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Pensées érotiques des filles

par Space opera, le 30/03/2014 à 00:36 - 1117 visites

En moyenne, combien de filles se masturbent en pensant au même homme ?

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 02/04/2014 à 19:22

Si nous avons bien compris votre question, elle pourrait se reformuler ainsi : chez combien d’admiratrices en moyenne un homme lambda suscite-t-il le désir de se masturber ? Vous ne précisez pas si elle porte sur une période donnée ou bien sur la totalité de la vie d’un homme.

En réalité, peu importe cette imprécision puisque nous ne pouvons y répondre. Il n’existe pas de données fiables à ce sujet, vraisemblablement car les cas sont en premier lieu très variables : de votre supérieur hiérarchique à Shah Rukh Han, tous les goûts sont dans la nature, et la situation sociale, le milieu culturel, l’âge, induisent aussi une certaine exposition, des réseaux de sociabilité étendus ou plus restreints, des représentations différentes de la sexualité. Par exemple, certaines religions condamnent la masturbation (bien que l’on puisse raisonnablement émettre l’hypothèse qu’en ce domaine une partie de leurs fidèles soit non croyante mais pratiquante).
En second lieu, elles sont aussi très difficiles à recueillir. Il conviendrait tout d’abord de mener une étude dans une société ou culture donnée, à partir de cas individuels, avec un échantillon de répondant.e.s conséquent et équilibré en sous catégories sociologiques comme celles évoquées ci-dessus. Dans un second temps, il y aurait aussi un impératif de fiabilité difficile à atteindre : si la source d’information est l’homme, il ignore vraisemblablement le nombre (et l’identité) exact de ses admiratrices. Si ces dernières sont la source, une étude exploratoire pourrait difficilement aller plus loin que l’entourage (affectif, professionnel, de voisinage, etc.) de l’homme pour les identifier et les comptabiliser, sauf peut-être pour une personnalité publique (pour laquelle on pourrait plus facilement procéder à une enquête avec des répondantes anonymes en population générale).

Par ailleurs, les enquêtes sociologiques sur la sexualité, et sur l’intimité en général, sont délicates à mener en raison de la pudeur et de la discrétion liées à notre éducation, mais aussi des normes de genre : même si cela évolue, les femmes françaises tendent à assimiler sexualité et investissement affectif, donc à minimiser leur activité sexuelle et le nombre de partenaires (physiques ou fantasmatiques), tandis que les hommes français encore souvent éduqués dans l’idée d’un désir pulsionnel, marqueur de leur virilité, tendent à « en rajouter ». Les chercheurs et chercheuses doivent donc toujours tenir compte, dans leur méthodologie de recueil et de pondération des résultats, de l’impact de ces attentes sociales sur la manière de répondre d’enqutêté.e.s qui bien souvent désirent apparaître « normaux / normales ».
Pout toutes ces raisons, anonymat et confidentialité conditionnent la précision et l’exactitude des réponses. Ce qui constitue un obstacle supplémentaire à une enquête scientifique établissant des liens entre les répondant.e.s, a fortiori en population générale. La difficulté serait sans doute moindre dans certains réseaux structurés sur une sexualité dite « récréative », comme dans l’échangisme, ou dans lesquels la sexualité est une composante assumée, voire revendiquée, de la sociabilité, comme dans certaines mouvances gay par exemple. Ce qui ne signifie nullement que la sexualité (solitaire ou pas), et plus généralement l’érotisme, n’est pas une composante de la vie sociale des personnes hétérosexuelles non échangistes !

Dans la série américaine The L Word, le personnage d’Alice Pieszecki entreprend de créer une représentation graphique évolutive de toutes les relations entre les femmes lesbiennes et bisexuelles de Los Angeles :


Une représentation comparable des hommes objets de fantasmes féminins n’a jamais été réalisée de manière scientifique en population générale.

Pour des indications méthodologiques et des données sociologiques, vous pouvez consulter la dernière grande enquête sur la sexualité en France (réalisée en 2006) dirigée par les sociologues et démographes Nathalie Bajos et Michel Bozon. Sur la question de la masturbation féminine, elle indiquait par exemple (p. 293) que 22% des femmes françaises âgées de 25 à 49 ans s’étaient masturbées au cours de 12 derniers mois, avec de fortes variations en fonction des catégories socioprofessionnelles : 7,4% des agricultrices (résultats obtenus à partir d’effectifs très faibles précisent les auteur.e.s) et 33,9% des cadres d’entreprise. Le contenu de leurs fantasmes n’est pas indiqué. A toutes fins utiles, nous attirons néanmoins votre attention sur le fait que toutes les femmes pratiquant la masturbation ne le font pas forcément en pensant à des hommes. Certaines fantasment plutôt ou exclusivement de femmes.
Dans son ouvrage plus synthétique Sociologie de la sexualité Michel Bozon revient sur la question de la masturbation féminine / masculine (p. 110) :
Soit l’expérience de la masturbation. Etroitement liée à la production et à l’évocation de fantasmes sexuels, elle est presque universelle chez les hommes, alors qu’elle ne concerne qu’une partie des femmes. La masturbation adolescente, qui précède l’expérience des relations avec un€ partenaire, est la porte d’entrée dans la sexualité pour les garçons alors que pour les filles, l’expérience d’une relation amoureuse ou sexuelle précède souvent l’expérience de la masturbation solitaire. Les fantasmes, ces scènes sexuelles imaginées qui provoquent une excitation et que Simon et Gagnon qualifient de « répétitions internes » (1986), font partie des scripts intra psychiques. A l’adolescence, les garçons apprennent à associer une activité mentale et la manipulation de leur corps, cependant que les filles se motivent plutôt à partir de l’évocation et de la mise en œuvre des scripts amoureux, auxquels les élaborations mentales et les expériences physiques sont subordonnées. Les différences d’aspirations entre garçons et filles peuvent être décrites comme la conséquence d’agencements différents des scripts intrapsychiques et des scripts interpersonnels dans la construction initiale de la sexualité, qui sont potentiellement à la source d’orientations intimes distinctes.
Fondés à la fois sur les expériences personnelles, sur les scenarios culturels et sur des élaborations fantasmagoriques, les fantasmes sexuels sont aussi construits socialement que les pratiques.


Si vous vous intéressez à la notion de « script sexuel », nous vous conseillons la traduction des essais du sociologue américain John Gagnon : Les scripts de la sexualité.

Au cours des années 50 à 80, des études de grande ampleur sur la sexualité humaine dans toutes ses composantes ont été menées aux Etats-Unis, souvent mobilisées par des mouvements de « libération sexuelle », LGBT (lesbiens / gay / bi / trans, l’acronyme n’existant pas encore à cette époque) et féministes. Elles témoignent de l’intérêt central de l’époque pour la question du plaisir et non plus seulement pou la reproduction ou l’opposition normalité / pathologie. Les plus célèbres sont : les travaux de Masters and Johnson, de Simon et Gagnon et, de manière plus critique, les Rapports Kinsey ou encore les rapports Hite. La Bibliothèque municipale de Lyon conserve la première édition du rapport Kinsey de 1948, et de nombreux ouvrages de Shere Hite.

Pour une approche sociologique de la sexualité des français.e.s, outre le rapport d’enquête de 2006 précité, vous pouvez vous reporter à l’ouvrage de Janine Mossuz-Lavau La vie sexuelle en France qui laisse une large part aux témoignages.

Pour une approche spécifiquement sexoanalytique des fantasmes vous pouvez consulter l’ouvrage de Claude Crépault Les fantasmes, l’érotisme et la sexualité : l’étonnante étrangeté d’Eros.


Enfin pour une vision Woody-Allenienne de la sexualité humaine, nous ne saurions trop vous conseiller Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander, réalisé en 1972, et en particulier son illustration parodique des mécanismes neurologiques du désir et du plaisir masculins pudiquement traduit en français par « Le cerveau aux commandes ».

Pour les besoins du service, nous avons « consulté » un sexologue et un sociologue spécialiste des sexualités et ils n’ont pu nous fournir des données ou des références d’études fiables sur le sujet précis que vous soulevez. Dans le même ordre d’idée mais dans un autre registre, nous ne pourrions répondre à une question sur le qualibre moyen et le volume total des fruits et légumes apparaissant en rêve à l’échelle mondiale depuis les origines de l’humanité, ou bien au Vanuatu au cours des dernières 72 heures.
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