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Validité de l'acupuncture
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jicégé [ 24/02/2015 à 14:13 ]

Bonjour,

Je voudrais savoir où on en est dans la validation scientifique de l'acupuncture. J'ai lu des choses contradictoires à ce sujet.
Merci par avance.

Réponse attendue le 27/02/2015 - 14:02


bml_san [ 25/02/2015 à 15:34 ]

Réponse de Cap’Culture Santé :

Bonjour,

Vous vous interrogez sur la validité des arguments scientifiques sur la pratique de l'acupuncture. L'acupuncture est une discipline issue de la tradition médicale chinoise, qui consiste à stimuler certains points d'énergie du corps par le biais d'aiguilles à des fins thérapeutiques ou préventives.

Dans le livre "Médecines alternatives : le guide critique", on trouve dans le chapitre dédié à l'acupuncture et les fondements scientifiques de cette dernière : "Aucune preuve n'a encore été trouvée permettant de confirmer l'existence physique du qi ou des méridiens. L'une des explications possibles serait que ces points constituent des sites sur lesquels les nerfs peuvent être stimulés, et l'acupuncture peut se comprendre, jusqu'à un certain point, comme une méthode destinée à stimuler les systèmes nerveux et musculaire. En particulier, il a été démontré que l'acupuncture libérait divers neurotransmetteurs, notamment des peptides opioïdes et de la sérotonine. Il se peut, aussi, que l'acupuncture incorpore une forme de traitement des zones "gâchettes", dans la mesure où il existe nombre de similitudes entre les deux techniques."

Cet extrait est confirmé par les 212 pages d'un document produit par l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) : Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture par Caroline Barry, Valérie Seegers, Juliette Gueguen, Christine Hassler, Aminata Ali, Bruno Falissard avec l’expertise critique de Catherine Hill et Arnaud Fauconnier

Voici les deux premières pages qui permettent de mettre en évidence le manque d'éléments permettant de répondre catégoriquement à votre question :

« Ce qu’il faut retenir en pratique

L’acupuncture est une discipline issue de la tradition médicale chinoise consistant en une stimulation de «points d’acupuncture » à visée thérapeutique. Les techniques de stimulation des points d’acupuncture sont ponctuelles (limitées en surface et centrées sur le point d’acupuncture) et effectuées avec des moyens divers, physiques (mécanique, électrique, magnétique, thermique, lumineux) ou physico-chimiques.
L’acupuncture est une approche thérapeutique largement pratiquée en France. Il existe aujourd’hui des formations reconnues pour les professions médicales. Cet enseignement est dispensé dans les facultés de médecine sous la forme de Diplôme Interuniversitaires et d’une capacité de médecine. Les motifs de consultation chez un acupuncteur sont le plus souvent les syndromes douloureux dont les douleurs ostéo-articulaires et les céphalées puis le stress, la fatigue ou les troubles de sommeil.
L’évaluation des thérapeutiques dites « non conventionnelles » est en général rendue difficile voire impossible du fait d’un manque de données. Ça n’est définitivement pas le cas en ce qui concerne l’acupuncture. Plusieurs milliers d’essais sont disponibles dans un grand nombre d’indications. Les revues synthétiques de la littérature et autres méta-analyses réalisées sur le sujet se comptent également par centaines. Et pourtant, il est encore difficile aujourd’hui d’être au clair en ce qui concerne l’efficacité de cette thérapeutique :
- Pour bon nombre de douleurs chroniques, pour traiter des nausées et vomissements, on peut affirmer avec suffisamment de certitude que l’acupuncture a une efficacité supérieure à une absence de soin.
- En ce qui concerne les autres indications, fort nombreuses, il est difficile d’être aussi tranché.
- Les risques d'effet indésirables graves semblent extrêmement limités du moins dans le contexte occidental d'un exercice bien contrôlé.

De ce fait, l'acupuncture pourrait offrir un complément intéressant dans le cadre d’une prise en charge plus globale de la maladie en particulier lorsque la médecine traditionnelle n'est pas en mesure d'apporter un soulagement satisfaisant aux patients.
Enfin, il est impossible de dire aujourd’hui si l’acupuncture, quelle que soit l’indication, est plus efficace quand elle est réalisée « dans les règles de l’art », ou quand elle est réalisée dans des zones de piqûre aléatoires, voire en simulant purement et simplement les piqûres.

Mise en perspective

Une telle incertitude, dans un contexte où les données sont si nombreuses, interroge et invite à regarder de plus près les présupposés qui sous-tendent actuellement l’évaluation des thérapeutiques.
Historiquement, la médecine occidentale moderne s’est construite au XIXème siècle avec Claude Bernard sur les bases de la physiologie. Dans cette perspective, la connaissance du mécanisme de l’action biologique d’un soin est essentielle dans le processus d’évaluation de celui-ci.
Paradoxalement, la méthodologie utilisée aujourd’hui pour évaluer les soins ne repose pas sur des études physiologiques mais sur des études cliniques et statistiques. En d’autres termes, en pratique, l’efficacité d’un soin n’est pas jugée à partir de travaux qui explicitent le fonctionnement de ce soin, mais à partir de travaux qui observent directement ses effets sur des patients.
Enfin, on ne peut passer sous silence l’impact des enjeux économiques sur les méthodologies progressivement retenues pour évaluer les soins, en particulier les soins médicamenteux.
Celles-ci s’appuient sur des protocoles rigoureux, conduisant à des résultats interprétables sans ambiguïté. L’essai randomisé (où les traitements sont donnés aux patients à l’issue d’un tirage au sort) est ainsi devenu incontournable. Mais dans quelle mesure doit-on appliquer sans aménagement ce modèle d’évaluation à des soins développés selon une approche totalement différente (comme c’est le cas de la médecine chinoise) et pour lesquels le modèle économique et conceptuel est radicalement différent de celui du monde industrialisé du médicament ?
En effet, l’acupuncture est une approche thérapeutique très fortement personnalisée (le praticien adapte sa prise en charge en fonction du patient qu’il a en face de lui). Cette forte personnalisation du soin est plus difficilement opérationnalisable dans le cadre d’un essai thérapeutique classique. Par ailleurs, faut-il évaluer l’efficacité de l’acupuncture par rapport une absence de soin ou par rapport à une acupuncture factice ? S’intéresse-t-on à déterminer l’effet propre de l’acupuncture ou l’effet global de la thérapeutique, qui peut inclure des effets directement liés à la relation patient-thérapeute ? Doit-on tester l’efficacité de l’acupuncture ou bien la pertinence de la théorie qui la sous-tend ?
Il découle de ces interrogations une grande hétérogénéité des travaux publiés, tant du fait de leur design que de leur qualité méthodologique. Cette hétérogénéité est telle que les techniques utilisées dans le but d’en faire une synthèse quantitative (méta-analyses) trouvent leur limite : on ne sait pas véritablement conclure alors que des données sont disponibles. »

En conclusion, il est bien difficile de quantifier précisément les bénéfices de cette pratique, mais, d'une personne à l'autre, d'une capacité de croire à l'autre (le fameux effet placebo), cela peut fonctionner et apporter un soulagement à certains patients en complément de leur traitement médical.

Pour finir sur une petite touche d'humour, nous vous laissons méditer sur cette petite phrase :

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Cordialement,

L’équipe Cap’Culture Santé.
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Réponse attendue le 28/02/2015 - 15:02