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Chasses aux loups et aux chats

par jackonna, le 13/11/2013 à 09:46 - 1170 visites

Bonjour,

Pourriez-vous me dire dans quelles circonstances la chasse aux loups et aux chats ont débuté au Moyen-Âge ?

Merci d'avance,
Cordialement, Jackonna.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 15/11/2013 à 13:12

Bonjour,

La raison essentielle pour laquelle le chat et le loup vont être chassés au Moyen Age, est leur assimilation au diable. Nous avons tenté de retrouver les circonstances dans lesquelles leur chasse s’est mise en place.

Tout d’abord dans l’ouvrage Les animaux du Moyen âge réels et mythiques de Josy Marty-Dufaut :
« Le chat n’apparait en Europe que vers le IX siècle. Sa seule utilité est de chasser les rongeurs. La fourrure des chats est très prisé les colporteurs le tuent pour récupérer leur peau. Au Moyen âge, le chat est associé à la sorcellerie. Il est l’incarnation du diable. Beaucoup de vieilles femmes vivants seules avec un chat sont considérées comme des sorcières et sont conduites au bûcher avec leur animal. Lors de la fête de la Saint Jean, les chats sont brûlés dans des feux de joie. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que cette horrible coutume cesse.
Le caractère mystérieux et indépendant du chat, ainsi que son activité nocturne le prédisposent à symboliser le diable. Le plus souvent, le chat accusé de sorcellerie est noir. La peur de la couleur noire est ancestrale. A l’époque des pharaons, le noir était déjà la couleur du deuil… Ainsi dans l’Egypte ancienne qui vénérait pourtant les chats, le chat noir était symbole de malheur…
Ainsi le Moyen Age a-t-il peu à peu éradiqué les chats. Malheureusement, cette époque est confrontée à un terrible fléau : la peste… L’homme essaie de trouver des solutions. L’une d’entre elles est sans nul doute le chat, prédateur des rongeurs porteurs de peste. L‘attitude par rapport aux chats se met alors à changer. Le Moyen Age apprend à aimer les chats…
» (p. 101-102)

Quant au loup : « Au Moyen Age, les loups sont si nombreux qu’ils représentent un véritable fléau. Le loup s’attaque en général au bétail, commet des dégâts considérables dans les cheptels… Les rois sont obligés de légiférer, et plusieurs décrets réglementent la destruction des loups. Charlemagne, Charles VI mettent en place un système de primes, des battues officielles sont organisées. Le loup est décrit dans plusieurs ouvrages du Moyen Age. Les bestiaires, s’accordant sur le côté redoutable de l’animal, en font l’incarnation du diable. Pierre de Beauvais écrit : « Le loup représente le diable car il éprouve sans cesse une haine envers l’espèce humaine et rode autour des chrétiens afin de les tromper et de récupérer leur âme. Les yeux du loup brillant dans la nuit sont l’œuvre du diable qui ne réalise que des choses belles et agréables afin de tromper les folles personnes qui sont aveugles et qui n’ont pas de cœur. »
« Gaston Phébus dans le Livre de chasse, s’intéresse lui aussi au loup. Il le décrit d’une façon plus réaliste que celle des bestiaires et ne fait aucune allusion au symbolisme de l’animal... Cet ouvrage évoque aussi les techniques de chasse. Plusieurs miniatures sont consacrées aux pièges servant à capturer les loups. L’une d’entre elles met l’accent sur les tiges de fer destinées à blesser l’animal ; une autre montre comment attirer le loup avec un mouton vivant.
» (p 69-77)

L’Histoire du chat : de l'Antiquité à nos jours de Laurence Bobis nous explique qu’au Moyen Age, le chat trouve une fonction dans la société occidentale (chasseur de souris, utilisation de sa fourrure…) mais aussi que les aspects les plus noirs de sa légende apparaissent. Cette légende noire, née lors de la lutte contre les hérésies est inséparable de la sorcellerie.
Plus précisément, elle aborde cet aspect dans sa partie « Le chat diabolique » et elle indique notamment : « La diabolisation du chat est en marche dès la seconde moitié du XIIe siècle. Dans la vie de Berthold de Garsten (1165), le chat apparaissait en effet comme une forme démoniaque individualisée, tandis que la vie de Barthélemy de Farnen à la fin de ce même siècle, affirmait l’affinité particulière du chat-mais aussi du singe- avec le démon. L’apparition vers 1180, du thème du chat-idole surgissant en majesté aux hérétiques consacre cette diabolisation : désormais le chat n’est plus une parmi tant d’autres formes que peut revêtir le démon, mais il devient l’incarnation solennelle du diable. La connotation sexuelle du chat, attesté de longue date, renforce la cohérence de l’image, puisque les hérétiques étaient souvent accusés de se livrer à la débauche et d’avoir des mœurs contrenatures. On peut se demander si les dominicains ne jouèrent pas un rôle dans la naissance et la diffusion de l’image du chat satanique… Le chien était par ailleurs l’emblème de l’ordre des prêcheurs… Pour les dominicains, le chat satanique semble très tôt s’opposer au chien, gardien de la foi catholique » p. 208-209

Dans le Livre des superstitions d’Eloïse Mozzani, vous trouverez à la rubrique « chat » de nombreux exemples de superstitions et croyances sur le caractère diabolique du chat, notamment des récits de sorciers ou sorcières métamorphosés en chat. Vous apprendrez aussi qu’à « Ypres (Flandre orientale), au mois de mai, a toujours lieu une grande fête (Cookerulle) au cours de laquelle on pratique le « lancer de chat » du haut du beffroi de la grand-place. Aujourd’hui les chats sont en peluche : qui en rapporte un chez soi s’assure une bonne année. Cette tradition, instituée au Xe siècle par Baudouin III, comte de Flandre, signifiait à l’origine le reniement des croyances païennes et la conversion au christianisme et c’était de « vrais » chats que l’on sacrifiait. »

Dans Bestiaires du Moyen Age, Michel Pastoureau nous précise les raisons pour lesquelles le chat est assimilé au diable : « Il a en outre la propriété de voir la nuit, ce qui est le propre des créatures infernales, tels le loup, le renard, la chouette ou la chauve-souris. Ses yeux brillent dans la pénombre et semblent brûler comme la braise. Or, la nuit, selon le commandement de Dieu, tout bon chrétien doit fermer les yeux et dormir. Ceux qui ne dorment pas se livrent à des activités malfaisantes, à des pratiques magiques, voire à des cérémonies hérétiques, tels les cathares qui, comme l’indique leur nom, font du chat (catus) une vedette de leurs réunions nocturnes. ». Il pointe aussi un changement de comportement vis-à-vis des chats à la fin du Moyen Age : « Il date probablement du XIVe siècle, plus précisément des lendemains de la Grande Peste, l’horrible peste noire qui en quatre ans (1346-1350) a fait disparaître un tiers de la population européenne. Les contemporains ont plus ou moins compris que dans la propagation de l’épidémie les rats avaient joué un rôle. Ils ont également compris que dans la chasse faire aux rats et aux souris, les chats étaient souvent plus efficaces que les belettes apprivoisées que l’on employait généralement dans ce but, et ce depuis l’Antiquité. »

Concernant le loup, nous vous conseillons la lecture de l’ouvrage de Jean-Marc Moriceau, L’homme contre le loup, une guerre de deux mille ans, et notamment le chapitre III, « La construction d’un ennemi public ». L’auteur parle de « l’arrivée du méchant loup » entre le Ve et le XIIe siècle avec deux éléments : « la naissance d’une véritable politique de destruction dans les textes réglementaires qui nous sont parvenus et la diabolisation de l’animal à travers une lecture christianisée de la Création, et une perception accrue de la fragilité de l’homme dans son environnement. ». Puis elle évoque une « lutte instituée » du XIIIe siècle à 1570 : « Avec le XIIIe siècle, un coin du voile se lève. Les sources laissent apparaître plusieurs indices de l’organisation, à l’échelle locale, d’une lutte collective contre le prédateur. Sous Philippe Auguste, les comptes royaux mentionnent les premiers sergents louvetiers puis, sous Louis IX, les premières primes. Ici ou là on découvre des autorisations de chasse au loup comme celles que reçoivent les paysans frontaliers des forêts du Laonnois en 1265. Mais il faut attendre le XIVe siècle pour saisir en marche la régulation de l’espèce en dehors du domaine royal. »

Dans le chapitre 4, « Lutter contre le loup » (p 60-94) de l’ouvrage Des loups et des hommes, histoire et traditions populaires par Daniel Bernard vous trouverez tous les moyens mis en place depuis le Moyen Age pour éliminer les loups : institutions, primes, pièges, actions collectives… Selon l’auteur, la lutte séculaire contre le loup puise son origine dans une institution créée au IXe siècle pour réglementer la destruction du loup. Cette institution n’est autre que la louveterie, créée par un capitulaire ordonné par Charlemagne en 813.

Vous pouvez aussi consulter :
Dictionnaire du diable de Roland Villeneuve
Usages et traditions populaires en France de Véronique Willemin

Bonnes recherches !
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