (lois Jim Crow) instaurant un apartheid extrêmement dur ont poussé cette bourgeoisie créole vers les faubourgs miséreux, les séparant du monde blanc. C'est d'après beaucoup de spécialistes un fait très important dans la création du jazz: la fusion de cette musique élégante des créoles avec le blues rugueux des faubourgs.

- La fin de l'esclavage dans les campagnes n'avait en rien "arrangé" la misère des noirs et les chants de travail en commun, les cris (hollers) restaient la matière première du blues.
Lorsque le Nord s'industrialisa, l'exode des campagnes du Sud commença, principalement vers Chicago, fuyant la misère.
Le flot continu (plusieurs 10aines d'années) alimenta un blues devenant citadin, n'ayant pas eu ces influences occidentales comme à la N. Orleans et beaucoup plus proche du monde black-black.

- Avec le temps, une "bourgeoisie noire" a émérgé et avec elle, un refus de cette culture exclusivement noire (voulant en même temps gommer toute référence à la "honte" de l'esclavage, de la misère).
Cette bourgeoisie émergeante a toujours été le moteur de:
1/ la condamnation du blues et des "musiques hurlantes" honteuses
2/ la volonté de "devenir blanc" ou en tout cas de s'assimiler socialement et culturellement. Le rôle des églises est primordial ici, c'était pendant très longtemps le seul "endroit de rencontre" des communautés noires.
3/ Donc la musique noire a toujours évolué positivement dans un premier temps par cette volonté d'assimilation, puis se coupant du monde noir de base en "oubliant" le feu sacré de départ
."

Pour approfondir la connaissance des musiques noires américaines nous vous conseillons la lecture de ces deux ouvrages de référence, empruntables à la Bibliothèque Municipale de Lyon :

Histoire de la musique noire américaine

Encyclopédie black music
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact